La soirée de remise des prix des Mémoires de la Mer au Musée National de la Marine, le vendredi 28 mars, a permis aux jurys des Mémoires de commenter le choix des lauréats.
Nous publions ci-dessous les interventions des différents membres des jurys : Olivier Le Carrer et Benedict Donnelly pour le prix du livre.
Mémoires de la Mer 2025 : Prix du Livre

Mikel Epalza et Coline Renault
Naviguer entre les pages de Pêcheurs d’hommes c’est faire un voyage à la fois
surprenant, passionnant et émouvant.Surprenant, parce que ce n’est pas tous les jours qu’un livre nous propose
d’accompagner, à bord comme à terre, un prêtre vivant depuis plus de quarante ans son sacerdoce aux côtés des marins. A fortiori quand la voix de cet aumônier pas comme les autres se mêle aux questions et aux réflexions d’une jeune journaliste découvrant cet univers.Passionnant, car on apprend beaucoup de choses au fil du texte : sur la culture basque chère à Mikel, les techniques de pêche locales, les relations avec sa hiérarchie de cet écclésiastique plus soucieux d’écoute et d’entraide que de prosélytisme, le quotidien des équipages et de leurs proches, les conflits autour de la ressource, sans oublier bien sûr le rapport à la foi des pêcheurs.
Émouvant enfin parce que l’on croise ici beaucoup de gens « à marée basse », pour reprendre l’expression de Mikel, marins dans la misère ou familles endeuillées, qu’il s’efforce inlassablement d’aider à « remonter le courant ».
Merci Coline et Mikel de nous avoir embarqués dans cette navigation aussi
inattendue que bouleversante.Olivier Le Carrer.
Mémoires de la Mer 2025 : Livre Mention spéciale

Une fois n’est pas coutume : c’est à un éditeur que le jury des
Mémoires de la Mer 2025 a choisi de rendre hommage avec
une mention spéciale.Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté : Nathaniel Philbrick est un grand
écrivain et son livre, Au Cœur de l’Océan, est un très grand
livre !Comme le dit le sous-titre de couverture, c’est la véritable
histoire de Moby Dick.Vous vous en souvenez peut-être, le fameux roman d’Herman
Melville lui a été inspiré par un naufrage bien réel survenu 30
ans avant sa publication : le naufrage du baleinier Essex, le 20
novembre 1820, en plein Pacifique, après l’attaque d’un
cachalot enragé.Le naufrage de l’Essex marque la fin du roman de Melville.
C’est le point de départ du livre de Philbrick qui nous fait
revivre, jour après jour, le combat pour survivre de la vingtaine
de marins ayant échappé à la mort lors du naufrage du
baleinier.Les naufragés tentent de rejoindre l’Amérique du Sud. En vain.
Ils survivent aux tempêtes, mais la faim et la soif les poussent
à l’anthropophagie. Certains vont vivre comme des Robinson,
pendant que d’autres continueront leur errance. Seuls
quelques-uns seront sauvés et pourront témoigner.Leur combat pour survivre pendant près de 100 jours est au
cœur du livre de Nathaniel Philbrick qui nous plonge aussi dans
la communauté quaker de l’Ile de Nantucket, au large de la
Nouvelle Angleterre, haut lieu de la pêche à la baleine depuis le
18 ème siècle, et port d’attache de l’Essex.Oui, ce livre publié aux Etats-Unis en 2010 est un très grand
livre, très vite traduit en français la même année aux Editions
Denoël puis trois ans plus tard par le Livre de Poche.Publié trois ans avant la création de nos Mémoires de la Mer,
ce livre nous avait échappé ! D’autant plus facilement qu’il était
vite devenu introuvable.Un grand merci, donc, aux Editions Paulsen d’en permettre
aujourd’hui l’accès aux lecteurs français dans une nouvelle
édition de 396 pages en grand format sous une couverture
rigide.Hommage aussi, une fois n’est pas coutume, au traducteur,
celui des précédentes éditions en français, Gérald Messadié,
disparu en 2018 à 86 ans.Gérald Messadié était un journaliste scientifique -il a été
pendant 25 ans rédacteur en chef de Science et vie – mais
aussi un écrivain prolifique de romans historiques, d’essais sur
l’histoire des religions et d’œuvres de science-fiction inspirées
par l’ésotérisme.C’était aussi un grand traducteur qui avait notamment traduit en
français le livre de Dava Sobel sur la résolution de l’énigme du
calcul de la longitude.Vous le voyez, cette mention spéciale des Mémoires de la Mer
2025 était particulièrement méritée !Benedict Donnelly