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Mis en avant

Montrer la richesse et la diversité des expressions culturelles et artistiques en lien avec l’univers maritime

Annoncer – et si possible commenter –  les sorties de livres, de bandes dessinées, de films qui enrichissent notre regard sur l’océan, ses défis d’hier et d’aujourd’hui ;

Susciter curiosité et intérêt pour les festivals, les rencontres, les expositions organisées partout en France tout au long de l’année :

… C’est l’ambition de cette rubrique qui souhaite se nourrir et s’éclairer de vos contributions. 

Atlas des Espaces Maritimes de la France : Monsieur Berville, voici votre livre de chevet !

C’était une première : le 20 juin dernier, au lendemain du 2ème tour des élections législatives, avant même le début de la session parlementaire, les députés se sont vu proposer par un collectif de scientifiques une formation express aux enjeux écologiques, notamment à la crise climatique et à l’érosion de la biodiversité.

Belle initiative qui pourrait utilement en susciter d’autres, par exemple sur les enjeux maritimes de la France. On ne saurait trop à cet égard recommander aux candidats formateurs de s’appuyer sur un livre de référence publié en avril dernier aux Editions Pedone : « L’Atlas des espaces maritimes de la France ».

Un Atlas dont le nouveau Secrétaire d’Etat à la Mer serait bien inspiré, en tout cas, de faire son livre de chevet !

Comme l’écrit dans sa préface le professeur Alain Pellet, cet atlas est beaucoup plus qu’un atlas : « une somme de connaissances, une « encyclopédie…, une double somme, très impressionnante portant à la fois sur les espaces maritimes relevant de la République française et les restes insulaires de feu son empire colonial. »

 La géographie nourrit toute l’approche du livre en mettant en perspective – et en question(s) – la dimension exceptionnelle du domaine maritime de la France, le deuxième du monde après celui des Etats-Unis avec 10 millions de km².

Cette reconstitution par l’océan d’un nouvel empire français est l’enfant improbable de la mutation profonde du droit de la mer à la fin du siècle dernier et du maintien de la souveraineté de la France sur des îles dispersées dans tous les coins de la planète qui « donnent » à notre pays 95 % de son territoire maritime.

La convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982 a , en effet, selon l’expression d’ Alain Pellet, « considérablement accru « les possibilités d’une île » et bien qu’elle ait au départ un peu traîné les pieds, la France a assez rapidement réalisé tout le parti qu’elle pouvait en tirer ».

La France des diplomates et des juristes – appuyée sur l’expertise de ses géographes – y a pris toute sa part. L’Atlas détaille, cartes à l’appui, les combats pacifiques menés sous nos couleurs, hier et aujourd’hui, sur tous les océans du globe. Car la France compte aujourd’hui 39 frontières maritimes avec 30 pays dont seulement 5 se situent aux abords du territoire métropolitain : autant de frontières, autant de délimitations à définir et à valider !

Pourtant partie prenante, pour beaucoup, au combat pour la défense de nos nouvelles frontières, les auteurs – un collectif de juristes et de hauts fonctionnaires sous la direction d’Alina Miron et de Denys-Sacha Robin – n’en dissimulent pas les fragilités qui sont autant de défis pour nos gouvernants : « Eclatement, éloignement, dispersion et origines coloniales de ce domaine maritime, sont autant de facteurs importants de faiblesse auxquels il importe de confronter les acteurs politiques nationaux. »

Fernand Braudel, cité par l’un des auteurs, écrivait dans l’Identité de la France, que « la frontière a dévoré l’histoire de France » en raison des efforts que sa formation et sa défense ont exigés de l’Etat. En sera-t-il ainsi demain pour nos frontières maritimes ?

Alain Pellet dans sa préface, aborde la question sans détour : « On peut lire, répété à satiété que grâce à nos territoires d’outre-mer, l’espace marin français est le deuxième du monde après celui des Etats-Unis. Soit ! Et alors ? Bien sûr qu’il y a des enjeux économiques et stratégiques mais pour « la grande puissance moyenne » qu’est notre pays la conservation et le contrôle de ces immenses espaces maritimes sont-ils nécessaires ? utiles ? voire raisonnables ? »

L’Atlas apporte à ce débat un éclairage historique stimulant sous la plume de Cyrille Coutansais pour qui la France est au troisième carrefour maritime de son histoire. Par deux fois, rappelle t’il, notre pays a raté son rendez-vous avec l’océan, en se repliant sur son horizon immédiat plutôt que de s’ouvrir sur le grand large. L’auteur écarte l’hypothèse d’un prétendu atavisme terrestre et met l’accent, preuves à l’appui, sur la responsabilité des gouvernants. Qu’en sera-t-il aujourd’hui ? L’histoire se répètera t’elle ? En tout état de cause, après la publication de cet « Atlas des Espaces Maritimes de la France », nos gouvernants ne pourront pas dire : « nous ne savions pas ».

Benedict Donnelly

Génération Hermione : les clés de l’énigme !

Guillaume Tauban : « Une vie de gabier à bord de l’Hermione » aux Editions
Paquet

Intrigué ! Yann Mauffret, le patron du chantier du Guip, « la » référence des charpentiers de marine, me confiait tout récemment son étonnement de l’attachement quasi charnel des équipiers de l’Hermione à « leur » frégate. Un attachement qui nous avait, nous aussi, pris par surprise au retour du voyage américain de l’Hermione, il y a 7 ans déjà.

Préfaçant le livre de Francis Latreille et d’Hervé Gaubert « L’Hermione dans le sillage de Lafayette » paru en 2015 chez Gallimard, j’évoquais « la singularité d’une aventure humaine exceptionnelle, celle de l’équipage de l’Hermione… Un équipage associant marins professionnels et volontaires bénévoles… qui avait suscité l’admiration de tous par son enthousiasme, son engagement, sa rigueur et sa cohésion. »

Dieu sait pourtant que nous n’étions guère emballés à l’idée de devenir nous-même armateurs de l’Hermione à l’issue d’un chantier qui avait duré dix-sept ans !

Nous voulions, comme pour la construction du navire, nous appuyer sur l’expertise d’entreprises spécialisées. Aucune compagnie française de navigation n’ayant voulu prendre le risque de constituer et de gérer un équipage mêlant marins professionnels et amateurs, nous nous étions, au final, résignés à piloter nous-mêmes les navigations de l’Hermione.

Sans nous douter que, 30 ans après le lancement du projet, 10 ans après la mise à l’eau de la frégate, une génération de jeunes volontaires, marins de circonstance pour beaucoup, se serait identifiée à cette formidable machine à remonter le temps qu’est l’Hermione au point de l’incarner et de reléguer au second plan sa dimension patrimoniale ! Cette « génération Hermione » est, depuis quelques semaines, un peu moins énigmatique grâce à la bande dessinée de Guillaume Tauran « Une vie de gabier à bord de l’Hermione » aux Editions Paquet.

Guillaume Tauran a été, trois ans durant, à bord de l’Hermione, un « gabier » , en clair un matelot mobilisable à tout moment et par tous les temps pour monter dans la mâture à plusieurs dizaines de mètres de hauteur et manœuvrer les voiles. Ils sont soixante, à bord de l’Hermione, hommes et femmes, tous bénévoles, aux côtés d’une vingtaine de marins professionnels. A la différence de navires historiques plus récents comme le Belem qui date de la fin du 19 ème siècle ou de répliques approximatives conçues pour le cinéma ou les relations publiques, l’Hermione, réplique authentique d’une frégate du 18 ème siècle, exige en navigation un équipage nombreux et impose des manœuvres à risque. Contraints et forcés, nous avons donc dû inventer, en nous appuyant sur un commandant d’exception, Yann Cariou, un modèle original de recrutement, de formation et d’apprentissage des gabiers de l’Hermione. Et, ce faisant, au fil de l’eau, sans que nous l’ayons vraiment anticipé, l’Hermione est devenue pour des dizaines de jeunes de tous horizons, géographiques et sociaux, une véritable école de vie.

Guillaume Tauban dévoile, dans sa BD, les ressorts de la passion des gabiers pour « leur » frégate, en racontant par le dessin et par la plume leur quotidien à bord de l’Hermione. C’est le récit d’un périple comparable à celui des artisans compagnons accomplissant leur tour de France pour perfectionner leurs connaissances et enrichir sur le terrain leur expérience du métier. Sauf que ce « tour » se fait ici au large, en pleine mer, balloté par le vent et les vagues à des hauteurs vertigineuses !

Ce récit manquait, tout comme ce regard de l’intérieur sur la vie à bord d’un grand voilier d’autrefois avec les yeux d’aujourd’hui

Merci, Guillaume !
Benedict Donnelly

Mémoires de la Mer 2022 : les films sélectionnés

La 3ème édition du Festival des Mémoires de la Mer aura lieu à Rochefort en Charente Maritime les 21, 22 et 23 Octobre prochains.

Le samedi 22 Octobre au soir, au Théâtre de la Coupe d’Or, joyau de théâtre à l’italienne, seront remis les prix des Mémoires de la Mer 2022 du livre, de la Bande Dessinée et du Film Documentaire.

Après vous avoir présenté les livres et BD sélectionnés cette année, voici la sélection des films en compétition. Notre jury a retenu dans sa sélection finale dix films diffusés durant la dernière année.

.Des films qui se font l’écho fidèle des défis et des enjeux qui touchent aujourd’hui aux rapports de l’homme et de l’océan :

– Défis scientifiques avec les progrès exceptionnels des techniques d’exploration sous-marine au service de la protection de la biodiversité, de la compréhension de la vie animale – des cachalots aux espèces méconnues des grandes profondeurs – de la lutte contre les pollutions et de la sécurité des populations littorales, notamment face aux risques de tsunami associés aux éruptions volcaniques en Méditerranée;

– Défis humains : le défi quotidien de la communauté des sauveteurs en mer, l’engagement militant pour la préservation de métiers traditionnels de la pêche artisanale, en Afrique comme sur la côte bretonne, l’aventure individuelle des marins du Vendée Globe.

– Défis culturels : ceux liés à la préservation des mémoires, celles des Inuits au coeur de l’Arctique, celles des solidarités ouvrières d’hier et d’aujourd’hui dans un site à jamais marqué par l’histoire des chantiers navals, La Ciotat.

Durant trois mois, nous vous présenterons plus en détail sur ce site les différents auteurs et réalisateurs en compétition. En espérant avoir le plaisir de vous accueillir à Rochefort en octobre pour les rencontrer « en vrai » et échanger avec eux en toute liberté.

Benedict Donnelly

1- Silence en Méditerranée
Réalisateurs : Jean-Charles Granjon
Production : Bleuearth production, 2021, 52 minutes

Une odyssée sensorielle au cœur de la biodiversité marine.
Le biologiste et cinéaste sous-marin, Jean Charles Granjon, nous propose une odyssée maritime et sensorielle en Méditerranée. Il pose la question du son dans le milieu marin, évoquant l’absence de pollution sonore anthropique et ses conséquences pendant le confinement.
À notre époque, le silence humain est rare. Pendant le premier confinement sanitaire en mars 2020, et pour la première fois, la vie semble s’arrêter. Moins de voiture sur les routes, moins de bateaux en mer et aucun avion dans le ciel. Un silence et un calme olympien. Une expérience incroyable et une occasion pour les humains que nous sommes, d’observer la nature et y prêter une attention toute particulière.
Sur le littoral, des spécialistes marins décident d’étudier les conséquences de ce silence exceptionnel sur la faune et la flore méditerranéenne. Des micros sont posés dans la mer.
Du silence, émerge alors un chant. C’est celui du monde sauvage. Il utilise le son pour communiquer et se repérer. Nous découvrons des images sous-marines exceptionnelles et des séquences inédites, comme celles où l’on entend le chant d’amour des corb imitant le bruit des tambours, ou les clics et échos des cachalots. La beauté de la nature à l’état pur.

Le cinéaste sous-marin Jean-Charles Granjon, décide de partir à la rencontre de ces spécialistes, pour observer leurs outils de mesure, écouter leurs analyses et comprendre les enjeux. Il embarque sur un voilier, celui du projet We Ocean, et nous entraine dans une odyssée sensorielle inédite.

2 – Les harmonies invisibles
Réalisateurs : Laurent Marie et Vincent Marie
Coproduction Les Films de la pluie, Adala Films, 77 minutes

Imprégnés par les contes arctiques qui ont bercé leur enfance, deux frères, Laurent, apnéiste, et Vincent, cinéaste, partent sur les traces de la légende du narval. En chemin ils rencontrent le peuple inuit avec qui ils vont partager une quête poétique de respiration avec le monde.

En découvrant ce documentaire, ce qui vous touche d’abord c’est la sensation de sérénité qui s’en échappe. Rien n’est en trop, le récit est fluide, les images sont sublimes, la glace omniprésente. Ce film propose une immersion inédite dans le monde secret des Inuits et de leurs légendes qui porte le spectateur vers l’imaginaire et la contemplation. Rien dans ce monde du froid ne ressemble à nos vies soi-disant moderne. On y trouve ce qui nous manque souvent : la rêverie, la poésie, le silence. Ici, peu de mots pour comprendre l’indicible. On prend le temps d’observer tous les détails d’un sourire que l’on suit de son éveil à son coucher sur le visage creusé d’une vielle âme Inuite. Dans ce premier long
métrage, rien n’est exploit, sensationnel ou extrême, tout est à la mesure du décor unique que représente l’Arctique, apaisé et serein. On s’extrait de ce film en ayant envie d’en connaître plus sur la paix intérieure qui anime son héros apnéiste. Son humilité, son osmose intérieure semble correspondre si bien à l’harmonie indispensable à la survie de ces hommes des glaces. Un documentaire nécessaire, original et qui redonne du souffle.

3 – Au nom de la mer
Réalisateurs : Jérôme et Caroline Espla
Production : Via Découverte — 13 Productions — 2021, 52 minutes

La France est le plus important producteur de déchets plastiques de la Méditerranée. Cent milliards d’emballages sont jetés chaque année par les Français, soit presque 5 millions de tonnes, l’équivalent de 70kg par personne. Et seulement la moitié de ces emballages sera recyclée. Le reste finira dans une décharge, dans un incinérateur, dans la nature, et malheureusement en mer.

Le joyau exceptionnel de biodiversité marine qu’est la Méditerranée, s’asphyxie doucement,
submergée chaque année par 600 000 tonnes de plastiques et de macrodéchets en tout genre, dont 10 000 tonnes sont rejetées par la France.

Le désespoir et le découragement gagnent du terrain dans la conscience de l’homme mais parfois il ne peut rester indifférent face à l’immensité du drame. Seuls, ou en petits groupes, ils sont lanceurs d’alerte, nettoyeurs des mers, défenseurs de la vie marine. Avec leurs moyens, ils sont persuadés qu’il n’est pas trop tard pour agir. Entre Corse et Côte d’Azur, voici le parcours de ceux qui agissent au nom de la mer.

4 – Thomas Ruyant : À la conquête du Vendée Globe
Réalisateur : Thomas Sametin
Production : Air Vide et Eau Productions — 2021, 52 minutes

À l’occasion du Vendée Globe 2020/21, ce film-documentaire retrace l’aventure entrepreneuriale du skipper Thomas Ruyant.

Depuis la genèse du projet jusqu’à l’arrivée à la 6″ place du Vendée Globe le 28 janvier dernier, l’histoire nous est contée à travers des flashs-back tournés durant les 4 années de préparation et au fil du tour du monde, ainsi que des interviews des protagonistes {boat captain, co-skipper, partenaire, association).

L’occasion de découvrir les coulisses d’un défi humain, sportif, technologique et sociétal. Une épopée entrepreneuriale riche de rencontres, d’apprentissages, de réussites et de résilience !

5 – Mor Diouf, marin entre deux mondes
Réalisateurs : Erwan Le Guillermic et David Morvan
Production : Aligal Production — 2021, 52 minutes

Mor Diouf, marin sénégalais, a obtenu son diplôme pour devenir patron de pêche. Il attend avec espoir d’être naturalisé pour prendre les commandes du chalutier français sur lequel il travaille depuis des années.

Ce beau film dresse le portrait du premier africain à devenir capitaine de pêche en France et souligne les contradictions entre son Sénégal natal, où il n’y a plus suffisamment de poissons pour faire vivre les pêcheurs et les oblige comme Mor à l’exil, et la France où il n’y a plus suffisamment de matelots pour armer les navires.

6 – Des sauveteurs et des hommes
Réalisateurs : Thierry Durand
Production : Aligal Production — 2021, 53 minutes

AU cœur du sauvetage en mer avec ces femmes et ces hommes à terre et sur l’eau qui veillent et sauvent des vies humaines.

Ils s’appellent Yoann, Stéphane, Mickaël, Vincent. Ils sont : patron d’un canot de sauvetage SNSM, pilote de l’hélicoptère de la Marine Nationale, commandant de l’Abeille Liberté ou chef de quart au CROSS Jobourg. Bénévoles ou professionnels, civils et militaires, ils sont les visages et les voix derrière les numéros d’urgence en mer : le 196 sur le téléphone ou le canal 16 de la VHF.

7 – Cachalots, une histoire de famille
Réalisateurs : René Heuzey, François Sarano et Guillaume Vincent
Coproduction : Les Films en Vrac Production et Label Bleu Productions, 2021, 52 minutes

C’est l’histoire vraie d’une famille de titans : une trentaine de cachalots, quinze femelles et onze petits qui vivent au large de l’Ile Maurice, auxquels s’ajoutent les grands mâles qui reviennent de longs mois de chasse dans les mers australes.

Grâce à des centaines d’heures d’images filmées pendant près de dix ans, nous allons vivre au milieu d’eux, révéler le fonctionnement du clan, les différentes fonctions sociales des femelles, l’importance insoupçonnée des mâles.

Et suivre leurs destins hors du commun, avec leurs joies, leurs moments de tendresse, leurs drames.

8 – Océans 3, la voix des invisibles — une drôle de guerre
Réalisateur : Mathilde Jounot
Production : Portfolio Production, 2021, 1H15min

Les océans doivent-ils être gérés par les citoyens ou les marchés financiers ?
À la suite d’Océans 1, et d’Océans 2, Océans 3, la voix des invisibles s’attache cette fois à décrypter le développement des projets éoliens offshore. Quelles seront les conséquences environnementales, économiques et sociales de ces projets industriels sur les mers ?

9 – Méditerranée, la face cachée des volcans
Réalisateurs : de Gil Kebaïli et Roberto Rinaldi
Production : IGB Prod, 2022, 52 min

Du Nord de la Sicile jusqu’à la baie de Naples, une expédition scientifique menée par le vulcanologue italien Francesco Italiano et l’équipe de plongeurs de Laurent Ballesta spécialisée dans les plongées profondes va étudier les volcans en explorant des fonds enfouis à plus de 100m sous la surface. Sur les pentes englouties de la mer Méditerranée, ils vont sonder ces territoires pour tenter de découvrir des indices sur le fonctionnement de ces montagnes de feu cachées sous la surface, rencontrer des écosystèmes rares et secrets et des sources d’énergie jusqu’alors inaccessibles. Une aventure inédite à la découverte d’un monde presque inconnu et pourtant si proche des populations humaines
qui pourrait permettre à la science d’anticiper les réveils de volcans parmi les plus menaçants au monde.

10 – A la Ciotat, des navires et des hommes
Réalisateur : Emile Rozand
Production : ARTE, 2022, 14 minutes

Des géants des mers sortant d’une toute petite ville de pêcheurs, c’est le destin hors norme de La Ciotat, ville ancrée sur la Côte d’Azur à quelques encablures de Marseille. Fruit de l’amour des hommes pour la navigation et pour la mer Méditerranée, son chantier naval a donné naissance à des navires légendaires. Il a également forgé un état d’esprit fraternel et une âme de résistance.

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Mémoires de la Mer 2022 : les livres sélectionnés

  1. Arabaiana
    Auteur : Carmen Stephan, traduite par Camille Luscher et Alexandre Pateau Editions Chambon 2021

    Le récit inédit de la rencontre entre Orson Welles et un pêcheur brésilien, qui bouleversa la vie et l’œuvre du réalisateur de Citizen Kane.

    Hollywood, milieu des années 1990. Des bobines ayant appartenu à Orson Welles, et que l’on croyait perdues depuis longtemps, refont enfin surface. Ce qu’on y voit : les images incroyables de quatre pêcheurs du Nordeste brésilien qui, en 1941, construisent un radeau sur lequel ils prennent la mer pour porter au président du pays Ieurs revendications. Deux mille kilomètres à bord de leur jangada. Debout. Pieds nus. Sans carte, sans boussole. Ils s’appellent Jerônimo, Mané Preto, Tatà et, Ieur guide, Jacaré. Au terme d’une traversée de 61 jours, ils atteignent Rio de Janeiro, où ils sont accueillis en héros. Orson Welles, dont le film Citizen Kane vient de sortir au cinéma, décide de mettre en scène Ieur courageuse odyssée. Entre Jacaré et lui naît rapidement un respect mutuel, et le guide se met à appeler le cinéaste Arabaiana, du nom du poisson le plus noble qui nageait à l’époque le Iong des côtes du Nordeste. Mais, dès le début du tournage, Jacaré tombe par- dessus bord et disparaît dans les flots. Inspirée par cette histoire où le réel se mêle à la légende tragique, Carmen Stephan compose un roman puissamment poétique sur une expérience humaine hors du commun doublé d’une réflexion sur les fondements de l’authenticité, de la vérité et de la mise en scène.

  2. Au-delà de la mer
    Auteur : Paul Lynch traduit par Marine Boraso
    EDITIONS Albin Michel
    Traduction française en 2021

    « Muets de saisissement, Hector et lui regardent le monde se recomposer dans une magnificence de couleurs. Comme s’ils étaient les premiers à contempler des ciels pareils. Chacun commence à entrevoir la vérité de l’autre, à deviner qu’ils sont tous les deux pareillement démunis au cœur de la vérité des choses. Et qu’au sein d’une telle immensité, ce qu’un homme porte en son cœur n’a plus guère de poids. »

    Malgré l’annonce d’une tempête, Bolivar, un pêcheur sud-américain, convainc le jeune Hector de prendre la mer avec lui. Tous deux se retrouvent vite à la merci des éléments, prisonniers de l’immensité de l’océan Pacifique. Unis par cette terrifiante intimité forcée et sans issue, ils se heurtent aux limites de la foi et de l’espoir, à l’essence de la vie et de la mort, à Ieur propre conscience. Dans ce face-à-face d’une intensité spectaculaire, Paul Lynch explore la condition humaine avec une force digne d’Hemingway ou de Camus, et s’impose définitivement comme un virtuose des lettres irlandaises.

  3. Ultramarins
    Auteur : Mariette Navarro
    Quidam éditeur 2021

    « Ils commencent par là. Par la suspension. Ils mettent, pour la toute première fois, les deux pieds dans l’océan. Ils s’y glissent. A des milliers de kilomètres de toute plage.»

    A bord d’un cargo de marchandises qui traverse l’Atlantique, l’équipage décide un jour, d’un commun accord, de s’offrir une baignade en pleine mer, brèche clandestine dans le cours des choses. De cette baignade, à laquelle seule la commandante ne participe pas, naît un vertige qui contamine la suite du voyage. Le bateau n’est-il pas en train de prendre son indépendance ?

    Ultramarins sacre l’irruption du mystère dans la routine et l’ivresse de la dérive.

  4. L’imposture océanique
    Auteur : Catherine Le Gall
    EDITIONS La Découverte octobre 2021

    Depuis les années 2000, des ONG accusent les pêcheurs bretons de surpêche et de massacre des dauphins. Mais braquent-elles les projecteurs au bon endroit ? Les menaces qui pèsent sur les océans sont de natures multiples et elles ne cessent de croître : dérèglement climatique, invasion des plastiques, pollutions terrestres…

    Auxquelles s’ajoute l’appétit croissant des multinationales qui en convoitent les richesses, comme les minerais, le vent, les courants, la capacité à stocker le carbone, les génomes ou les baleines.

    Pour exploiter les mers, ces multinationales brandissent une solution miracle : l’« économie bleue ». Cette formule magique promet que l’on peut tirer profit des ressources maritimes tout en les préservant. Et oriente au passage les critiques vers le bouc émissaire de la pêche artisanale. Comme le montre Catherine Le Gall dans cet essai percutant, il s’agit là d’une redoutable imposture, élaborée par les multinationales et Ieurs lobbyistes. Son enquête révèle le rôle méconnu joué par trois armes de persuasion massive : les associations professionnelles transnationales, les fondations philanthropiques créées par des hommes d’affaires pour imposer leur vision dans les sommets climatiques, et les ONG nord-américaines pro-marché qui proposent de vendre et acheter la nature. Toutes préconisent de monétiser les ressources maritimes pour les « protéger », en vérité pour permettre leur pillage tous azimuts. Mais peut-on sauver les océans en faisant confiance au marché ?

  5. Le roi qui voulait voir la mer
    Auteur : Gérard de Cortanze
    Albin Michel Editions 2021

    Le 21 juin 1786, Louis XVI, qui n’a jamais voyagé, décide de se rendre à Cherbourg, contre l’avis de ses plus proches conseillers. Que compte-t-il rapporter de ce périple dans un territoire qu’on prétend hostile ? Pourquoi traverser ces terres où vivent encore des sorcières et plane le souvenir des invasions Vikings ?

    Roi lettré qui pratique couramment plusieurs langues, il sait tout des navires et des monstres marins. Il est capable de dresser la carte de l’expédition autour du monde de La Pérouse, mais n’a jamais embarqué, à trente-deux ans, sur un bateau ni vu la mer. Bouleversé par le spectacle de ces eaux déchaînées et de ce peuple qu’il découvre enfin, il se met à rêver à une société plus juste.

    Gérard de Cortanze nous propose un voyage échevelé et passionnant en terre normande, et nous fait découvrir un Louis XVI intime, humaniste, plus à l’aise avec les humbles que parmi ses courtisans : un Louis XVI comme on ne l’a encore jamais vu.

  6. A perte de vue LA MER GELÉE
    Auteur : François Garde
    Editions Paulsen 2021

    Parti de Marseille pour une expédition vers l’Atlantique nord, Pythéas découvrit bien au- delà de la Grande-Bretagne une île qu’il baptisa Thulé et fut le premier à rapporter que la mer pouvait geler. À son retour, il consigna ses travaux scientifiques en astronomie, géographie et océanographie dans un traité De l’Océan, qui fut abondamment commenté et copié pendant toute l’Antiquité. Aucune page de son œuvre n’a survécu.
    La plupart des commentateurs de l’Antiquité le traitèrent d’affabulateur, voire de menteur. Une mer gelée ? Quelle galéjade ! Son nom tomba dans l’oubli. Dans cette biographie imaginaire, François Garde réhabilite le marin, le Marseillais, l’astronome et le scientifique. Il retrace le destin d’un explorateur au temps d’Alexandre le Grand, et interroge le parcours d’un homme dont la vie fut guidée par la curiosité, la persévérance et la volonté de transmettre le savoir.

  7. Explorateur d’océans
    Auteur : Jean-Louis Etienne
    Editions Paulsen 2021

    Quand il voit la mer pour la première fois, Jean-Louis Étienne a 10 ans. Enfant, c’est la montagne qui hantait ses rêves de bravoure. Pourtant, quand il s’engage pour son service national c’est la Marine que le jeune médecin choisit. Puis, les rencontres et les embarquements s’enchaînent. Avec le père Jaouen qui emmène en mer de jeunes toxicomanes en rupture avec la société et leur dispense sa leçon d’humanité « Démerdez-vous pour être heureux ». Avec Alain Colas, puis à l’école du grand Éric Tabarly pour la course autour du monde, avant de mener ses propres expéditions et de construire Antarctica qu’il conduit en Antarctique, dans le Pacifique et l’océan Arctique.

    Aujourd’hui encore l’explorateur regarde vers la mer. Bientôt il mettra à l’eau Polar Pod, une plateforme océanique habitée, grâce à laquelle il dérivera dans le Courant Circumpolaire Antarctique pour explorer l’océan Austral encore méconnu. Jean-Louis Étienne est bien le plus marin des terriens. La mer est son champ d’exploration, d’investigation et de liberté. Une fois encore, en homme de terrain, Jean-Louis Étienne se fait passeur. Il nous aide à comprendre et nous rappelle à quel point il est nécessaire de préserver ces océans qui nourrissent les hommes et régulent le climat de la Terre.

  8. Artémise, une femme capitaine de vaisseaux dans l’Antiquité grecque
    Auteur : Violaine Sebelotte Cuchet
    Editions Fayard Paru mars 2022

    Pour les auditeurs d’Hérodote, il ne faisait pas de doute qu’Artémise, capitaine de vaisseaux qui s’était illustrée à Salamine au Ve siècle av. J.-C., avait effectivement participé à la célèbre bataille navale, elle qui avait dirigé la cité d’Halicarnasse et qui, bien que Grecque, avait été membre de l’état-major perse. Pour les historiens postérieurs, l’exploit d’Artémise est en revanche incroyable : comment des citoyens d’Halicarnasse auraient-ils pu accepter qu’une femme les gouverne et commande leurs navires ?

    À partir du cas singulier d’Artémise, Violaine Sebillotte Cuchet mène une vaste enquête. Elle dévoile le regard que les habitants des cités grecques portaient sur les femmes au pouvoir, les rapports de force qui organisaient alors les relations sociales, les manières de construire la masculinité, la féminité et l’altérité barbare. La vie d’Artémise, longtemps considérée comme exceptionnelle, s’éclaire ici des fragments de vie connus des autres femmes de l’Antiquité grecque, contre les stéréotypes construits au fil des siècles.

  9. A ISLANDE !
    Auteur : Ian Manook
    Editions Paulsen 2021

    En 1904, pendant la grande période de la pêche à la morue à Islande, le gouvernement français se prépare à Iégiférer sur la séparation des Églises et de l’État. La population est divisée par la future Ioi et le pouvoir reprend en main une marine trop longtemps laissée aux religieux. Mais est-ce pour le bien des hommes ? Dans ce contexte tendu, Marie Brouet, jeune infirmière bretonne à peine diplômée, se retrouve infirmière chef d’un hôpital français dans les fjords isolés de l’est de l’lslande. Loin des légendes bretonnes et des romans à la gloire de ces islandais, elle découvre les terribles conditions de vie des marins-pêcheurs, forçats d’une mer terrible.

    Ce roman, inspiré de faits réels, raconte l’arrivée de Marie Brouet sur cette île où rien ne sera comme elle l’imaginait. Dans un village nommé Bùdir, au fond du Faskrudsfjordur, vont se croiser les destins de Lequéré et Kerano, deux pêcheurs bretons, d’une institutrice islandaise et d’une religieuse danoise opposée à la jeune infirmière républicaine venue soignée les pauvres marins.

    Tous, sur cette terre sauvage et quasi déserte, cherchent un sens à leur sacrifice. Une histoire de marins et de pêche, un grand roman social au souffle islandais, au tout début du XXe Siècle.

  10. Les sirènes du Pacifique
    Auteur : Cédric Morgan
    Editions Mercure de France 2021

    « À deux cents mètres du rivage, la troupe dispersée commença de plonger. Tête en avant, comme des cormorans. Un court instant les jambes s’agitaient hors de l’eau, puis les pieds offraient brièvement Ieur dessous clair, deux mouettes blanches qui s’ébrouent, avant de s’enfoncer et disparaitre. Contempler de Ioin les allées et venues de Ieurs mamans au travail fascinait les fillettes. Yumi suivait des yeux les plongeuses qui refaisaient surface, une main brandissant, vertical, leur outil. Cette lame de fer terminée en crochet servait à attraper oursins et gastéropodes. »

    Yumi vit sur l’île Toshijima, au Japon. Sa mère est une omo. Cette activité consiste à plonger en apnée en eaux profondes pour recueillir ormeaux, huîtres et autres coquillages très prisés des Japonais. Dévolu aux femmes selon une tradition millénaire, ce métier dangereux Ieur confère une aura indéniable. Sur les traces de sa mère, Yumi veut donc devenir une anna respectée.

    Bientôt, Yumi rencontre l’amour en la personne de Ryo, l’instituteur : le bonheur semble à sa portée. Hélas, la Seconde Guerre mondiale éclate, Ryo est mobilisé et disparaît. Yumi doit se résoudre au mariage arrangé avec Hajime.

    À travers le destin de Yumi et son initiation au métier d’omo, Cédric Morgan propose aussi un tableau du Japon et de ses traumatismes : le départ des hommes à la guerre, la reddition humiliante, les non-dits autour des bombes atomiques, et l’entrée dans une certaine « modernité ».

  11. Des mots sur le globe
    Auteur : Armel Tripon et des enfants nantais
    Co-édition Association Neptune — Ville de Nantes 2021

    A l’occasion du Vendée Globe, Armel a embarqué dans son sillage seize classes nantaises, soit plus de trois cents enfants, invités à prendre part à son épopée. Ensemble, ils ont écrit, rêvé et raconté. Ils nous invitent à présent à nous immerger dans cette aventure, pour un voyage entre les mots et les imaginaires, à l’écoute d’un monde qu’ils ont parcouru pour nous.

    Cette correspondance est le fruit de ces instants vécus, partagés, imaginés, de ces regards croisés entre Armel Tripon et les enfants. Autant d’invitations au voyage et à la contemplation du monde. Avec les écoles Dervallières-Chézine, La Bottière, Les Batignolles, Alain Fournier.

  12. SURF, histoire d’une conquête
    Auteur : Jérémy Lemarié
    Editions Arkhé Collection Arkhé Poche Mars 2021

    Rien ne prédestinait le he’e nalu, la coutume ancestrale qui donnera naissance au surf, à s’épanouir au-delà des îles les plus reculées du Pacifique. Depuis la stupéfiante découverte d’Hawaï par le capitaine Cook à bord de La Résolution, jusqu’à son annexion par les États-Unis, les épidémies, la brutalité des colons et les guerres fratricides ont émaillé l’histoire de ces îles volcaniques. Leurs habitants ont été décimés et Ieur culture, unique au monde, en passe d’être réduite au silence.

    Ce livre retrace une odyssée qui commence avec le périlleux voyage des Polynésiens à travers le Grand Océan et la fondation de leurs premiers royaumes sur l’archipel. Vous y découvrirez que notre récente fascination pour la mer, le culte du corps et l’art de chevaucher les déferlantes sont autant d’héritages issus d’une culture entretenant des liens profonds avec son environnement. Bien plus tard, à travers Jack London et Duke Kahanamoku, Gilles Deleuze ou William Finnegan, une nouvelle philosophie va naître, avec ses récits initiatiques, ses mythes fondateurs et sa recherche éperdue d’une liberté née au creux des vagues.

    Jérémy Lemarié est maitre de conférences à l’université de Reims Champagne-Ardenne. Passionné de surf, il a vécu a Honolulu, Long Beach, San Diego et a enseigné à l’université d’Howai.

  13. Pyrate
    Auteur : Fabrice Chillet
    Bouclard Editions 2022

    Très tôt, dès l’âge de 14 ans, Pyrate a tranché. Son salut viendra de la mer. Il naviguera sur tout ce qui flotte, de la planche à voile au cargo. Plus qu’une promesse, un pacte. Pendant trente ans, Pyrate parcourt donc la mer dans tous ses états. Une vie d’aventures vécues depuis la rade de Brest jusqu’à l’Océan Indien. Une vie qui résonne comme l’accomplissement d’un destin. À lui seul, Pyrate convoque toutes les figures des héros mythiques de la mer, Nemo, Ulysse, Avery, Kurtz, Gilliat, Chien noir. Face à lui, un écrivain fasciné qui rencontre son personnage de fiction idéal. Une longue route d’écume, de rafales et de fureur.

  14. Penser la Méditerranée, hier et aujourd’hui
    Auteur : Colette Jourdain-Annequin et Paul Claval
    CNRS Editions 2022

    La Méditerranée… le bleu profond des anses et le rose des toits, le sol sombre des pentes et du vignoble, le vert cendré des oliviers et la flèche sombre des cyprès, les pierres sèches et les fontaines. La Méditerranée, c’est aussi Alger la Blanche, le blanc et le bleu de tant d’îles grecques, la vision minérale des « villes mortes » du Levant, le chant des norias, la couleur chaude des sables de l’Orient profond. Dans ce portrait à deux voix, celle d’une historien ne et celle d’un géographe, se dévoile ce monde méditerranéen et la façon dont il a été pensé, façonné et sans cesse réinventé par les Anciens, les Modernes et nos contemporains. La Méditerranée, multiple et diverse, est pourtant marquée par une étonnante unité, très tôt ressentie. Comment expliquer cette conscience aiguë d’un espace, d’un milieu particulier — cette « méditerranéité » ?

    Colette Jourdain-Annequin et Paul Claval retracent la manière dont les Grecs, les Romains puis les botanistes, géographes, artistes ou historiens ont perçu cette mer intérieure, en s’appuyant sur le climat, les paysages, les mythes, la cartographie, les langues, les religions, les savoir-faire ou les genres de vie partagés. Le Xixe Siècle a été en cela un puissant vecteur de l’idéalisation de ce territoire, avant que Braudel ne pose les bases de toute étude sur le sujet. C’est un espace unifié par des traits largement partagés, mais aussi un lieu d’échange complexe fait de conflits ou de rivalités, qui ressort de cette étude.

  15. Eloge de la baleine
    Auteur : Camille Brunel
    Payot et Rivages Editions 2022

    La baleine, dans l’imaginaire collectif, évoque bien souvent Moby Dick, Jonas dans la Bible ou Monstro dans Pinocchio. Et quand on nous parle de « cétacé », on pense aussitôt à Sauvez Willy ou Flipper le dauphin.

    Camille Brunel jette un regard nouveau sur ces habitants du vaste monde aquatique, dotés d’une intelligence prodigieuse, d’une empathie surdéveloppée et d’une puissance colossale — on ne peut qu’user de superlatifs pour tenter de représenter ces géants des mers !

    L’auteur puise ici dans différentes formes d’art comme la littérature et le cinéma, dans les connaissances scientifiques et historiques, ou encore dans ses propres expériences. Il livre ainsi un texte engagé sur la personnalité quasi mythique de la baleine, sur l’importance de préserver cet être mystérieux et même de s’en inspirer.

Les bandes dessinées sélectionnées pour le prix BD des Mémoires de la Mer 2022

  • PETITS SECRETS ET GRANDES HISTOIRES DE CORSAIRES
    Dani Fano et Guillermo Gonzâles
    Traduit par Antoine Vorel
    EDITIONS PETIT À PETIT

  • BEAUTEMPS-BEAUPRÉ
    De l’océan à la carte
    Malo Durnd, Erwan Le Bot, Jiwa
    EDITIONS LOCUS SOLUS

  • LA RÉPUBLIQUE DU CRÂNE
    Vincent Brugeas, Ronan Toulhoat
    EDITIONS DARGAUD

  • ADLIVUN
    La légende du mystérieux navire Mary Celeste
    Vincenzo Balzano
    EDITIONS ANKAMA

  • HALIFAX
    Didier Quella-Guyot, Pascal Regnauld
    EDITIONS FÉLÈS

  • L’ÊGARÊ
    L’Atlantique en radeau
    Ryan Barnett, Dmitry Bondarenko
    EDITIONS GLÉNAT

  • LES COMPAGNONS DE LA LIBÉRATION
    lle de Sein
    Jean-Yves Le Naour — Brice Goepfert
    EDITIONS GRAND ANGLE

  • CORTO MALTESE
    Ocëan noir
    Hugo Pratt, Martin Quenehen, Bastien Vivès
    EDITIONS CASTERMAN

  • USS CONSTITUTION
    A terre comme en mer, justice sera faite (Tome 3 finaI)
    Franck Bonnet
    EDITIONS GLÉNAT

Le « Normand » de l’Hermione

Hommage à Alain Bourdeaux, Président de l’association du Festival des Mémoires de la Mer.

Décédé brutalement,  il y a quelques jours, à l’hôpital de Lisieux, Alain a été pendant 20 ans un des piliers de l’aventure de l’Hermione, des débuts du chantier au voyage américain.

A peine descendu de la passerelle de l’Hermione, Alain a pris la barre d’un projet enraciné dans « sa » région, la Normandie : la reconstruction à l’identique du bateau amiral de la flotte avec laquelle le duc de Normandie, Guillaume Le Conquérant, conquit l’Angleterre en 1066. Une reconstruction inspirée par la reproduction du navire sur la Tapisserie de Bayeux.

Coïncidence… le 5 janvier dernier, France 3 diffusait une émission spéciale des Racines et des Ailes sur  » l’héritage fabuleux des Normands » . J’étais heureux pour Alain, hospitalisé depuis plusieurs semaines,  que des millions de personnes puissent ce soir là, devant leur écran, mieux comprendre le sens de son projet. L’aventure de la Mora – c’est le nom du navire de Guillaume Le Conquérant – va continuer sans lui. Elle ira, j’en suis sûr, à son terme.

Et, de notre côté,  nous nous battrons pour faire vivre le Festival des Mémoires de la Mer dont la 1ère édition s’était déroulée en 2019 sur ses terres normandes, à Fécamp.

Soirée de la 1ere édition du Festival des Mémoires de la Mer en mai 2019 à Fécamp 
De gauche à  droite : Olivier Pagezy, Président de l’association Hermione-La Fayette,  Vincent Campredon,  directeur du Musée National de la Marine, Jean-Yves Coudriou, vice-président du Yacht Club de France,  Alain Bourdeaux et Benedict Donnelly

Nous avions noué, Alain et moi, depuis 30 ans une complicité et une amitié nourries de projets et de réalisations partagées mais aussi de navigations amicales des deux côtés de la Manche avec Claire et Annyvone, nos compagnes. Des traversées de Manche : pour la régate, comme durant cette course Cowes-Deauville remportée ensemble, il y a bien des années, sur son voilier de l’époque,  un Aphrodite 101; pour le plaisir aussi et la découverte des hauts lieux de l’histoire maritime britannique, à Portsmouth ou sur la Beaulieu River.

Un plaisir gâché, lors d’un week-end de l’Ascension, par un excès de zèle mal venu de la douane et de la gendarmerie maritime, débarquant brutalement de nuit au large de la baie de Seine, pour une fouille en règle de tous les recoins du Sun Fast 32, son nouveau voilier baptisé  » Mora »…, et battant piteusement en retraite au bout de deux heures, incapables de justifier à l’avocat rigoureux qu’était Alain, la légalité de leur arraisonnement spectaculaire,  mitraillettes au poing, projecteurs éblouissants et intimidations verbales par hauts parleurs à la clé.

On ne s’ennuyait jamais avec Alain Bourdeaux!

 Il va sacrément nous manquer.

Benedict Donnelly 

Pillage du poisson africain : la surpêche chinoise en accusation

Le film lauréat des Mémoires de la Mer 2020 « Poisson d’or, Poisson Africain », réalisé par Moussa Diop et Thomas Grand était un cri d’alarme sur les conséquences de la surpeche industrielle chinoise au Sénégal.

Extrait de « Poisson d’or, poisson africain » 

Le réalisateur Frédéric Brunnquell en témoignait ainsi dans son commentaire :

« Poisson d’or, poisson africain porte la force de la découverte ethnologique dans ce qu’elle a de meilleur. Le film  nous plonge dans le monde inconnu et saisonnier de la pêche à la sardinelle et de son exploitation au large des côtes sénégalaises. C’est un film absolu dont la précision puise dans le meilleur du grand reportage et y ajoute la justesse empathique et la compréhension fine du meilleur des documentaires. Nous découvrons les réalités complexes d’une communauté provisoire composée d’enfants, de femmes et d’hommes venus de toute l’Afrique de l’Ouest exploiter la ressource abondante en poissons des côtes de la Casamance.

Le film révèle que sur ces plages l’organisation complexe de ces pêcheries artisanales fait vivre toute une région qui s’étend sur plusieurs pays voisins. L’arrivée inéluctable de navires industriels et de la construction d’usines, à capitaux chinois, de farine de poissons menace tout cet équilibre économique à la sociologie si riche »


Le Monde du 12 janvier dernier, dans un article de Frédéric Bobin – « Au sud de Dakar,  les ravages de la pêche chinoise  » montre que la menace n’était pas imaginaire.. 

« A Mbour,  à 70 km au sud de Dakar… les pêcheurs locaux estiment la chute de leur activité à deux tiers en dix ans. Les dégâts sociaux d’un tel recul ne peuvent être que sévères dans un pays où la pêche artisanale fournit autour de 600 000 emplois directs et indirects, soit 17 % de la population active. Les femmes impliquées dans la transformation de la ressource en « poisson séché » ou  » poisson braisé « , aliments précieux car facilement conservables, figurent parmi les victimes collatérales de cet épuisement des ressources halieutiques. Et ce d’autant plus qu’elles doivent subir la concurrence d’usines d’huile de poisson- dont les chinois sont très friands pour leur aquaculture- qui prolifèrent sur le littoral atlantique  de la Mauritanie à la Guinée-Bissau. »

Frédéric Bobin mettait en lumière les méthodes utilisées par la pêche industrielle chinoise pour contourner les réglementations locales :  » Aucun accord de pêche n’ayant été signé entre Dakar et Pékin, les chalutiers chinois opèrent en général sous la couverture d’un prête-nom sénégalais enrôlé dans une société mixte.  » 

D’où les doutes sur la légalité de l’attribution des licences de pêche au Sénégal exprimée dans un rapport de Greenpeace Africa d’octobre 2020.

Le Routard

Plus troublant encore, une manipulation des données du système d’identification automatique (AIS) broulle la localisation des navires chinois… Dès 2016, un rapport de l’ONG Global Fishing Watch avait identifié les navires chinois  comme coutumiers des localisations fallacieuses »

Décidément, le braconnage en mer à grande échelle ne se limite plus aux seuls navires pirates dénoncés par d’autres ONG comme Sea Shepherd ( Lire  » A la poursuite du Thunder ») ni aux eaux internationales !

Benedict Donnelly

Partage des Mers, partage de la Mer : les océans au cœur des enjeux écologiques et géostratégiques.

En Juillet prochain se tiendra à Lisbonne à l’initiative de l’ONU une conférence mondiale sur la protection de la biodiversité en haute mer. Un enjeu sur lequel les négociations préparatoires à la fameuse convention sur le droit de la mer adoptée à Montego Bay, il y a près de 30 ans en 1982, avaient échoué.

Pour mettre la pression sur ce dossier, la France organisera en février prochain à Brest une réunion internationale baptisée « One Ocean Summit ».

Peut-on vraiment croire à l’avènement demain d’un ordre mondial en haute mer ?

1) La protection de la haute mer face à « la régression générale du droit »

Regards croisés d’hier et d’aujourd’hui.

L’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine.

Dans une interview récente à l’hebdomadaire le Point, le chef d’état-major de la Marine, l’amiral Pierre Vandier s’alarmait de « la régression générale du droit » en mer comme plus largement dans tous les espaces communs de notre planète.

« Certains acteurs n’hésitent plus à imposer leur loi dans leurs zones maritimes proches, à chercher des ressources dans des fonds marins qui ne sont pas placés sous leur souveraineté, à saboter discrètement des navires de commerce ou encore à territorialiser des îlots qui ne leur appartiennent pas.

Ces comportements décomplexés tendent à transformer la mer, espace commun à tous régulé par le droit international, en une jungle où tous les coups sont permis… L’ordre mondial s’effondre à grande vitesse. Les garde fous qui tiennent encore face au désordre croissant ne sont plus très nombreux. »

Les propos du chef d’état-major de la Marine m’ont remis en mémoire le commentaire… rugueux de Guy Ladreit de Lacharrière, le chef de la délégation française à la Conférence des Nations Unies sur le droit de la mer, conclue par la Convention de Montego Bay en 1982.

Je reprends ici des extraits de sa conclusion du colloque organisée en 1983 par la Société Française de Droit International « Perspectives du droit de la mer à l’issue de la 3ème Conférence des Nations Unies sur le droit de la mer. »

Une manière pour moi de saluer la mémoire de Guy de Lacharrière qui m’avait fait l’amitié de rejoindre le premier Conseil d’Administration du Centre International de la Mer, que j’avais créé en 1985 avec l’écrivain Paul Guimard, au cœur de la Corderie Royale de Rochefort.

Guy Ladreit de Lacharrière (à gauche)
Source; Wikipedia


« Les liens entre positions juridiques et intérêts nationaux ont été, à la Conférence du Droit de la Mer, d’une netteté, d’une transparence, voire d’un cynisme rarement rencontrés.

En écoutant un orateur, on pouvait définir les caractéristiques , en tout premier lieu géographiques, du pays qu’il représentait. Ce phénomène s’est présenté à la Conférence avec une clarté exceptionnelle. De surcroît, les intérêts nationaux qui se trouvaient derrière les positions juridiques étaient d’une nature telle qu’il était très difficile de compromettre à leur propos.

On a parlé beaucoup d’un devoir de compromis et chacun reconnaissait qu’il existait. Mais sur les intérêts en jeu il était très difficile de compromettre et tout d’abord parce qu’on ne compromet pas aisément avec la géographie, dont les données sont permanentes.

D’autre part, ce qui se passait à la Conférence du droit de la mer était très différent de ce qui se passe, disons, dans une conférence de négociations commerciales.

Dans une conférence de ce dernier type, on peut admettre, par exemple à propos de la stabilisation des prix des produits primaires, que certaines mesures bonnes pour les pays producteurs le seront aussi pour les pays consommateurs, de sorte que les intérêts des uns et des autres convergent.

Au contraire, les intérêts en présence à la Conférence du droit de la mer étaient tels que celui qui « gagnait » gagnait au détriment de celui qui perdait : si un pays était désormais en droit de pêcher tout le poisson de sa zone économique de 200 milles, son avantage était acquis au détriment des étrangers qui pêchaient jusque-là dans ces eaux, et il n’était pas possible de parler de prospérité de chacun contribuant à la prospérité de tous comme dans des négociations commerciales.

Le jeu joué à la Conférence est un jeu à somme nulle, où les gains des uns correspondent aux pertes des autres. Du moins c’est ainsi que pensaient les délégations, ce qui rendait les compromis fort malaisés. Autrement dit, il n’existait pas de mythe unificateur des intérêts permettant aux délégations d’être convaincues qu’en travaillant à l’intérêt commun, elles travaillaient aussi à leurs intérêts propres sur un grand nombre de domaines du droit de la mer comme l’étendue de la zone économique ou du plateau continental.

La transparence des liens entre intérêts nationaux et positions juridiques n’a pas été moins notable en ce qui concerne l’autre grand domaine du droit de la mer… : le domaine des institutions mondiales compétentes à l’égard des ressources des fonds marins internationaux.

Quand il a été admis qu’il s’agissait de créer une sorte de quasi-gouvernement mondial sur la moitié du globe, là encore la trop évidente adaptation des vues juridiques aux intérêts nationaux de ceux qui les présentaient a fait obstacle à un accord général sur des institutions dont l’importance était extrême en raison du domaine qui leur était attribué et du précédent qu’elles pouvaient constituer. Il s’est passé ce que l’on connait sur le plan interne, lorsque les partis politiques spéculent sur ce que pourraient leur rapporter les différents modes de scrutin. Raisonnant à propos des institutions mondiales à adopter, chaque délégation s’est rendue compte de ce qui allait se passer, de ce que les uns allaient gagner et de ce que les autres allaient perdre. Le mythe unificateur qui, là, pouvait peut-être être admis, n’a pas eu le temps de se dégager.

Dans sa dernière phase, la Conférence a voulu créer des institutions mondiales en abandonnant la logique du contrat social, en oubliant ses bonnes dispositions premières quant au respect des souverainetés et donc quant à l’usage du consensus qui en était l’instrument.

Au fond, à la fin de la Conférence, pour beaucoup de délégations, la volonté des autres est apparue comme agaçante… Pour des pays majoritaires dans une conférence, et même s’ils professent tous que le droit international trouve son fondement dans la volonté des Etats, la volonté des autres est agaçante ou irritante. A la Conférence du droit de la mer on a voulu court-circuiter, contourner cette volonté des autres en recourant au vote.

La grande leçon de la Conférence du droit de la mer tient en ceci que la volonté des Etats ne se laisse pas oublier ni contourner. Le droit international est, à l’heure actuelle, un droit négocié. Il y a toutes les raisons de s’en féliciter, sauf pour les partisans de la contrainte entre les nations. ».

2) Protection de la biodiversité en haute mer : vers un droit de l’océan ?

Regards croisés sur les négociations internationales

Le Monde titrait le 4 novembre dernier « COP 26 à Glasgow : l’océan, grand oublié » au dessus d’un article de Martine Valo qui présentait ainsi l’état des négociations internationales sur la protection des océans.

Martine Valo

« L’océan mondial ne figurait pas au programme des COP avant celle de Paris, en 2015. Sa timide apparition d’alors a donné lieu à la publication, quatre ans plus tard, du rapport spécial établi par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur « l’océan et la cryosphère dans le contexte du changement climatique ». Malgré l’ampleur saisissante des catastrophes annoncées, peu de décisions se sont ensuivies…

L’état de santé de l’océan se joue aussi sur d’autres scènes.

Au sein de l’Autorité internationale des fonds marins par exemple, où les Etats se préparent à exploiter les ressources minérales jusque dans les abysses. Ou encore à la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR).

Le 29 octobre, pour la cinquième année d’affilée, l’Union européenne et les vingt-cinq Etats qui y siègent ne sont pas parvenus au consensus nécessaire pour créer de nouvelles aires marines protégées dans l’océan Austral, sur lequel ils sont précisément chargés de veiller.

Du côté de l’Organisation des Nations unies, l’urgence à agir pose aussi question. Les négociations internationales sur un futur traité juridiquement contraignant pour la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité en haute mer, au-delà des juridictions nationales, n’ont toujours pas abouti. Le lancement de ce processus remonte à 2012… »

Regards de juristes :

Patrick Chaumette, Professeur émérite de l’Université de Nantes et Directeur de la publication du Dalloz « Droits Maritimes ».

« Concernant les ressources biologiques en haute mer, aucun instrument international ne traite des écosystèmes marins dans leur ensemble notamment au-delà des zones sous juridictions nationales, c’est-à-dire en haute mer et dans la colonne d’eau. Des négociations sont en cours au sein des Nations unies afin d’examiner les recommandations de 2017 du comité préparatoire. Il s’agit de combler des lacunes de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), signée en 1982 à Montego Bay, quant à la préservation de la biodiversité et quant au statut des ressources génétiques des grands fonds marins. Ces dernières années ont révélé la richesse biologique de ces fonds ; si les prélèvements de ces ressources génétiques soulèvent peu de questions environnementales, il en va différemment du partage des avantages découlant de leur utilisation exclusive. »

Pascale Ricard, juriste en droit de l’environnement au Centre d’études et de recherches internationales et communautaires (CERIC), Aix-Marseille Université.

« J’ai commencé à m’intéresser au droit de la mer et à la biodiversité lors de mes études de master, puis j’ai consacré ma thèse à la question de la conservation de la biodiversité dans les zones maritimes internationales.

Ce sujet est passionnant pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que les océans sont assez peu connus – moins que la surface de la lune –, alors qu’ils couvrent presque les trois quarts de la surface de la terre et constituent le berceau de la vie. Ensuite, parce que les mers et océans constituent des espaces communs que l’on peut qualifier de « biens publics mondiaux ».

Ce caractère commun implique un régime juridique très particulier qui diffère en grande partie des régimes juridiques applicables aux espaces terrestres, situés sous la souveraineté des États. Les États étant tous égaux et souverains, comment le droit peut-il assurer la protection d’espaces qui n’appartiennent à personne – ou bien à tous ?

Enfin, les océans sont caractérisés par leur continuité et connectivité physique et constituent pour certains scientifiques un seul et même écosystème. Néanmoins, le régime qui leur est applicable est caractérisé par une très forte fragmentation (géographique et juridique), ce qui semble a priori antinomique avec l’idée de continuité et constitue un facteur de complexité, à l’origine d’incohérences.

La biodiversité marine suscite un intérêt de plus en plus important, non seulement parce que de nombreuses espèces sont menacées de surexploitation, ce qui pose des problèmes en termes de sécurité alimentaire, mais aussi parce que sa grande diversité et le caractère très spécifique de certaines ressources génétiques marines (prélevées dans les régions polaires ou les sources hydrothermales en profondeur par exemple) est à l’origine d’importantes découvertes, dans le domaine médical notamment. Cela pose des questions concernant l’exploitation des brevets.

Des négociations entre États sont en cours afin d’adopter un nouvel accord visant à compléter la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer adoptée en 1982, qui est considérée comme une véritable « constitution » pour les océans. Ce qui est reproché à cette Convention, c’est de ne pas être suffisamment précise concernant les modalités de conservation et d’utilisation durable de la biodiversité des zones maritimes internationales, c’est-à-dire des zones se situant au-delà de la limite de 200 milles nautiques (64% des océans, soit la moitié de la surface de la terre).
Le nouvel accord devrait permettre, par exemple, de faciliter la création d’aires marines protégées en haute mer. Il a également vocation à préciser les modalités de mise en œuvre de l’obligation générale de réaliser des études d’impact environnemental pour l’ensemble des activités menées dans ces espaces.

De plus, il devrait préciser le statut juridique des ressources génétiques marines et les modalités relatives à leur exploitation. Cette dernière question cristallise des enjeux en termes d’équité entre pays développés et pays en développement. Les premiers souhaitent conserver un régime de liberté d’accès et d’exploitation des ressources génétiques, tandis que les seconds, ne disposant pas encore des technologies nécessaires, réclament un encadrement strict et un partage des bénéfices perçus de leur exploitation, à l’image du régime de patrimoine commun de l’humanité qui caractérise depuis 1982 la zone internationale des fonds marins. Les aspects économiques et environnementaux sont ainsi fortement liés.

D’autres discussions internationales sont actuellement menées au sein du Programme des Nations Unies pour l’environnement, concernant la question de la pollution des océans par les déchets de matière plastique. Les conférences relatives au climat, quant à elles, n’abordent quasiment pas le lien entre le climat et les océans, alors que l’ampleur des conséquences des changements climatiques sur ces derniers et le rôle qu’ils jouent dans la régulation du climat sont des problématiques également très importantes. »

Jean-Paul Pancracio,

Agrégé des facultés de droit, professeur émérite des universités, responsable de la rubrique « Questions maritimes et navales » de l’Annuaire Français de Relations Internationales (AFRI).

« Vers un océan mondial retrouvé » Vie Publique Novembre 2019

« Osons anticiper que le droit de la mer du XXIe siècle sera un droit fonctionnel transcendant limites et exclusivités.

Outre la probable persistance des zones maritimes et des découpages créés au cours du XXe siècle, ce sont les grandes fonctions maritimes assumées par les États et les acteurs intervenant en milieu marin qui devraient tendre à prévaloir : fonctions environnementale et de protection du milieu, de sécurité, de sauvegarde de la vie humaine, de gestion raisonnée des littoraux, de régulation de l’exploitation minière des fonds marins… fondées à l’échelle universelle sur des normes contraignantes permettant une gouvernance des océans.

L’évolution du climat global de la planète, la croissance démographique, la raréfaction des ressources halieutiques conjuguée à une demande accrue d’accès à ces dernières sont autant de défis qui ne seront affrontés qu’à ces conditions. »

Benedict Donnelly

Les Mémoires de la Mer à Rochefort : la « vista » d’Erik Orsenna !

Rochefort a accueilli début octobre les premières Rencontres des Mémoires de la Mer. Ces retrouvailles de Rochefort avec la mer, Erik Orsenna les avait appelées de ses voeux, dans la préface de son livre « Rochefort et la Corderie Royale », paru il y a plus de 25 ans :

« Toujours présente mais jamais visible, hantant les rêves d’autant plus qu’elle n’apparaît jamais, la mer est le grand amour impossible de Rochefort, le souvenir de l’âge d’or, le regret du large. Sinon la peur de l’Anglais, rien ne disposait la ville à devenir maritime. On a fait venir la mer au cœur des terres. Et, puis, un triste jour, après deux cent soixante ans d’Arsenal, deux siècles et demi de hauts, de bas, de passions contrariées, la nature a repris ses droits, l’amirauté ses billes, la mer s’en est allée. Voilà pourquoi Rochefort ressemble à ces êtres un jour touchés par un amour trop vaste : une fois l’aventure finie, il leur en reste, outre les blessures, une brillance immanente, une magnificence, la noblesse de ceux qui ont osé se surpasser. Que faire de la nostalgie ? Certains sombrent dans le culte et ne cessent de défiler en eux-mêmes comme de méticuleux anciens combattants. Rochefort a choisi l’énergie et sa musique : la gaieté. La mer est partie ? Eh bien faisons-la revenir. Les navires ont déserté ? On va en construire d’autres. Et de nouveaux  départs d’aujourd’hui vont égayer les retours d’hier. Peu de vieilles cités ont à ce point tissé, en peu d’années, autant de liens avec les lointains; les gens sûrs de leurs racines sont les plus audacieux voyageurs. »

Léo Ferré, Paul Guimard et … Rochefort : de « la Mémoire et la Mer » aux Mémoires de la Mer !

« La marée, je l’ai dans le cœur qui me remonte comme un signe…  »

La voix de Léo Ferré chantant les premières strophes de « La Mémoire et la Mer » a lancé le 1er octobre dernier au Théâtre de la Coupe d’Or à Rochefort la soirée des Mémoires de la Mer : un clin d’œil au concert donné par Léo Ferré, 30 ans plus tôt dans le même théâtre.

A l’issue de ce concert, j’étais allé trouver Léo Ferré dans sa loge, avec Jean-Louis Frot, le maire de Rochefort, pour lui proposer de revenir à Rochefort l’été suivant pour un concert exceptionnel  en plein air devant la Corderie Royale :  » Léo Ferré chante la mer ». Une proposition inédite pour lui qui l’avait immédiatement séduit. Son état de santé n’a pas permis au projet d’aller à son terme et au public d’entendre l’espace d’une soirée sur les bords de Charente un répertoire d’exception : « la Mémoire et la Mer », « Tu sors souvent la mer », « Les Étrangers », « le Bateau Espagnol », « La Mer Noire »,  « Ostende » ou encore « Rotterdam », la réponse de Ferré à l’Amsterdam de Brel :

« Un port du nord, ça plaît, surtout quand on n’y est pas, ça fait qu’on voudrait y être, ça fait qu’on ne sait pas bien s’il faut se taper le poète ou se taper la putain… »

Ce que j’ignorais, lors de la soirée des Mémoires, le 1er octobre dernier, c’est que la « Mémoire et la Mer » avait été interprétée pour la première fois par Léo Ferré en 1969 dans la maison de Paul Guimard à Doëlan dans le Finistère. J’ai déniché par hasard sur le net les images de cette « première » qui a fait l’objet, il y a quelques années, d’un reportage de France 3 Bretagne.

J’ai connu Paul Guimard bien plus tard et nous avons créé ensemble au milieu des années 80 le Centre International de la Mer au cœur de la Corderie Royale de Rochefort , là précisément où nous rêvions d’entendre Ferré chanter La Mémoire et la Mer !

Et où je rêve encore d’ entendre chanter « la marée, je l’ai dans le cœur »  par celles et ceux qui l’ont déjà interprétée :  Bernard Lavilliers, Michel Jonasz, Catherine Ribeiro…

Benedict Donnelly