Mémoires de la Mer 2025 : Prix du livre, les explications du jury

La soirée de remise des prix des Mémoires de la Mer au Musée National de la Marine, le vendredi 28 mars, a permis aux jurys des Mémoires de commenter le choix des lauréats.

Nous publions ci-dessous les interventions des différents membres des jurys : Olivier Le Carrer et Benedict Donnelly pour le prix du livre.

Mémoires de la Mer 2025 : Prix du Livre

PÊCHEUR D’HOMMES
Mikel Epalza et Coline Renault

Naviguer entre les pages de Pêcheurs d’hommes c’est faire un voyage à la fois
surprenant, passionnant et émouvant.

Surprenant, parce que ce n’est pas tous les jours qu’un livre nous propose
d’accompagner, à bord comme à terre, un prêtre vivant depuis plus de quarante ans son sacerdoce aux côtés des marins. A fortiori quand la voix de cet aumônier pas comme les autres se mêle aux questions et aux réflexions d’une jeune journaliste découvrant cet univers.

Passionnant, car on apprend beaucoup de choses au fil du texte : sur la culture basque chère à Mikel, les techniques de pêche locales, les relations avec sa hiérarchie de cet écclésiastique plus soucieux d’écoute et d’entraide que de prosélytisme, le quotidien des équipages et de leurs proches, les conflits autour de la ressource, sans oublier bien sûr le rapport à la foi des pêcheurs.

Émouvant enfin parce que l’on croise ici beaucoup de gens « à marée basse », pour reprendre l’expression de Mikel, marins dans la misère ou familles endeuillées, qu’il s’efforce inlassablement d’aider à « remonter le courant ».

Merci Coline et Mikel de nous avoir embarqués dans cette navigation aussi
inattendue que bouleversante.

Olivier Le Carrer.

Mémoires de la Mer 2025 : Livre Mention spéciale

Au cœur de l’océan de Nathaniel Philbrick

Une fois n’est pas coutume : c’est à un éditeur que le jury des
Mémoires de la Mer 2025 a choisi de rendre hommage avec
une mention spéciale.

Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté : Nathaniel Philbrick est un grand
écrivain et son livre, Au Cœur de l’Océan, est un très grand
livre !

Comme le dit le sous-titre de couverture, c’est la véritable
histoire de Moby Dick.

Vous vous en souvenez peut-être, le fameux roman d’Herman
Melville lui a été inspiré par un naufrage bien réel survenu 30
ans avant sa publication : le naufrage du baleinier Essex, le 20
novembre 1820, en plein Pacifique, après l’attaque d’un
cachalot enragé.

Le naufrage de l’Essex marque la fin du roman de Melville.
C’est le point de départ du livre de Philbrick qui nous fait
revivre, jour après jour, le combat pour survivre de la vingtaine
de marins ayant échappé à la mort lors du naufrage du
baleinier.

Les naufragés tentent de rejoindre l’Amérique du Sud. En vain.
Ils survivent aux tempêtes, mais la faim et la soif les poussent
à l’anthropophagie. Certains vont vivre comme des Robinson,
pendant que d’autres continueront leur errance. Seuls
quelques-uns seront sauvés et pourront témoigner.

Leur combat pour survivre pendant près de 100 jours est au
cœur du livre de Nathaniel Philbrick qui nous plonge aussi dans
la communauté quaker de l’Ile de Nantucket, au large de la
Nouvelle Angleterre, haut lieu de la pêche à la baleine depuis le
18 ème siècle, et port d’attache de l’Essex.

Oui, ce livre publié aux Etats-Unis en 2010 est un très grand
livre, très vite traduit en français la même année aux Editions
Denoël puis trois ans plus tard par le Livre de Poche.

Publié trois ans avant la création de nos Mémoires de la Mer,
ce livre nous avait échappé ! D’autant plus facilement qu’il était
vite devenu introuvable.

Un grand merci, donc, aux Editions Paulsen d’en permettre
aujourd’hui l’accès aux lecteurs français dans une nouvelle
édition de 396 pages en grand format sous une couverture
rigide.

Hommage aussi, une fois n’est pas coutume, au traducteur,
celui des précédentes éditions en français, Gérald Messadié,
disparu en 2018 à 86 ans.

Gérald Messadié était un journaliste scientifique -il a été
pendant 25 ans rédacteur en chef de Science et vie – mais
aussi un écrivain prolifique de romans historiques, d’essais sur
l’histoire des religions et d’œuvres de science-fiction inspirées
par l’ésotérisme.

C’était aussi un grand traducteur qui avait notamment traduit en
français le livre de Dava Sobel sur la résolution de l’énigme du
calcul de la longitude.

Vous le voyez, cette mention spéciale des Mémoires de la Mer
2025 était particulièrement méritée !

Benedict Donnelly

Mémoires de la Mer 2025 : Prix du Film, les explications du jury

La soirée de remise des prix des Mémoires de la Mer au Musée National de la Marine, le vendredi 28 mars, a permis aux jurys des Mémoires de commenter le choix des lauréats.

Nous publions ci-dessous les interventions des différents membres des jurys : Alain Cabantous et Laurence Castany pour le prix du film

Mémoires de la Mer 2025 : Prix du Film

Illustration « Les Petits Graviers de Saint Pierre », productions CERCLE BLEU, en coproduction avec FTV et Internep, réalisé par Laurent Giraudineau

https://www.france.tv/france-3/bretagne/la-france-en-vrai-bretagne/6954622-petits-graviers-de-saint-pierre.html

Lors de nos délibérations animées mais fructueuses, se dessine souvent un différend entre les tenants de la forme et ceux qui sont plus sensibles au fond. Avec Petits Graviers, c’est ce dernier, tiré justement du tréfonds de l’amnésie collective, qui a emporté la décision tout en faisant valoir qu’il cadrait bien avec la philosophie et l’objectif des « Mémoires de la mer ».

Ce film retrace un double itinéraire : une quête et une enquête. Quête familiale d’Alexis Goasguen à la recherche de la biographie juvénile de son grand-père. Enquête minutieuse sur un événement puisqu’au-delà de son cas personnel, elle invite le chercheur à se pencher sur une réalité sociale méconnue : les petits graviers.

Autrement dit ces centaines de jeunes garçons, de 10 à 17 ans, venus des campagnes pauvres de l’intérieur de la Bretagne, du pays basque ou de Normandie, qui, chaque année, embarqués sur les morutiers de Bordeaux, Nantes, Saint-Malo ou Fécamp, faisaient route vers Saint-Pierre-et-Miquelon. Sur place, un travail quotidien harassant : laver les morues les jambes dans l’eau, puis les faire sécher continûment sur les graves, avant de les entasser et de transporter leurs lourdes charges ; le tout en subissant des conditions de vie inhumaines des mois durant : mauvaise nourriture et alcool, mauvais logements et discipline de fer.

La recherche historique fut difficile en raison du manque apparent d’archives, hormis quelques listes trouvées dans celles de Brest ou de Saint-Pierre, quelques photos soutenues par le remarquable texte de Charles Le Goffic, observateur lucide mais isolé, ou même la chanson de Boterel, quelques rencontres fructueuses mais, originalité cinématographique, en convoquant les archives paysagères donc la mémoire des lieux : de l’étendue des graves de l’ancienne île aux Chiens (dans l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon) au Mur des disparus de Ploubazlanec qui en porte la trace ténue et un peu énigmatique.

Il ne s’agit donc pas, à travers ce film, de faire pleurer dans les chaumières sur l’exploitation éhontée et à bon compte de cette main d’œuvre enfantine et démunie. Même si le film dégage une véritable et discrète empathie et une réelle humanité.

Il s’agit surtout, avec ce travail, de faire émerger ce pan réaliste et noir de la pêche de la morue, de comprendre les ressorts de cette occultation historique, y compris le silence coupable des Affaires maritimes pourtant si sensibles aux questions sociales durant la IIIe République, afin de le restituer à la fois à l’Histoire et, peut-être Saint-Pierre excepté, de l’intégrer enfin au présent patrimonial des régions françaises concernées, si longtemps complices mutiques.

C’est à cette diversité documentaire et à son bel objectif que le jury a été sensible.

Alain Cabantous
le 28/03/2025

Mémoires de la Mer 2025 : Prix spécial du jury

We the surfers, d’Arthur Bourbon

Le jury a décerné cette année une mention spéciale, qui est attribuée à We the surfers, d’Arthur Bourbon, un film remarquable, très différent des documentaires habituels sur le surf.

C’est l’histoire d’un petit village du Libéria, un des pays les plus pauvres du monde, où le surf a été introduit par la générosité et l’engagement de quelques uns. Et tout a changé dans la vie de ce village :

  • la vie des enfants soldats d’abord, qui y ont trouvé une façon de se reconstruire,
  • la vie économique ensuite grâce à l’activité touristique créée par la mise en place d’un surf club qui emploie les habitants et accueille les surfeurs,
  • les relations entre les habitants, et notamment entre les jeunes adultes et les enfants, entre jeu, apprentissage et transmission,
  • le regard sur la place des filles et des femmes qui se sont mises à pratiquer le surf.

Enfin, la pratique du surf, sur de vraies planches envoyées de tous les coins du monde, ou de simples bouts de bois, a transformé le regard des habitantes sur « leur » océan, désormais à la fois lieu de liberté, de plaisir et de beauté, un espace à préserver.

We the surfers est un très beau film : par ses images, son histoire, mais surtout car c’est un film d’espoir.

Laurence Castany
Directrice du développement culturel et des publics
Musée national de la Marine

Palmarès 2025 des Prix des Mémoires de la Mer

Les Prix des Mémoires de la Mer 2025 ont été décernés le vendredi 28 mars 2025 au Musée national de la Marine de Paris, dans le cadre de la première édition du Festival Grande Marée – Festival de la mer et des marins.

🏆 Les Lauréats 2025

  • 📖 Prix du Livre : Pêcheur d’hommes de Mikel Epalza et Coline Renault (Éditions des Équateurs).
  • 🎨 Prix de la Bande Dessinée : Octopolis de Gaétan Nocq (Éditions Daniel Maghen).
  • 🎬 Prix du Film Documentaire : Petits graviers de Saint-Pierre de Laurent Giraudineau (Les Productions Cercle Bleu / Internep / France Télévisions / France 3 Bretagne).

⭐ Mentions spéciales

  • 📚 Mention spéciale Livre : Au cœur de l’océan – La véritable histoire de Moby Dick de Nathaniel Philbrick (Éditions Paulsen).
  • 🖌️ Mention spéciale Album : Les Travailleurs de la Mer de Michel Durand (Éditions Glénat).
  • 🎥 Mention spéciale Film : We the surfers de Arthur Bourbon (Hand Studio – France).

Un prix pour célébrer les mondes de la mer

Le Centre International de la Mer – La Corderie Royale de Rochefort organise ces prix depuis 19 ans pour récompenser les auteurs, dessinateurs et réalisateurs qui racontent et enrichissent notre connaissance des océans et des aventures humaines maritimes.

Chaque lauréat reçoit une dotation de 1 000 € afin de soutenir la création et la transmission des récits liés à la mer.

Cette année, la remise des prix s’est intégrée au programme du Festival Grande Marée, organisé par La Saison Bleue, en partenariat avec le Musée national de la Marine de Paris.

📸 Dossier de presse et photos disponibles sur demande.

📩 Contact presse
📍 Centre International de la Mer – La Corderie Royale
📧 servicecom@corderie-royale.com
📞 05 46 87 88 80 / 05 46 87 01 90
🌍 www.corderie-royale.com

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Mémoires de la Mer 2025 : verdict vendredi 28 mars au Musée de la Marine de Paris !

Les prix 2025 des Mémoires de la Mer du livre, de la BD et du film documentaire seront dévoilés et décernés le vendredi 28 mars, dans le cadre de la 1ère édition du Festival Grande Marée.

🔗 En savoir plus sur l’événement

📍 Lieu : Musée de Chaillot
🕕 Horaire : À partir de 17 h 15

Le public est invité à assister à la remise des prix.

À J-1, découvrez ci-dessous la liste des livres, BD et films sélectionnés pour cette 19ᵉ édition des Mémoires de la Mer.

Mémoires de la Mer 2025 : les films sélectionnés !

Mémoires de la Mer 2025 : les BD sélectionnées !

Mémoires de la Mer 2025 : les livres sélectionnés !

Mémoires de la Mer 2025 : les films sélectionnés !

Les prix 2025 des Mémoires de la Mer récompenseront des films documentaires mettant en valeur des enjeux et des défis maritimes d’hier et d’aujourdhui. Découvrez ci-dessous la sélection officielle.

🎬 Films Documentaires sélectionnés

1. Chaluts en péril

  • Réalisateur : Mathurin Peschet
  • Production : Aligal Production / France Télévisions – France 3 Bretagne
  • Durée : 26 min (2024)
    👉 Une immersion brute à bord du chalutier Le Magellan confronté aux crises successives de la pêche en haute mer.

2. Brioc, une aventure moderne

  • Réalisateur : Johann San Roman
  • Production : Bleu Iroise – Morgane Groupe
  • Durée : 52 min (2024)
    👉 Une expédition audacieuse sur un bateau médiéval reconstitué, reliant la Bretagne à l’Écosse.

3. Les Anges de la Mer (Sea Angels)

  • Réalisateur : Roberto Lugones
  • Production : Bleu Iroise – Morgane Groupe
  • Durée : 52 min (2024)
    👉 Le combat de femmes du golfe de Mannar pour préserver leurs traditions de récolte d’algues et leurs droits.

4. Petits graviers de Saint-Pierre

  • Réalisateur : Laurent Giraudineau
  • Production : Les Productions Cercle Bleu / Internep / France Télévisions / France 3 Bretagne
  • Durée : 52 min (2024)
    👉 Une enquête familiale sur les jeunes Bretons envoyés à Saint-Pierre-et-Miquelon pour la pêche à la morue.

5. Whitbread 73, l’aventure du Grand Louis

  • Réalisateurs : Chloé Ledoux et Nicolas Brikké
  • Production : Bleu Iroise
  • Durée : 52 min (2024)
    👉 Le récit de la première course autour du monde et des souvenirs de son équipage 50 ans plus tard.

6. We the surfers

  • Réalisateur : Arthur Bourbon
  • Production : Hand Studio
  • Durée : 51 min (2024)
    👉 Comment le surf transforme la vie d’une communauté du Libéria après des années de guerre civile.

7. Bernard Moitessier, une certaine rencontre

  • Réalisateur : Luc Sola
  • Production : Autoproduction
  • Durée : 58 min (2024)
    👉 Un documentaire unique sur l’icône de la voile, mêlant images d’archives et témoignages inédits.

8. Aires Marines Protégées : une imposture française

  • Réalisateur : Jean-Pierre Canet
  • Production : Brainworks en partenariat avec Urbania France
  • Durée : 45 min (2024)
    👉 Une enquête sur la réalité des aires marines prétendument protégées par la France.

Sélection des Films 2025 à télécharger

Mémoires de la Mer 2025 : les BD sélectionnées !

Les prix 2025 des Mémoires de la Mer récompenseront des bandes dessinées explorant l’univers maritime sous toutes ses formes. Découvrez ci-dessous la sélection officielle.


🎨 Bandes Dessinées sélectionnées

  • Le Murmure de la MerHippolyte (Éditions Les Arènes)
  • OctopolisGaétan Nocq (Éditions Daniel Maghen)
  • Captif des GlacesClément Baloup (scénario) et Hugo Stephan (dessin) (Éditions Steinkis)
  • Anita ContiJosé-Louis Bocquet (scénario) et Catel Muller (dessin) (Éditions Casterman)
  • Les Travailleurs de la MerMichel Durand (Éditions Glénat)
  • 1629, ou l’effrayante histoire des naufragés de Jakarta – Tome 2 (Final)Xavier Dorison (scénario) et Thimothée Montaigne (dessin) (Éditions Glénat)
  • Pied-à-terre – Une expédition à bord de l’Ocean VikingMariMo (Marie-Morgane Adatte) (Éditions Antipodes)
  • PillagesMaxime de Lisle (scénario) et Renan Coquin (dessin) (Éditions Delcourt/Encrages)
  • Pitcairn – L’Île des Révoltés du Bounty – Tome 4 (Final)Mark Eacersall et Sébastien Laurier (scénario) et Gyula Németh (dessin) (Éditions Glénat)

La sélection Bandes Dessinées 2025 à télécharger

Mémoires de la Mer 2025 : les livres sélectionnés !

Les prix 2025 des Mémoires de la Mer récompenseront des ouvrages explorant les multiples facettes du monde maritime. Découvrez ci-dessous la liste des livres sélectionnés cette année.


📚 Catégorie Fiction

  • La Promesse du LargeArnaud de la Grange (Éditions Gallimard)
  • La HouleIoànna Karystiàni, traduit du grec par René Bouchet (Éditions Gallimard)
  • La Mémoire des MersPetra Rautiainen (Éditions du Seuil)

📖 Catégorie Non-fiction

  • Une Histoire du Cap HornPatrick Benoiton (Éditions Glénat)
  • Prendre la Mer : La Méditerranée & l’Atlantique de la préhistoire à 1500Barry Cunliffe, traduction : Patrick Galliou (Éditions Nouveau Monde)
  • Le Livre de la Bathysphère – Effets des profondeurs lumineuses de l’océanBrad Fox (Éditions du Sous-Sol)
  • Les Invasions BiologiquesPhilippe Gouletquer (Éditions Quae)
  • Pêcheur d’HommesMikel Epalza et Coline Renault (Éditions des Équateurs)
  • Traverser les Océans et autres ÉpopéesIsabelle Joschke (Éditions Glénat)
  • Au Cœur de l’Océan – La véritable histoire de Moby DickNathaniel Philbrick, traduction : Gérald Messadié (Éditions Paulsen)
    Réédition du livre paru chez JC Lattès en 2000 sous le titre « La véritable histoire de Moby Dick. Le naufrage de l’Essex qui inspira Herman Melville ».
  • Océans Insolites – Voyage au cœur de phénomènes naturels extraordinairesCatherine Vadon et Michel Olagnon (Éditions Quae)
  • Réduire la VoilureStan Thuret (Éditions Robert Laffont)
  • Vers les Îles ÉparsesOlivier Rollin (Éditions Verdier)
  • Saint-NazairePatrick Deville (Éditions du Seuil)

La sélection Livres 2025 à télécharger

Vendée Globe : le regard d’Hervé Hamon

Nous publions ici avec l'autorisation de l'auteur et du Télégramme la chronique d'Hervé Hamon parue dans le Télégramme du dimanche 26 janvier 2025

Trois petits phares et puis…

Courant d’ère
Hervé Hamon

Disons-le tout de suite : ce billet ne sera pas du goût de tout le monde.

Car moi, qui ai chanté la mer, j’émets des réserves sur l’épreuve du Vendée Globe. Non sur les femmes et les hommes qui l’animent : ce sont de très grands marins qui jouent leur peau, qui affrontent les pires océans, qui font preuve d’un courage excessif – la première règle de la navigation n’est-elle pas d’éviter de prendre des risques inconsidérés ?

C’est la machine qui m’interroge. À commencer par ces bateaux au prix pharamineux et qui se nomment Pastille Valda, Destop-Cola, Convention Obsèques ou Fédération du Tord-Boyaux. La course au sponsor semble presque plus ardue que le passage des cinquantièmes hurlants. Et le retrait de Poulet Cassegrain ou de Marshmallow Solidaire plus catastrophique qu’un foc n°2 déchiré. Il y a là quelque chose qui cloche, à commencer par la vertigineuse inégalité financière entre les concurrents.

Et puis, est-ce bien la vocation des voiliers que de foncer à 70 km/h sur leurs foils ? Je veux bien qu’à titre expérimental, on déguise les navires en avions. Et qu’on étudie, toujours à titre expérimental, les aéronefs plongeurs. Mais est-ce encore de la saine navigation que cette recherche haletante de la vitesse – quand les vagues le permettent ?

La course du Figaro me paraît autrement excitante, mettant en lice des navires identiques où les skippers rusent avec Éole, particulièrement dans la pétole. Plus vite, encore plus vite… ce n’est pas l’avenir, c’est l’ancienne mode.

Est-ce toujours de la navigation que de s’enfermer dans un cockpit et de n’en sortir qu’à l’occasion d’une réparation ? Est-ce décidément de la navigation que de progresser un casque sur les oreilles afin de supporter les chocs terribles de l’eau contre le carbone ? La mer est suffisamment sauvage pour qu’il ne soit point nécessaire de l’ensauvager encore.

Je me souviens de Christophe Auguin, vainqueur d’un Vendée Globe particulièrement assassin en 1997. Avec une pointe d’amertume, haussant les épaules, il me disait : « J’ai fait le tour du monde et j’ai vu trois phares… »

Et quand je l’interrogeais sur ses rêves, il me répondait : « Me faufiler dans les passes de Chausey, mouiller dans les trous. »

Le monde est trop vaste pour que quiconque puisse prétendre en faire le tour. Pour ma part, je veux aller lentement, j’attends le triomphe des cargos à voile…

Hermione : Cap sur le Groenland !

Il y a dix ans, le 18 avril 2015, l’Hermione quittait Rochefort, son port d’attache, et entamait sa traversée de l’Atlantique vers les États-Unis.

Réplique authentique de la frégate qui, en 1780, avait emmené La Fayette en Amérique pour annoncer à George Washington le soutien officiel de la France à l’indépendance américaine, l’Hermione, sur le départ, était saluée par le Président des États-Unis en personne.

En souhaitant « Bon voyage » à l’équipage, le Président Barack Obama avait tenu à rappeler que « pendant deux siècles, les États-Unis et la France ont défendu ensemble le principe de liberté, des champs de bataille de la Révolution américaine aux plages du Débarquement ».

Six semaines plus tard, le 4 juin 2015, c’est l’US Navy qui saluait l’Hermione à son arrivée dans les eaux américaines.

Le destroyer lance-missiles USS Mitscher alla à sa rencontre, son commandant déclarant : « Le retour symbolique de l’Hermione rend hommage à La Fayette et à l’alliance franco-américaine qui a apporté la victoire à la bataille de Yorktown. »

Dix ans après, si l’Hermione pouvait reprendre la mer, c’est sur le Groenland qu’elle devrait mettre le cap !

Pour afficher un soutien symbolique au Groenland et au Danemark face à un gouvernement américain oublieux de sa propre histoire et des valeurs à l’origine de la création des États-Unis, qui avaient justifié le soutien de la France aux insurgés américains à la fin du XVIIIe siècle.

Dans son numéro du 29 janvier 2025, Le Canard enchaîné évoquait, sur le ton de la plaisanterie, l’envoi au Groenland du porte-avions Charles de Gaulle.

Moins belliqueux, l’envoi en mission de l’Hermione aurait une valeur symbolique forte dans l’opinion publique américaine, mais aussi française et européenne.

Le cap ne fait pas débat, mais… trouverait-on aujourd’hui, dans le contexte actuel, du côté américain et français, des entreprises et des mécènes prêts à prendre le risque de soutenir, à travers ce voyage de l’Hermione, les valeurs de liberté et d’indépendance ?

Les paris sont ouverts…

Benedict Donnelly

Vendée Globe : « Les coureurs ont le pouvoir de faire changer les choses »

Écrivain et navigateur, ancien rédacteur en chef du magazine Bateaux, Olivier Le Carrer est notamment l’auteur d’une histoire des tours du monde à la voile « Partir autour du monde » chez Glenat.

C’est aussi l’un des commissaires de l’exposition actuellement visible au Musée National de la Marine à Paris sur l’histoire du Vendée Globe.

Il commente ici en exclusivité le témoignage d’un des concurrents, l’Italien Giancarlo Pedote, recueilli quelques jours avant le départ de l’édition 2024 du Vendée Globe par le journaliste Valentin Pineau pour Ouest-France.

Benedict Donnelly, ancien Secrétaire Général du Conseil Supérieur de la Navigation de Plaisance et des Sports Nautiques


Les coureurs ont le pouvoir de faire changer les choses

Le constat de Giancarlo Pedote est partagé par la plupart des coureurs actuels : les
conditions de vie à bord des Imoca de dernière génération sont effectivement très
difficiles, pour ne pas dire plus. Et le problème des blessures dues aux chocs ou aux
accélérations et décélérations brutales est déjà une réalité : en témoigne l’accident
sérieux de Samantha Davies en 2020, pendant le dernier Vendée Globe.

Au delà du risque proprement dit, la question du plaisir et du fait de se trouver
« déconnecté » de la mer mérite aussi réflexion comme le souligne Giancarlo.

Pour être tout à fait exact, cette rupture n’est pas complètement nouvelle. Il y a près
de trente ans, Christophe Auguin (vainqueur du Vendée Globe 1996/1997) disait lors
de son arrivée : « Surtout, n’y allez pas ! « , répétant à qui voulait l’entendre que le
temps lui avait paru effroyablement long dans sa machine de course invivable et qu’il
ne souhaitait à personne de vivre une telle épreuve.

Encore plus tôt, Titouan Lamazou (premier vainqueur de la course, en 1989/1990)
avouait alors n’avoir pris aucun plaisir dans son parcours, trop préoccupé par la
marche de son bateau pour s’attarder sur la beauté des éléments…

Cette tendance remonte donc loin, mais il est indéniable que le développement des
foils a considérablement accéléré – dans tous les sens du terme – le mouvement. Si
ceux-ci apportent un atout en termes de vitesse (en témoigne la victoire de bateaux
équipés de foils lors des deux dernières éditions du Vendée Globe), ils comportent
aussi de nombreux inconvénients : surcoût financier, fragilité, inconfort accru du fait
de l’extrême brutalité des mouvements, projection continue d’embruns imposant de
fermer presque complètement les cockpits, et enfin augmentation du risque de
collision avec des animaux marins ou des objets flottants.

Faut-il renoncer à ces appendices qui posent tant de problèmes ? Ce serait sans
doute plus sage et la compétition n’y perdrait au fond rien de son intérêt. Pour
mémoire, les premiers bateaux sans foils à couper la ligne d’arrivée en janvier 2021,
ceux de Jean Le Cam et Damien Seguin, n’avaient que seize heures de retard sur le
foiler de tête après 80 jours de course ! Il est vrai que cette édition s’était révélée
peu favorable aux bateaux à foils, les conditions météo compliquées ne favorisant
pas cette fois les grandes envolées…

Mais à l’image de Giancarlo qui déplore cette évolution… tout en choisissant
d’équiper son bateau de grands foils performants (« Sportivement, je souhaite monter
le curseur de la performance » déclarait-il après son arrivée à la huitième place du
Vendée Globe 2020/2021) la position des coureurs reste souvent ambigue sur le
sujet. Rien ne les empêche a priori de s’organiser entre eux pour faire bouger les
choses. La course en Imoca n’est pas une discipline mondialement pratiquée dont
les règles seraient verrouillées par une galaxie ingérable de fédérations éparpillées
sur tous les continents. Elle ne repose que sur quelques dizaines de marins dont la
majorité résident entre le Finistère et le Morbihan.

Certains ont d’ailleurs déjà fait des choix différents comme Jean Le Cam qui assume
le refus des foils sur son bateau neuf, pour des raisons financières mais aussi parce
qu’il tient à garder l’entière maîtrise de son bateau et préfère privilégier la simplicité.

À l’issue de cette édition, organisateurs et coureurs ne pourront en tous cas faire
l’économie d’une vraie réflexion sur ce sujet. Et au passage sur celui de l’équipement
en général, pour éviter la surenchère en termes de complexité mais aussi prévenir
les dérives liées aux possibilités quasi illimitées des systèmes de communication
modernes.

Par Olivier Le Carrer