« Naufrage  » le tract de crise de Gallimard du 27 avril 2020

Le Tract de crise publié le 27 avril par les Editions Gallimard est signé Michael Ferrier, écrivain et essayiste français qui vit à Tokyo où il enseigne la littérature.L’auteur nous invite à lire des récits … de naufrages !

« Ce à quoi nous assistons depuis quelques semaines porte un nom : c’est un naufrage. Le hasard, qui peut être surprenant comme la rencontre d’une chauve-souris et d’un pangolin sur un lit de réanimation, fait parfois bien les choses : quand la pandémie a commencé à se répandre sur la planète, j’étais en train de lire les Histoires tragicomaritimes (Éditions Chandeigne, 1992), trois récits de naufrages où, sur des mers variées, les hommes meurent par milliers. Ces trois récits portugais sont d’un autre temps (le xvie siècle), dans un contexte sociopolitique différent (à l’aube de la mondialisation des transports, aujourd’hui si avancée) et où la maladie ne joue qu’un rôle parmi d’autres. Pourtant, il n’est pas inutile de prêter l’oreille à ces témoignages des rescapés. Écrits dans une langue précise et sobre, ils voguent littéralement sur une mer déchaînée pour traverser les siècles et se porter jusqu’à nous…

Le Tract de crise – Michael Ferrier

« Les Histoires tragico-maritimes » parues il y a une vingtaine d’années aux Editions Chandeigne ont été publiées dès le XVIe siècle en pla­quettes populaires. Elles connurent un grand succès avant d’être rassemblées (au moins pour douze d’entre elles) par Bernardo Gomes de Brito, en 1735-1736, sous le titre évo­cateur d’História Trágico-Marítima. Le livre réunit le naufrage de la nef Conceição qui s’est per­due sur un atoll de l’Océan Indien en 1555; la perte du grand galion São João sur la côte du Natal en 1555 et le naufrage de la nef São Paulo survenu en 1562 à l’île de Sumatra.

Évoquer la publication de ce Tract de crise est aussi l’occasion de donner un grand coup de chapeau à Michel Chandeigne qui était, il y a un an, à Fécamp l’un des invités d’honneur de la première édition du Festival des Mémoires de la Mer, pour célébrer les 500 ans du Voyage de Magellan et commenter « Le voyage de Magellan, 1519-1522: La relation d’Antonio Pigafetta & autres témoignages » dont il est à la fois l’auteur et l’éditeur.   

Benedict Donnelly

« Zone Rouge », film primé aux Mémoires de la Mer 2017, mis à l’honneur par Public Senat


Parmi les 5 documentaires diffusés samedi 25 avril 2020 par Public Sénat pour fêter les 20 ans de la chaîne : Zone Rouge, mention spéciale des Mémoires de la Mer 2017. Un film salué ainsi dans les colonnes de Telerama du 25 avril  :

 » L’affaire des boues rouges de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, a tout d’un cas d’école. Quand, au début des années 1960, le groupe Pechiney envisage d’installer une conduite qui permettra de déverser, au large de Cassis, les déchets chargés de métaux lourds de son usine d’alumine, des voix s’élèvent pour dénoncer les risques que fait peser un tel projet sur la vie sous-marine. « Cette pollution sera incontrôlable», alerte le docteur Alain Bombard, avant d’être contredit… par le non moins populaire Jacques-Yves Cousteau. Le commandant au bonnet rouge, qui n’hésite pas à qualifier ces rejets d’« inoffensifs pour l’environnement », se garde bien de dire qu’un contrat le lie à Pechiney et que la Calypso a participé au sondage de fonds aujourd’hui gravement dégradés par cinquante ans de déversements.

Avec autant de modestie que de clarté, Zone rouge dresse la chronique de cette pollution annoncée et hautement évitable, conséquence d’un rapport de force disproportionné entre pouvoir politique et pouvoir économique. Olivier Dubuquoy, qui connaît parfaitement le sujet et est même à l’origine du mouvement Nation Océan, s’est associé à la réalisatrice Lætitia Moreau pour dénoncer la somme de pressions, de mensonges, de campagnes de lobbying et de manigances en tout genre qui ont poussé les gouvernements de gauche comme de droite à proroger les autorisations consenties à l’usine pour répandre, année après année et jusqu’à aujourd’hui, du rouge toxique dans la grande bleue.

Télérama – François Ekchajzer

Ce film a reçu la Mention spéciale du jury au Figra 2017, et la Mention du jury au festival Mémoires de la mer 2017.

Zone rouge, de Lætitia Moreau et Olivier Dubuquoy 

Hommage à Pierre Léonard

Pierre Léonard , ancien Président du Conseil Supérieur de la Marine Marchande et de l’Académie de Marine, est décédé il y a quelques jour, à l’âge de 91 ans. Ce grand fonctionnaire d’Etat disparaît au moment même où la pandémie oblige à s’interroger sur les industries stratégiques pour l’indépendance nationale. Cette réflexion, ce combat étaient les siens. Il s’est, en effet, battu toute sa vie pour préserver comme stratégique une flotte de commerce française.

Dans le livre « les grandes mutations de la marine marchande française » de Pierre Cassagnou, parue en 2002, livre qu’il a préfacé, Pierre Léonard évoque l’implication personnelle du Général de Gaulle sur les questions maritimes. Commentant la tenue le 23 septembre 1965 à l’Elysée sous la Présidence du Général de Gaulle d’un Conseil interministériel dédié aux questions maritimes; au cours duquel de Gaulle se prononce « en faveur d’une marine marchande puissante répondant aux besoins de l’économie nationale et aux intérêts du pays », Pierre Léonard écrit :  » Charles de Gaulle était un « shipping minded man« . Il pense que cette qualité est venue au Général de ce qu’il a compris que « la mise en oeuvre de l’arme blindée imposait un approvisionnement fort et régulier en hydrocarbures : le pétrolier était donc indispensable à la guerre moderne ». 

Cet hommage à Pierre Léonard est aussi l’expression d’une dette personnelle. C’est grâce à Pierre Léonard que s’est tenu en 1983 à Rochefort, à l’occasion du tricentenaire de la mort de Colbert, un grand colloque national sur l’actualité de la politique maritime de Colbert, présidé par Fernand Braudel en personne. Colloque qui a mis sur les rails le projet du Centre international de la Mer à la Corderie Royale de Rochefort.

Benedict Donnelly

Nouvelle édition de Vareuse Blanche d’Herman Melville : le commentaire de l’écrivain Mathias Enard

« En l’an 1843, je pris la mer comme « simple matelot » à bord d’une frégate des États-Unis qui se trouvait mouillée dans un port de l’océan Pacifique. Après être resté plus d’une année sur cette frégate, je fus libéré du service lorsque le navire revint à son port d’attache. Mes expériences et mes observations sont consignées dans le présent ouvrage. New York, mars 1850.» 

Herman Melville

Herman Melville avait rédigé ces quelques phrases en guise de préface à la première édition américaine de Vareuse-Blanche. Il s’agit donc d’un récit vécu, à l’état brut, qui décrit en détail les conditions de servitude inhumaines auxquelles étaient soumis les matelots au XIXe siècle. L’auteur nous fait revivre l’immense voyage qu’il fit, tout au long des côtes du Pacifique et de l’Atlantique, en passant par le redoutable cap Horn.

Vareuse ­Blanche ou Le Monde d’un navire de guerre (White­ Jacket), d’Herman Melville, traduit de l’anglais (Etats-­Unis) par Jacqueline Villaret et révisé par Philippe Jaworski,Gallimard, « L’imaginaire », 564 p., 15 €  

Avec l’autorisation de Mathias Enard, son commentaire paru dans le Monde du 17 avril sur Vareuse Blanche d’Herman Meville dont une nouvelle édition en français vient de paraître chez Gallimard.

« On sait que la langue anglaise per­sonnifie au féminin les navires : le Pequod y est une femme, rafistolée aux os de baleine, mais féminine tout de même.

L’embarcation de Vareuse ­Blanche, d’Her­man Melville, publié en 1850, un an avant Moby­ Dick, est quant à elle un man ­of ­war, un « homme de guerre » – une frégate mili­taire. Celui qu’on surnomme Vareuse­ Blan­che est l’un des cinq cents marins qui com­posent l’équipage de l’Insubmersible, à bord duquel nous embarquons dans le port de Callao, au Pérou, avant dedescendre la côte du Chili, de doubler le cap Horn et de remonter l’Atlantique. Sacré voyage ! Tenez-­vous à carreau, ou vous serez fouetté sur le pont pour l’exemple ! La discipline militaire se maintient par la peur et les châtiments corporels. L’ennemi du marin, c’est l’ennui – parfois on se retrouve encalminé ou on passe plusieurs se­maines au mouillage ; il faut alors tirer parti de la bibliothèque du bord, des livres « rangés dans une grosse barrique sur le poste de couchage ». Lorsqu’on doit en trouver un, il convient de « vider le tonneau par terre à la manière d’un baril de pommes de terre ». Las, les ouvrages que contient la barrique seraient « d’excellentes lectures pour un théolo­gien, mais peu distrayantes pour un gabier de grand mât », nous apprend Melville. La marine comme confinement. »

Mathias Enard

Une sélection de films de Pêcheurs du monde à découvrir en ligne

Comme de nombreux événements, le festival lorientais Pêcheurs du monde a dû annuler son édition 2020, initialement programmée à la fin mars. Les organisateurs présentent une sélection pendant un mois, sur une plateforme de visionnage.  Depuis le lundi 20 avril et pendant 1 mois, , grâce à la solidarité du webmédia culturel breton Kub l’équipe du festival met en valeur sur une plateforme de visionnage une sélection de 15 documentaires, sur la cinquantaine d’œuvres sélectionnées à l’origine pour cette douzième édition.

La mer dans la peinture ( 2ème épisode )

Pour Olivier Cena, jusqu’à la fin du 15ème siècle, la mer en tant que telle n’existait pas dans la peinture. Elle émerge en tant que paysage à part entière au début du 16 ème siècle.

Télérama août 2015

« Un jour, Joachim Patinir (1480-1524) inventa le Paysage. Ce faisant, il inventa aussi la Mer.

Au début du XVIe siècle, le grand peintre flamand en fit l’un des éléments essentiels de la composition de ses tableaux. Dans un paysage majestueux conçu comme un décor accueillant la scène biblique, un fleuve médian marque la séparation entre les malédictions (guerres, catastrophes, etc.) et le Salut. A l’extrémité de l’estuaire du fleuve, la mer et le ciel dessinent une ligne d’horizon. Et de l’au-delà de cet horizon, d’un soleil invisible provient la lumière blanchissant le ciel (La Traversée du Styx, v. 1524). La mer de Patinir sépare le ciel de la terre, le divin du profane.  

Joachim Patinir / Flemish School, Oil on panel, 64 cm x 103 cm, P01616. © akg-images / Album / Joseph Martin

En peinture, à la conception du monde répond une composition très précise du tableau. Jusqu’à la fin du Moyen Age, la mer est un signe : une petite surface bleue ou verte animée de lignes évoquant une onde sans écume. Avec Patinir, elle devient un élément symbolique, représentée en plongée comme si le regard de l’artiste se trouvait en hauteur. Cette vue aérienne fictive correspond à la nouvelle cartographie de la Renaissance qui développe l’aperçu « à vol d’oiseau » des territoires. »

A suivre…  

« Du Quai au quai » : le regard d’Alain Cabantous sur la place de la mer dans l’univers du Commissaire Maigret et de Georges Simenon

Georges Simenon ne fut pas seulement l’écrivain des canaux flamands ou wallons, pas seulement celui des fleuves ou des villes (Paris par exemple), voire l’auteur qui choisit tant de régions du monde pour y tisser sa trame. Le Liégeois fut aussi extrêmement sensible à l’ambiance des villes portuaires.

Ce sont des territoires qu’il hanta pendant trois décennies (de la fin des années vingt avec les premières vacances à l’île d’Aix en 1927 à la fin des années cinquante au moins lors de l’installation à Cagnes sur mer) parce qu’ils représentaient pour lui non seulement des lieux de passage mais plus encore des lieux de rupture où bon nombre de ses personnages alors à un tournant de leur vie, étaient face à un choix. Les cités portuaires françaises, sans être les seules- on pense à Hambourg ou Arkhangelsk par exemple- furent le cadre de nombre de ses œuvres. Pour s’en tenir à l’hexagone, reviennent souvent Les Sables d’Olonne, Dieppe, Concarneau, Rochefort, dont il dira qu’elle « n’est pas grand-chose depuis la suppression de l’arsenal ; c’est presque une ville morte » (Le flair du petit docteur , 1943) et surtout La Rochelle, cadre de trente-quatre de ses romans et nouvelles. Ce tropisme atlantique n’évinça pas le Levant pour autant avec le choix évocateur de Cagnes, Nice, Antibes, Hyères ou Porquerolles.

Partout Simenon, en se mêlant à la population locale, observait les lieux et les gens, fixait le paysage ou plus encore l’atmosphère en quelques lignes. Cette atmosphère qui créait des connivences entre les actions, les personnages, l’ambiance, les sensations et qui transformait les clichés qui collent à bon nombre de ports (pluie, quais humides, brouillards, bistrots, monde interlope) en une sorte de présence active. Ainsi dans Le testament Donadieu (1937) : « Chacun savait que les eaux du bassin, gonflées par une marée d’équinoxe, affleuraient les quais et que les bateaux semblaient naître à même le pavé. Au-delà de la tour de la Grosse Horloge, la marée montait, les bateaux se soulevaient insensiblement et les mâts arrivaient à dépasser le toit des maisons des quais». Il fit ainsi de cet élément d’arrière-plan en apparence, un acteur à part entière capable d’influencer le déroulement de l’intrigue.

Sans avoir la prétention ni la compétence pour proposer un travail sur le rapport de Simenon avec les villes portuaires, je poursuivrai cependant cette courte réflexion en me concentrant sur une petite dizaine d’enquêtes du commissaire Maigret qui se déroulent dans un port ou en bord de mer. Très vite, l’on se rend compte que l’océan est loin de tenir une place privilégiée. Dans Un crime en Hollande (1931), il ne participe que de loin au décor à travers une rapide allusion à l’embouchure de l’Ems : « Autour de la ville, une digue qui l’encerclait avec des passages pouvant être fermés par forte mer à l’aide de lourdes portes semblables aux portes d’écluse. Au-delà, l’embouchure de l’Ems. La mer du Nord, des cargos en déchargement sous les grues d’un quai, des canaux et une infinité de bateaux à voile, grands comme des péniches, lourds comme elles mais taillés pour franchir les houles marines. » Pareillement dans Piet le Letton (1930), Fécamp n’apparait qu’en filigrane saisie par les exhalaisons et les sons: « Fécamp, une odeur compacte de morue et de hareng. Des monceaux de barils. Des mâts derrière les locomotives, des sirènes au loin ». Et Concarneau dans Le chien jaune (1931) guère davantage hormis les lignes de l’incipit qui fixent rapidement les traits désolés du tableau où le vent le dispute à la nuit : « « Vendredi 7 novembre. Concarneau est désert. L’horloge lumineuse de la vieille ville qu’on aperçoit au-dessus des remparts marque onze heures moins cinq.. C’est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s’entrechoquer les barques dans le port. Le vent s’engouffre dans les rues où l’on voit parfois des bouts de papier filer à toute allure au ras du sol. Quai de l’Aiguillon, il n’y a pas de lumière. Tout le monde dort. » Et pourtant, la plus grande partie de l’intrigue se déroulera dans un café-hôtel sis face à l’entrée de la ville close tout près du quai. Dans Maigret à l’école (1938), rien non plus sur la mer ou ses paysages, hormis une allusion à la mytiliculture alors que l’enquête se passe à Saint-André sur mer (Charente-Maritime). Le constat est le même ou presque avec mon ami Maigret (1949) dans le cadre de l’île de Porquerolles où « le terrain était plat, désert, la route bordée de tamaris avec un palmier par-ci, par-là puis des salins blancs sur la droite. Le dépaysement était aussi total que si l’on s’était trouvé transporté en Afrique avec un ciel bleu porcelaine, une atmosphère parfaitement immobile. »

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Départ de l’Hermione : le 18 avril de Yann Cariou

Yann Cariou, l’emblématique commandant de l’Hermione, revient, cinq ans tout juste après le départ de l’Hermione pour sa traversée de l’Atlantique, sur cette journée pas comme les autres 

Ce départ du 18 avril restera toujours gravé dans ma mémoire par la richesse des événements et l’intense émotion qui a régné de l’aube à la tombée de la nuit.

Au petit matin L’Hermione est à l’ancre au mouillage de l’île d’Aix. Les premières lueurs de l’aube font resplendir sa coque fraîchement repeinte, sa mâture élancée et son gréement ordonné et impeccable. Un tableau d’Ozanne. Elle semble concentrée, calme et déterminée, s’évitant doucement sur un plan d’eau particulièrement reposé comme si même la nature s’était recueillie pour ce jour unique et tant attendu du départ vers « les Amériques ». 17 années de labeur, de recherches et de volonté pour réaliser le rêve d’un petit groupe de passionnés.

C’est bientôt l’heure de partir et tout le monde retient son souffle, savoure l’instant présent, le temps semble suspendre son cours. L’équipage s’éveille et les premiers montent silencieusement sur le pont, regards furtifs, gestes mesurés ; chacun respecte l’émotion palpable des autres, regards rêveurs vers l’ile d’Oléron et la sortie du Pertuis, vers l’Ouest, l’inconnu..

Le programme de la journée est pourtant chargé et ce moment de calme et de plénitude va rapidement se briser avec l’arrivée des premiers journalistes qui prennent la frégate à l’abordage. Installation du matériel de direct, caméras vidéos, câbles qui encombrent anarchiquement sur le pont rangé impeccablement par les gabiers et gabières, cacophonie bruyante et invasive des essais de son, puis les responsables de la sécurité du président de la République qui investissent le navire avec leurs chiens excités et inquisiteurs.

L’instant de grâce est terminé, place à l’action.La frégate Latouche-Tréville de la marine nationale est venue mouiller non loin de L’Hermione. Grise et massive elle nous impressionne un peu mais manifeste l’intérêt de l’Etat Français et souligne l’aspect officiel de l’événement. Une cérémonie en l’honneur du commandant de Latouche se déroule à son bord, en présence du préfet maritime. Cérémonial soigné et impeccable, recueillement et émotion partagés par plus de 250 marins. En toile de fond, L’Hermione qui attire les regards de tous tandis que les discours s’égrennent et que s’envolent in fine les notes d’Amazing Grace au son du biniou..

Visite et échanges cordiaux avec le président François Hollande à bord de L’Hermione, accompagné de Ségolène Royal et des membres fondateurs de L’Association dont Bénédict Donelly et Eric Orsenna. Pour le président c’est une surprise de découvrir cette réalisation technique d’un autre temps et de rencontrer cet équipage nombreux et enthousiaste dont les yeux brillent et manifestent l’impatience du départ.

15h20, L’Hermione appareille pour effectuer une parade sur la Charente saluée par le Belem, la Nao Victoria et autres voiliers du patrimoine maritime. La remontée du fleuve est impressionnante car les berges sont envahies par une foule enthousiaste qui manifeste sa joie de toutes les façons possibles. des dizaines de voiliers, vedettes et navires à passagers nous escortent et nous acclament. La frégate salue tout ce monde, Les villes de Fourras, Soubise, les forts historiques et tire plus de 150 coups de canon !

A 20h15 après cet hommage nautique, la frégate retrouve son mouillage pour attendre le tir de feux d’artifice organisé par les collectivités locales. L’impatience règne désormais à bord et chacun ronge son frein après avoir versé quelques larmes d’émotion devant cette ferveur collective et pour certains lors d’un dernier échange avec les proches venus en nombre assister au départ

La nuit tombe, le vent d’orage se lève doucement et les premières gouttes de pluie tombent en s’accrochant aux mâts, aux voiles et à tout ce gréement consciencieusement imprégné de goudron.

22h00, les premières fusées sillonnent le ciel noir et déclenchent le poste de manœuvre général. Excitation, joie et calme de tout l’équipage réuni au complet sur le pont de gaillard. L’émotion domine, rendant les paroles rares et limitées aux actions nécessaires à la manoeuvre d’appareillage. Bientôt des silhouettes s’activent sur le pont obscur, chacun exécutant ses taches dans une ambiance étrange tandis que les feux d’artifice crépitent en jetant des éclats d’une lumière crue sur les cirés et le pont trempé.

22h42, l’ancre est « haute et claire ». L’Hermione appareille aux derniers tirs et s’enfonce rapidement dans les ténèbres humides. Instant surréaliste qui plonge chacun dans ses réflexions, ses interrogations et le sentiment de vivre un moment exceptionnel, que l’on n’oubliera jamais.Rapidement, cependant, les nécessités de la navigation s’imposent et les réflexes professionnels reprennent le dessus. Les flon-flon de la fête disparaissent brutalement et la frégate sillonne le Pertuis en route vers l’inconnu et une formidable aventure collective. A la sortie du Pertuis, dernier regard sur le phare des Baleines. Devant l’étrave : l’Océan Atlantique et l’Amérique !

Yann Cariou

Quand la Mer n’existait pas !

La représentation du paysage dans l’art émerge vraiment au cours de la Renaissance, même si des paysages purement marins sont encore à cette époque encore rares.

Dans un article paru en 2015 dans Télérama, Olivier Cena évoque cette émergence du paysage marin dans la peinture. Nous en publierons tour à tour, avec l’accord de son auteur, plusieurs extraits pour répondre à la curiosité suscitée par l’évocation récente sur ce site du rapport à la mer de deux peintres contemporains : Edward Hopper et Olivier Debré. 

Premier épisode : Quand la Mer n’existait pas !

« Au mieux, elle disparaissait derrière la représentation d’un dieu barbu armé d’un trident — Poséidon pour les Grecs et Neptune pour les Romains. Au pire, elle n’était qu’un support discret et décoratif des navires, nefs, galères, felouques, dahabieh et toutes sortes de pirogues monoxyles représentés sur les enluminures du Moyen Age et certains murs et poteries antiques. Plutôt que la Mer, l’artiste peignait de l’eau — ainsi cette étendue vert glauque sur laquelle navigue le voilier italien sauvé du naufrage par saint Nicolas de Bari, peint par Gentile da Fabriano en 1425  » 

Olivier Cena – Télérama

Hermione : Mémoires d’un départ

Il y a 5 ans, autant dire un siècle, l’Hermione allait traverser l’Atlantique. Au terme d’un chantier de 17 ans, précédé de 3 ans de réflexions d’études, de préparation et d’aménagement du site de construction, la réplique à l’identique de la frégate qui avait emmené en 1780 La Fayette en Amérique, était prête à faire route plein ouest.

Mercredi 15 avril en début d’après-midi, l’Hermione quittait les quais de La Rochelle pour aller se positionner au mouillage de l’Île d’Aix et se préparer au départ fixé au samedi 18 avril. L’émotion était déjà au rendez-vous…

https://www.sudouest.fr/2015/04/15/la-rochelle-suivez-le-depart-de-l-hermione-1892805-1504.php

3 ans plus tôt, nous avions fêté la première sortie en Charente de l’Hermione, un navire encore en chantier à Rochefort, une coque sans mâture ni gréement. Et nous avions clairement fixé notre ambition : « 2015, Amérique nous voilà » !

A suivre….