Prix des Mémoires de la Mer 2020 : les livres présélectionnés

Ce vendredi 12 juin, le jury Livres des Mémoires de la Mer a procédé à la sélection des livres en compétition pour le prix 2020 des Mémoires de la Mer.

Seize livres ont été retenus. Le jury délibérera au cours de l’été et le prix sera décerné officiellement fin septembre lors de la soirée annuelle des Mémoires

.Le jury n’a pas intégré dans sa sélection, conformément à ses règles du jeu,  le livre de Romain Bertrand  » Qui a fait le tour de quoi ? L’affaire Magellan », l’auteur ayant déjà été lauréat du prix des Mémoires de la Mer en 2013 pour « L’histoire à parts égales« .

A suivre : les albums de BD présélectionnés… »

Sélection-PRIX-LIVRE-2020

Juin 1940 : l’épopée du « Jean Bart »

Suite de notre chronique « 1940,  année de ruptures, de tragédies et de résistances pour la Marine française » avec l’aide du livre de Luc-André Lenoir « Résister sur les mers ».  et de « L’épopée silencieuse. Service à la mer 1939-1940 » de Georges Blond.

« A Saint Nazaire, le Jean Bart, un des plus beaux bâtiments de la Marine est en construction. Le cuirassé de 35 000 tonnes attend dans sa cale, loin d’être terminé et prêt au combat, mais il est impensable de laisser le chantier aux allemands. Dès le 11 juin, on attend une marée favorable pour le sortir. Le 19, après avoir allégé le bateau à l’extrême, le capitaine de vaisseau Ronarc’h parvient à le faire avancer, sans loch ni compas, sur deux hélices au lieu de quatre, et sans ventilation dans la salle des machines… Les avions bombardent. Le navire s’échoue momentanément, reçoit deux bombes sur le pont et finit par se mouvoir, escorté par quatre contre-torpilleurs. Il parviendra à Casablanca le 24 juin. L’autre bâtiment de cette classe, le Richelieu, termine ses essais à Brest. Il sort du port dès le 18 juin, sous les ordres du capitaine de vaisseau Marzin. IL ralliera Dakar également le 24 juin. Les ports de la mer du Nord, de la Manche et de l’Atlantique sont entièrement évacués, et toute la flotte se met hors d’atteinte, souvent quelques heures avant l’arrivée des allemands »

Extraits du livre de Luc-André Lenoir, « Résister sur les mers »

Dans son livre  » L’épopée silencieuse », Georges Blond consacre tout un chapitre à l’appareillage du Jean Bart. Il évoque la détermination et la prise de risque collective du commandant du Jean Bart, des ingénieurs de la Marine, et de toutes les équipes à terre et sur le navire.

« Le 20 mai, Paul Reynaud déclare au Sénat que la patrie est en danger… Rien n’arrête la percée allemande. Le problème du Jean Bart, dans ces conditions, semble singulièrement se préciser et se simplifier : à quelle sauce le Jean Bart sera t il mangé ? Sera t’il capturé, ou sera-t’il cloué sur place par l’aviation ? On ne voit pas ce qui pourrait se produire en dehors de ces deux éventualités….

« La nuit blanche, que j’ai passée du 17 au 18 mai, laisse dans ma mémoire une marque ineffaçable », a écrit le commandant… « Tandis que je ruminais mon pessimisme, mon second était le siège du même trouble; l’ingénieur de première classe du Génie Maritime spécialement chargé de surveiller l’achèvement du bâtiment se tenait des raisonnements analogues. Et c’est lui, le plus jeune, et par conséquent le plus libre de son langage, qui a parlé le premier.  » En effet, dès le 19 mai,  » au lendemain d’une nuit passée dans l’inquiétude », cet ingénieur a examiné avec son chef de service les moyens de mettre le Jean Bart en mesure de sortir de son bassin dans le délai le plus court,,, Une nécessité inéluctable va déterminer le choix du jour d’appareillage. Il faut, de toute évidence, prendre la date la plus rapprochée où la marée sera assez forte pour permettre au bâtiment de flotter dans sa tranchée On calcule le poids probable escompté, le tirant d’eau du navire.On ouvre l’annuaire des marées. Voici la date à laquelle le Jean Bart a quelques chances de passer : 19 juin…. Le plan est arrêté dans la matinée du 21 mai au cours d’une conférence entre le commandant et les ingénieurs du Service de la Surveillance. Il est présenté le 22 mai aux Chantiers du Penhoët et aux Chantiers de la Loire, qui se partagent l’achèvement et l’armement du navire… Le nombre des ouvriers est augmenté, jusqu’à ce que soit employé le maximum de personnes qui puissent travailler sur le Jean Bart, sans se monter les unes sur les autres. Deux mille huit cent, trois milles, trois mille deux  cents, trois mille trois cents, trois mille cinq cents, sans compter les marins. Le rythme s’accélère également. Journées de neuf heures, de dix heures,de douze heures, journées illimitées. Les mêmes ouvriers qui, naguère revendiquaient (souvent à juste titre) pour l’amélioration des conditions de leur travail, maintenant travaillent jusqu’à tomber de fatigue pour sauver le Jean Bart. .Sera t’on prêt le 19 juin ? Il le faut. Mais cela ne suffit pas. Il ne suffira pas que le Jean Bart soit prêt le 19 juin.

En effet, à quoi servira que le Jean Bart soit fin prêt, disposés à évoluer merveilleusement et à filer trente noeuds s’il ne peut pas sortir,s’il reste séparé de la mer, enfermé dans son bassin qui ne communique avec la Loire que par une tranchée pour lui trop peu profonde… Là comme pour le reste, il faut faire en moins d’un mois ce qui devait se faire en six…

12 juin, les armées allemandes déferlent sur la France. 13 juin, elles entrent à Paris… 16 juin, la marée de la défaite atteint Saint Nazaire; en formations compactes, sous les yeux de la population stupéfaite, les troupes britanniques s’embarquent pour l’Angleterre,,. 17 juin, l’armistice est demandé; en apprenant la nouvelle, quelques ouvriers interrompent leur effort., se relèvent : est-ce maintenant la peine de continuer ? L’ordre est de continuer. L’armistice est seulement demandé, non encore signé. Bien d’autres événements imprévus peuvent se produire.Plus que jamais, faire tout ce qui dépend de soi, et pour  le reste, demeurer ferme et tranquille… »

19 juin, à 2 heures du matin, soit une heure seulement  avant l’appareillage,  la tranchée qui joint le bassin à la Loire sera juste assez profonde et assez large pour laisser passer le Jean Bart ;avec cinq mètres de chaque bord ! Et la profondeur : le Jean Bart va appareiller à la marée de la nuit avec dix centimètre d’eau sous sa quille. Plus exactement, il va essayer d’appareiller avec dix centimètres d’eau sous sa quille : qu’il ne soit pas absolument droit, qu’il s’incline seulement d’un degré d’un bord ou de l’autre; il n’a plus dix centimètres d’eau sous la quille, il n’y a plus rien du tout, rien qu’un navire échoué et incapable d’appareiller… »

19 juin, au lever du jour,  » le Jean Bart va atteindre le chenal de la Loire, déjà il touche à la liberté. C’est alors que surviennent des avions. Presque aussitôt, l’alerte est donnée : ce sont des avions allemands. L’attaque est prononcée au moment où le Jean Bart vient de s’engager dans le chenal, tandis qu’il se glisse entre les bancs de Loire, Impossible d’évoluer, les fonds de moins de cinq mètres sont là à toucher, de chaque bord.Trois bombardiers descendent et lâchent une première salve; six ou huit bombes. Toute l’artillerie de DCA du Jean Bart crache le feu, les bombardiers reprennent de l’altitude… Le Jean Bart  descend le chenal, il prend le coude de Bonne-Anse, passe très près d’une drague des Ponts-et Chaussées dont une partie seulement émerge : elle a sauté quarante-huit heures plus tôt sur une mine magnétique. Le Jean Bart sort de la rade de Saint Nazaire par le chenal de sécurité. Il fait ensuite route à l’ouest-sud-ouest vers l’ouvert du Golfe de Gascogne. Il est alors 6 heures. »

Extraits de « l’épopée silencieuse » de Georges Blond

L’hommage de Lucien Gourong à Mikaël Yaouank, fondateur des Djiboudjep

Mikaël Yaouank, le fondateur du groupe des Djiboudjep, est décédé ce  jeudi 4 juin.

Mikaël Yaouank, le fondateur du groupe des Djiboudjep

Lucien Gourong, écrivain, formidable conteur, notamment d’histoires de mer vécues dans une famille de l’île de Groix, la sienne,  où on est marin de père en fils, a été un de ses compagnons de scène et de vie.  Il lui rend ici hommage.

Lucien Gourong a accompagné pendant 20 ans, depuis les tout débuts et jusqu’au voyage américain,  l’aventure de l’Hermione et contribué plus que tout autre à l’ancrer dans l’imaginaire maritime. Je l’avais sollicité, il y a quelques jours à peine, pour une chronique sur une chanson de mer. Je suis honoré qu’il ait  proposé au Festival des Mémoires de la Mer de publier son  hommage à Mikaël Yaouank.

Benedict Donnelly 

 Le Groupe Djiboudjep en 1977

Mikaël Yaouank, le créateur des Djiboudjep, vogue vers l’île de l’éternelle jeunesse

Djiboudjep ! Depuis 40 ans le mot claque d’un port à l’autre comme un cri de ralliement. A rejoindre un bistrot, à Valparaiso, à Shanghai, à Buenos-Aires ou à Port-Tudy en Groix où a sévit le plus célèbre groupe de chants de marins du monde, Djiboudjep, littéralement « P’tit bout de Joseph », sobriquet d’un mousse groisillon qui deviendra le grand-père du célèbre bistrotier Alain Beudeff dans la grande montée qui descend du Bourg au port. C’est Michel Tonnerre, descendant de marins insulaires, grand poète et chanteur à la voix de stentor océanique, parti en 2012 rejoindre lui aussi le Paradis des hommes au sang salé, qui a baptisé Dijoudjep dans les années 70 le groupe crée par lui et Mikaël Yaouank, inoxydable pilier de la formation que ce dernier a animée pendant près d’un demi-siècle.

Le renouveau du chant de marin

Djiboujed est le suprême symbole du renouveau des chants de marins non seulement en Bretagne mais à travers le monde entier. J’ai entendu nos pêchus lorientais passer en boucle à Val d’Or en Abiti-Témiscamingue dans un estaminet dont le couple de tenanciers était devenu fan après les avoir entendus au festival de Saint-Jean-Port-Joli au Québec où ils ont été souvent programmés. On les a aussi écoutés en Centre Afrique, Suisse, Flandre, Sicile et bien sûr dans tout l’hexagone portant haut et fier la tradition de la chanson de mer et le drapeau du beau pays de Lorient la bretonne jolie, subliminal clin d’œil à cette traditionnelle chanson séculaire « Les filles de Lorient » que le groupe révéla au public en remettant au goût du jour la romance des jeunes promeneuses le long de la Cale Ory attendant leur promis au temps de la Compagnie des Indes.

La mer, rien que la mer, toute la mer, à boire et déguster

Mikaël Yaouank, c’était une gueule de bat-la-houle taillée à la hache d’abordage, une voix rocailleuse d’un tempestaire capable de faire taire une bordée de tosse-mer en ribote dans n’importe quel abri côtier du moment qu’il fût doté d’un bar, une tête de caboche capable de la plus grande aménité. Mikaël, mon vieux pote de scène, de bringue et de troquet, a commencé à chanter avec un compère lorientais Yan Ber au tout début des années 1970. Que ce soit en solo, en duo, en groupe, notre Yaouank national a tout chanté du répertoire inspiré par la mer, ses hommes, ses aventures, tout, pratiquement tout, chansons, ritournelles, romances, rengaines, complaintes, ballades, tout du moment que le contenu en fut empreint d’océanité : « A Lorient la jolie », « Les trois marins de Groix », « Allons à Lorient pêcher la sardine », « Le Corsaire Grand coureur », tous ces antiennes locales, qui se retrouvent aujourd’hui dans les anthologies maritimes. Toutes celles-là mais aussi les compositions contemporaines de Michel Tonnerre dont certaines, comme « Mon petit garçon » ou « Le Gabier Noir », semblent surgir tout droit de l’époque de la vieille marine à voiles. Tonnerre et Yaouank, ce fut d’abord une affaire d’insigne amitié autour de la passion commune de la mer, des marins et des bateaux. Et vogue le bateau des copains d’abord

Mikaël Yaouank, le pilier de Djiboudjep

Né à Lorient – à la clinique Blanqui précise-t-il en riant, de parents venus de Casablanca où ils étaient réfugiés – Mickaël Yaouank a vécu à Toulhars, la plage à la mode de Larmor-Plage, une enfance et une adolescence bercées par le ressac des marées. Et le folk. Celui de Pete Seeger, le pope du genre, mort à 94 ans en 2014. Onzième et dernier enfant d’une phratrie dont la mère à l’allure élégante était une militante bretonne résolue, Mikaël n’avait rien d’autre que la musique en tête. Il s’y aventure très tôt avec le duo Yan Ber et Mikaël avant de se lancer seul dans le répertoire maritime écumant les bars de Keroman. « C’est là que tout a commencé en 1970 », me confiait-il en 2014, où, pour le pied, le peps, il tonitrue des chansons traditionnelles de marins accompagné par un chœur de potes ». Le succès est immédiat et si éclatant que Jo Gragnic de la maison Ar Folk lui propose de produire un 33 tours (il y en aura d’autres). C’est à Kéroman qu’il rencontre Michel Tonnerre qui travaille à la marée chez son père. Lui aussi fait dans la chanson de marins mais écrit et interprète ses propres textes. Ils partagent les scènes de comptoirs avant de créer Djiboudjep où entrera Gégé Bonnot, puis Patrick le Garrec en 1975, folk singer fou des Dubliners, qui a mis aussi le cap sur le rivage de l’île des morts marins en mai 2013, le plus fidèle compagnon de Mikaël durant 30 ans alors que le groupe voit défiler quantité de musiciens parmi lesquelles Etienne Granjean et Pierrick Lemou, ex de la Mirlitantouille.

Djiboudjep a été le groupe le plus incontournable des bistrots et salles des fêtes de Bretagne. Et de l’Interceltique qui depuis des décennies s’achève inexorablement par un cabaret avec Yaouank et ses compères. « Je continue » me confie avec malice Mikaël « j’aime chanter, j’aime l’ambiance que dégagent ces refrains de grand vent et d’iode. Et faire ça, c’est quand même autre chose que d’aller à l’usine ». Sacré Mikaël, vieux pote fréquenté en tout bien tout honneur depuis 50 ans avec qui j’avais créé en 1982 un spectacle iodé intitulé « Bitte bosses et largesses » en compagnie d’Hélène et Jean François, sans toi la chanson de marin ne serait pas celle qu’elle est aujourd’hui.

Le 23 novembre dernier, alors que tu préparais un événement pour célébrer les 50 ans de Djiboudjep, tu étais encore avec ce groupe sur la scène rennaise du festival Yaouank où étaient venus te rejoindre Grandjean et Lemou, anciens comparses du groupe. Tu est parti, toi l’aède de la mer, à l’aube du 4 mai, comme dit ton neveu Guillaume, qui a beaucoup chanté avec toi, emporté par un « sale crabe ». Putain de jeu de mots. Un jour peut-être le monde maritime t’élèvera une stèle. Elle se dressera dans le ciel du pays de Lorient la jolie. Avec à tes côtés, à la barre, et au comptoir, Michel Tonnerre, Gilles Beuzet, Patrick Garrec, compagnons de Djiboudjep, voguant sur des océans où le seul vent qui pousse la barque de nuit, ce bag noz qui conduit au Bro ar Ré Youank, la terre de l’éternelle jeunesse, sera celui d’un spleen empli de vague à l’âme.

Lucien Gourong
5 mai 2020

Juin 1940 : après Dunkerque, la flotte française se met hors d’atteinte.

Suite de notre chronique « 1940,  année de ruptures, de tragédies et de résistances pour la Marine française ».  avec l’aide du livre de Luc-André Lenoir   « Résister sur les mers ».

Après l’évacuation de Dunkerque, pour la Marine Française :

« dans les ports de l’Ouest, la priorité devient d’évacuer les bâtiments vers l’Afrique du Nord ou l’Angleterre. … Les ports de la mer du Nord, de la Manche et de l’Atlantique sont entièrement évacués et toute la flotte se met hors d’atteinte, souvent quelques heures avant l’arrivée des allemands.

Sur les 300 bâtiments de la marine française, quinze ont été coulés en action depuis septembre 1939, six se sont sabordés, et quarante sont restés à Toulon. Le reste a pris le large, principalement vers l’Afrique du Nord, le Levant, l’Extrême-Orient, les Antilles et surtout la Grande-Bretagne.

Dans les ports de Plymouth et Portsmouth principalement, deux cuirassés, huit torpilleurs et deux contre-torpilleurs ont trouvé refuge, ainsi que sept sous-marins, dont le Surcouf, le plus grand submersible du monde. Les petites unités ne sont pas en reste, et ont majoritairement choisi l’île à défaut de pouvoir envisager un plus long voyage : on compte quinze chasseurs et plusieurs dizaines de patrouilleurs. De même, 135 navires de commerce sont disséminés dans 23 ports. Le pays allié recueille un dixième des bâtiments français, et un septième de sa marine marchande. »

Luc-André Lenoir   « Résister sur les mers ».

A suivre : l’épopée de l’appareillage du cuirassé Jean Bart en fin de construction début juin 40 à l’arsenal de Saint Nazaire.

« Normandie Impressionniste 2020 » : nos coups de cœur !

A l’origine, la nouvelle édition de Normandie Impressionniste devait se tenir du 3 avril au 6 septembre 2020. Un temps menacée d’annulation en raison de l’épidémie, elle aura finalement lieu du  4 juillet au 15 novembre prochain. 

Certaines expositions ont néanmoins dû être annulées. Notamment l’exposition “Plein air. De Corot à Monet”, prévue à Giverny. Heureusement, le musée Giverny Impressionnisme nous permet de la découvrir virtuellement.   

A voir tout particulièrement le tableau de Camille Corot : « Trouville , bateaux de pêche échoués dans le canal »

Bonne nouvelle : ,l’exposition consacrée par le Musée des Pêcheries de Fécamp à Eugène Le Poittevin, intitulée « L’invention d’Etretat, Eugène Le Poittevin, un peintre et ses amis à l’aube de l’impressionnisme », un temps menacée, aura bel et bien lieu du 14 Juillet au 15 novembre 2020.

Peintre de la marine, Eugène Le Poittevin (1806-1870) a peint surtout des marines et des scènes de pêcheurs sur la côte de Normandie et aux Andelys. Il est considéré comme un précurseur de l’impressionnisme.

A voir notamment, le regard de Le Poittevin sur le monde de la pêche et la communauté des pêcheurs : 

Le Poittevin
Pêcheurs de rocailles au pied de l’aiguille d’Etretat »
Collection Les Pêcheries.vMusée de Fécamp.
Cliché : François Dugué
Le Poittevin  
Pêcheurs à Etretat 
Huile sur panneau 
Collection Les Pêcheries, Musée de Fécamp.
Cliché François Dugué

Vroom, le « père » de la peinture de marines

Nous poursuivons avec Olivier Cena, de Télérama, l’exploration de l’émergence de la mer dans la peinture comme élément à part entière. 

Le Retour à Amsterdam de la deuxième expédition aux Indes orientales (1599), Vroom

« Jusqu’à la fin du Moyen Age, la mer est un signe : une petite surface bleue ou verte animée de lignes évoquant une onde sans écume. Avec Patinir, elle devient un élément symbolique, représentée en plongée comme si le regard de l’artiste se trouvait en hauteur. Cette vue aérienne fictive correspond à la nouvelle cartographie de la Renaissance qui développe l’aperçu « à vol d’oiseau » des territoires.

Dès la toute fin du XVIe siècle, avec un tableau d’histoire, Le Retour à Amsterdam de la deuxième expédition aux Indes orientales (1599), Vroom, plus réaliste, abaisse le point de vue à la hauteur d’un grand mât puis à hauteur d’homme. La Mer devient la mer.Un siècle après Patinir apparaît donc Vroom. Derrière cette onomatopée se cache Hendrick Cornelisz (v. 1563-v.1640), peintre hollandais considéré comme le père de la peinture de marines.

Ce genre nouveau naît aux Pays-Bas parce que s’y développe, au XVIIe siècle, la navigation marchande. Il prospère peu après en Angleterre pour les mêmes raisons — mais le négoce était aussi l’origine des bas-reliefs phéniciens représentant des navires marchands douze siècles avant notre ère. La peinture de marines perpétue la traditionnelle représentation d’embarcations diverses connue depuis l’Antiquité, mais de cette glorification du commerce, Vroom a fait un genre en soi. Il n’en est pas pour autant un très grand peintre. D’autres que lui, aux Pays-Bas, porteront en ce XVIIe siècle magnifique la peinture de marines à des sommets de grâce et de puissance : Jan Porcellis, les Van de Velde père et fils, Jan Van de Cappelle, Albert Cuyp ou Jacob Van Ruisdael. En Italie, le genre passionne peu — le Napolitain Salvator Rosa ou le Florentin Antonio Tempesta livrent bien quelques mers se déchaînant contre les falaises, sans pour autant se spécialiser dans ce type de représentations.

Olivier Cena, de Télérama

Mai 1940 : l’évacuation de Dunkerque

Suite de notre chronique « 1940,  année de ruptures, de tragédies et de résistances pour la Marine française ».

Le cinéma a fait entrer dans la légende l’évacuation des troupes alliées de Dunkerque de la fin mai au début juin 40 , baptisée « Opération Dynamo ».

Dunkerque de Christopher Nolan

Avant Dunkerque de Christopher Nolan, huit films l’avaient déjà évoquée. Vincent Dupire, journaliste à France 3 Hauts de France, les avait recensés et commentés en 2017 au moment de la sortie du film de Nolan, sur le site de France Télévision.

Dans son livre   » Résister sur les mers », Luc-André Lenoir évoque ainsi l’opération Dynamo :

« Bientôt, devant l’avancée fulgurante des Allemands et le succès total du Blietzkrieg, il faut se résoudre à procéder à l’évacuation de Dunkerque et ce sont près de 400 000 soldats alliés qui sont pris en tenaille, dont 125 000 Français. L’opération Dynamo des Britanniques, mis en oeuvre à la hâte après l’examen de différentes options, implique toute la marine sur place, et de nombreux bâtiments français, ainsi que 700 embarcations civiles de toutes sortes. Il faut multiplier les aller-retours entre le port de Dunkerque et ses plages, et Douvres, à une quarantaine de milles marins. Entre le 29 mai et le 4 juin, les voyages se succèdent sous la pression aérienne allemande, et une majorité des soldats est acheminée, à l’exception de 35 000 Français, restés pour contenir l’avancée ennemie à terre. Ils sont faits prisonniers. Sur le millier de bateaux impliqués, plus de deux cents ont sombré. La Marine Française perd trois torpilleurs : la Bourrasque (qui transportait 500 hommes) , le Sirocco, et le Foudroyant. »

 » Résister sur les mers », Luc-André Lenoir

Dans son livre L »épopée silencieuse Service à la mer 1939-1940″ paru en 1942, Georges Blond nous jette au cœur de Dunkerque avec des mots qui valent bien des images :  

« De Zuydcoote à Dunkerque, un long serpent sombre interminable est allongé sur la plage. A la jumelle, on découvre que son dos est fait d’un moutonnement de casques. De ce serpent sont détachés des files perpendiculaires, qui vont jusqu’au bord de la mer jusque dans la mer, ce sont les soldats qui embarquent. Devant Malo, devant Zuydcoote, des navires s’emplissent à mesure que les embarcations détachent les hommes de la plage. Le serpent se prolonge jusqu’au port de Dunkerque, jusqu’aux jetées et jusqu’à l’extrémité des jetées, jusqu’à tomber dans la mer. Pour tous ces hommes, la mer est le salut. » 

L’épopée silencieuse Service à la mer 1939-1940″, Georges Blond

Dans « L’épopée silencieuse »,  Georges Blond rend un hommage vibrant aux équipages des navires de commerce français réquisitionnés pour l’évacuation des troupes britanniques et françaises :

« Les noms de ces navires de commerce, ces gracieux noms pacifiques qu’on croirait créés pour être assemblés en poésies, en comptines pour les enfants : Côte-d’Azur, Côte-d’Argent, Saint-Octave et Saint-Camille, Douaisien et Rouen, Versailles, Versailles, Aîn-el-Turk, Ophélie, Newhaven.. Ces noms sont presque inconnus. Plongés, brûlés rougis à blanc dans le feu de la guerre, ils restent trop obscurs.  Aucune croisière, aucune course sur les anciens océans n’est comparable au métier infernal qui a été celui de ces capitaines, de ces équipages. Ce métier aurait écœuré les Frères de la Côte. Auprès de cette forme de guerre, la guerre des colonels Bramble est un jeu de clubmen. L’amiral Abrial, commandant les forces maritimes du Nord, l’a dit en propres termes, il l’a même écrit : « J’ai vu plusieurs fois moi-même les capitaines de ces navires avant leur appareillage, et j’ai eu l’impression, chaque fois, que je les envoyais à la mort…. »

A partir des rapports de capitaines de ces navires marchands « réquisitionnés », Georges Blond nous restitue jour après jour, heure après heure, la réalité crue de Dunkerque. 

« Nous sommes le 31 mai, il est 9 heures. Le Côte-d’Argent ( « un petit paquebot qui faisait les voyages d’Angleterre, tranquillement amarré à la gare maritime de Calais le 10 mai au matin, lorsque son commandant a reçu l’ordre d’appareiller le plus rapidement possible vers Dunkerque pour y être réquisitionné par la Marine Nationale » ) accoste à la jetée Est. Un officier de la police de la navigation la renvoie : cette place est prise. Appareillage. De 9 h 15 à 10 h 45, la Côte-d’Argent manœuvre sous le bombardement et sous la canonnade à la recherche d’un poste d’accostage. Impossible d’embarquer des troupes à la plage, le personnel  de pont – huit hommes ! – ne pouvait armer qu’une seule embarcation. Le manège de la Côte-d’Argent n’échappe pas aux hommes pressés sur les appontements; à la jumelle, on les voit faire des signes. Ils viennent de voir deux vapeurs coulés en vingt minutes, ils tremblent de voir couler celui-ci, de le voir flamber, inutile, avant qu’il ait pu les arracher à ce sol mortel. La Côte-d’Argent tente d’accoster successivement à l’ancienne jetée Ouest, au quai Félix-Faure. A 10 h 45, accoste à l’appontement du nouveau sas. Les soldats embarquent par les échelles, se laissent glisser sur le ventre, encombrés, alourdis de sacs, de casques; au bas des échelles, les marins les relèvent, les poussent, leur distribuent des brassières de sauvetage, les entassent. Un obus tombe sur l’appontement, fauche un groupe. 11 h 10 : appareillage. Quatorze cents soldats ont embarqué en vingt-cinq minutes.  Presque tous sont muets, beaucoup ferment les yeux et dorment. Enfin dormir…. »

De Narvik à Dunkerque : la Marine Française en mai 1940

1940,  année de ruptures, de tragédies et de résistances pour la Marine française : cette chronique amorcée avec  la publication du dossier d’information du Musée National de la Marine se poursuit ici, en s’appuyant sur le  livre de Luc-Antoine Lenoir   « Résister sur les mers » paru en 2018 aux Editions du Cerf.

En avril et mai 1940, 13 navires de guerre de la Marine française et quelques uns des meilleurs bâtiments de notre marine marchande sont mobilisés pour permettre le débarquement en Norvège d’une l’expédition franco-britannique afin d’empêcher l’approvisionnement de l’Allemagne en fer suédois et l’implantation dans cette zone de bases marines allemandes.

Mais, le 10 mai, c »est le lancement de l’attaque allemande contre la France et malgré le succès de la bataille de Narvik, « la Marine revient, finalement convoquée pour la  défense de son propre territoire. Mais c’est l’effondrement sur terre. La manœuvre de la Dyle, conçue pour contenir une invasion de la Belgique; échoue , et la flotte, qui appuie l’effort le long des côtes, assiste impuissante au désastre, constatant seulement que sa composante aéronavale est largement sous-dimensionnée pour l’événement. « Le 20 mai, les Allemands sont déjà à l’embouchure de la Somme; le Nord est intégralement encerclé. La Marine tente les jours suivants de protéger les ports de Boulogne, du Cap Gris-Nez et de Calais, sans succès, les casernes étant déjà acculées à la reddition… Bientôt, devant l’avancée fulgurante des Allemands et le succès total du Blietzkrieg, il faut se résoudre à l’évacuation de  Dunkerque et ce sont près de 400 000 soldats alliés qui sont pris en tenaille, dont 125 000 soldats Français » 

A suivre…

Il y a 1 an : Fécamp !

Il y a 1 an jour pour jour, démarrait à Fécamp, qui fut un temps le premier port morutier de France, la première édition du Festival des Mémoires de la Mer.

Coïncidence singulière : les têtes d’affiche qui étaient les nôtres à Fécamp, Magellan, Moby Dick, Robinson Crusoé    sont aujourd’hui, un an plus tard, en pleine lumière  :

  • Magellan, salué mercredi 20 avril dans l’émission la Grande Libraire par Isabelle Autissier à l’occasion de l’édition chez Robert Laffont d’une nouvelle traduction du texte de Zweig, elle-même précédée en novembre dernier par la publication aux Editions Paulsen d’une réédition illustrée de 200 cartes, gravures et dessins historiques.
  • Moby Dick 

Dans le roman d’Herman Melville, Moby Dick est un cachalot redoutable, capable d’une violence hyperbolique et dévastatrice. L’écrivain chilien Luis Sepúlveda inverse radicalement le point de vue, en donnant la parole à la baleine blanche dans son dernier conte.

« J’écris parce que l’écriture me donne des réponses à beaucoup de choses que j’observe dans la vie ». 

Luis Sepulveda dans le Journal de Montréal du 2 novembre 2019

C’est d’ailleurs comme ça que les grandes lignes d’Histoire d’une baleine blanche, son tout nouveau conte, ont commencé à se tracer dans son esprit. Il y a eu deux déclencheurs :

« Le premier, je me suis toujours demandé  pourquoi Herman Melville, quand il a écrit Moby Dick, ne s’était jamais penché sur les raisons qui avaient bien pu pousser un cachalot à attaquer un bateau de chasse à la baleine. Le second, c’est précisément ce que je raconte au tout début du livre. Un jour, tout près de chez moi, en Patagonie, une baleine morte s’est échouée sur la plage et tout le monde, pêcheurs et habitants de la région, était très triste. Mais la profonde tristesse d’un garçon lafkenche m’a particulièrement touché et voilà, cette histoire était née ! »

Luis Sepulveda dans le Journal de Montréal du 2 novembre 2019

https://www.journaldemontreal.com/2019/11/02/le-nouveau-conte-de-luis-sepulveda

A suivre : bientôt sur le site du Festival en ligne des informations sur les prix 2020 des Mémoires de la Mer et sur la deuxième édition du Festival en 2021, « en chair et en os » !

Naufrage et Naufragés

« Décidément le naufrage… et les naufragés inspirent le débat public ! Après le récent « Tract de Crise » de Gallimard , c’est le Président de la République lui-même qui, lors d’une visioconférence avec les acteurs de la culture, évoque le naufragé le plus célèbre de la littérature : Robinson Crusoé.

Du coup, j’ai demandé à Gilbert Buti, coauteur avec Alain Cabantous du livre de référence « De Charybde en Scylla, risques, périls et fortunes de mer du 16 ème siècle à nos jours » de mettre en perspective pour les Mémoires de la Mer la réalité et la symbolique du naufrage.

Dans le même temps, j’ai proposé à Oliver Le Carrer qui, il y a un an presque jour pour jour, ouvrait  à Fécamp la première édition du Festival des Mémoires de la Mer en évoquant Robinson Crusoé avec des élèves de 5 ème, de donner à chaud son sentiment sur cette irruption inattendue du personnage de Daniel Defoe dans la parole publique.

Benedict Donnelly