Actualités

Mis en avant

Montrer la richesse et la diversité des expressions culturelles et artistiques en lien avec l’univers maritime ;

Annoncer – et si possible commenter –  les sorties de livres, de bandes dessinées, de films qui enrichissent notre regard sur l’océan, ses défis d’hier et d’aujourd’hui ;

Susciter curiosité et intérêt pour les festivals, les rencontres, les expositions organisées partout en France tout au long de l’année :

… C’est l’ambition de cette rubrique qui souhaite se nourrir et s’éclairer de vos contributions. 

Saint Tropez, Le Croisic, Propriano… : les rendez-vous de la rentrée sur le littoral !

A Saint Tropez, ce week-end des 12 et 13 septembre, troisième édition de la Journée des Océans, un ensemble d’événements, de rencontres, de projections autour de la protection des océans.

A côté d’une opération de grande envergure de ramassage des déchets sur l’ensemble du Golfe de Saint Tropez, première édition d’un nouveau festival de films sur la mer.

Les films projetés :

  • « The Blue Quest »
  • « Diable de mer »
  • « La collecte des mégots de cigarette à Marseille »
  • « Au nom du requin »
  • « Plastic Odyssey »
  • « Watt the fish »
  • « Diable de mer
  • « How to change the world »

A Propriano en Corse du Sud, du 12 au 14 septembre, deuxième édition du Festival LittOral – Trois jours de rencontres et d’échanges autour de la littérature et de la mer.

« Rencontres d’écrivains homériques, expositions de talismarins, films hypnotiques, performance oraculaire, théâtre de poisson parlant, lectures flottantes, atelier de dégustations divines et autres tressages magnétiques !

La seconde édition du Festival LittOral toujours aussi hydrophile sera consacrée aux mystères de la mer.

Ces Arcani di Mari seront encrés dans les matières écrites mais imbiberont aussi les écrans, les voix, les toiles, les photos de nos littéralistes… « 

Présentation du Festival par ses initiateurs

https://www.festivalittoral.com/programmation

https://www.corsevent.com/categories/fetes/evenement/68805-festival-littoral-propriano

Au Croisic, les 3 et 4 octobre prochains, 24 ème édition du salon du livre Plumes d’Equinoxe, dédié depuis l’origine aux thèmes maritimes.

Après « les écrivains et la mer » en 2015, « La plaisance » en 2016 ; « Jules Verne et la mer » en 2017, « Mer fragile, mer nourricière » en 2018; « la mer et l’Histoire » en 2019, en 2020, le thème retenu est : « La mer, refuge et aventure » et le président de cette édition sera Patrick Poivre d’Arvor.

L’Hermione et … Saint Exupéry …

Au coeur de l’été, Benoît Garcia, membre du Conseil Economique, Social et Environnemental m’a envoyé deux citations extraites de Citadelles, un livre posthume d’Antoine de Saint Exupéry, publié en 1948, en forme de clin d’oeil à l’aventure de l’Hermione.

Avec son autorisation, je les reproduis ici en souvenir de la première sortie de l’Hermione, il y a six ans presque jour pour jour.

© Crédit photo : XAVIER LÉOTY Sud-Ouest le 7 septembre 2014

« Celui-là tissera des toiles, l’autre dans la forêt par l’éclair de sa hache couchera l’arbre. L’autre, encore, forgera des clous, et il en sera quelque part qui observeront les étoiles afin d’apprendre à gouverner. Et tous cependant ne seront qu’un. Créer le navire ce n’est point tisser les toiles, forger les clous, lire les astres, mais bien donner le goût de la mer qui est un… »

 » Il est bon que je vous contraigne de bâtir, d’un voilier qui ira sur la mer, la coque, les ponts et la mâture, puis que dans un beau jour, comme un jour de mariage, je vous le fasse habiller de voiles et offrir à la mer. Alors le bruit de vos marteaux sera cantique, votre sueur et vos ahans seront ferveur. Et votre lancée du navire sera geste miraculeux car vous aurez fleuri les eaux. »

Antoine de St Exupéry

Benedict Donnelly

Piraterie : le choc des BD !

Hasard des programmations : durant ce mois de septembre, deux festivals de BD ont choisi de mettre à l’honneur deux regards très différents sinon oppposés sur la piraterie.

A Rochefort, le festival Roch’fort en Bulles qui s’est déroulé les 5 et 6 septembre dernier a accueilli Frank Bonnet, l’auteur, avec le scénariste Marc Bourgne, des Pirates de Barataria, une série démarrée il y a déjà dix ans, qui en est à son 12ème tome !

L’histoire suit les aventures des pirates français Jean et Pierre Laffite.
Jean Lafitte, né dans les années 1770-1780 dans le Sud-Ouest de la France ou peut-être à Saint-Domingue, et mort vraisemblablement entre 1823 et 18271, est un flibustier français qui écumait le golfe du Mexique au début du xixe siècle.

Il crée son propre « royaume de Barataria » dans les marais et les bayous près de La Nouvelle-Orléans afin de contrôler l’embouchure du Mississippi après l’achat de la Louisiane en 1803, avec sous ses ordres plus de mille hommes. Son soutien au général américain Andrew Jackson fait basculer la bataille de La Nouvelle-Orléans, en 1815. Il prend part au trafic des esclaves, alors interdit. Son frère Pierre et lui fondent ensuite Galveston, premier port cotonnier du Texas, où ils espionnent au service de l’Espagne contre les révolutionnaires mexicains entre novembre 1815 et juin 1816, selon les archives espagnoles à Séville2. De nombreux sites en Louisiane et au Texas portent son nom.

Wikipedia
Les pirates de Barataria

Commentaire à venir sur le site des Mémoires…

Pour mémoire, le récit par Georges Blond des aventures de Jean Laffite, paru en 1985 chez Albin Michel, un récit qui s’appuie sur le Journal de Jean Laffite découvert en 1948, un journal dont l’origine est controversée.

Moi, Laffite

Autre regard sur la piraterie dans le cadre du Festival BD à Bastia

BD à Bastia, organisé depuis 1994 en avril par l’association culturelle corse Una Volta, a décalé cette année sa manifestation en septembre et novembre. Elle accueille dimanche 20 septembre les deux auteurs d’une BD qui prend le contre-pied des récits traditionnels sur la piraterie :

Portrait d’un buveur de Ruppert et Mulot, associés à l’artiste flamand Olivier Schrauwen

« Vous connaissez des pirates leur version hollywoodienne ou les épopées maritimes de Stevenson ? Oubliez ces images. Voici le vrai mythe du pirate : menteur, voleur, lâche, vulgaire. Guy est un de ces spécimens, véritable gibier de potence comme il en exista réellement. Il nous raconte son histoire en bagarres et bitures, sans aucun état d’âme. Guy est un pirate, et de la pire (la vraie !) espèce : sans état d’âme, sans morale, sans couilles. Un obscur membre d’équipage, menteur comme il respire, ivrogne, voleur, paresseux. Loin des mythes littéraires ou des images de cinéma, Guy est un authentique gibier de potence, un horrible spécimen dont ne parlent pas les livres d’Histoire et qui s’approche pourtant davantage de la figure véridique du pirate que ses ersatz habituellement répandus dans la culture. Et Guy nous raconte son histoire, sa terrible et fastidieuse poésie entre bagarres, batailles et bitures, à courir les jupons, à rouler sous les tables et à trancher des cous.
Ruppert et Mulot, têtes de proue de la bande dessinée indépendante contemporaine, s’associent à leur pendant flamand Olivier Schrauwen pour tirer à boulets rouges sur les codes du genre. Ce récit psychédélique, haut en couleur et en dérision, réunit les plus grandes qualités plastiques et narratives de ces trois flibustiers du strip. »

Présentation du livre sur le site des Editions Dupuis

Samedi 27 septembre au soir : soirée des Mémoires de la Mer 2020 au Théâtre de la Coupe d’Or à Rochefort

A l’initiative du Centre International de la Mer, de l’Association Hermione-La Fayette, avec le soutien du Musée National de la Marine, les prix des Mémoires de la Mer récompensent chaque année depuis 15 ans des auteurs de livres, de bandes dessinées et de films (documentaires ou de fiction) , qui racontent « les mondes” de la mer.

Dotés de 500 € chacun, ces prix veulent encourager les historiens, romanciers, dessinateurs, réalisateurs à raconter et enrichir la connaissance de l’aventure humaine de la mer.Ils sont décernés par des jurys réunissant des écrivains, des réalisateurs, des journalistes et des acteurs du monde culturel maritime, à des livres, BD et films documentaires édités ou diffusés durant l’année précédente.

En 2019, pour la première fois depuis la création des Mémoires de la Mer, la soirée de remise des prix s’est intégrée dans un programme de deux jours de débats, de projections, de lectures, de rencontres entre le grand public et des auteurs et des réalisateurs qui ont enrichi notre regard sur la mer, ses défis d’hier et d’aujourd’hui, et mis en valeur le patrimoine culturel et artistique associé à l’univers maritime. C’est à Fécamp, autrefois premier port morutier français que s’est déroulée la première édition du Festival des Mémoires de la Mer.

Le contexte sanitaire n’a pas permis d’organiser en 2020 la deuxième édition du Festival. Du coup, les partenaires des Mémoires ont choisi de donner un relief particulier à la soirée de remise des prix qui se tiendra pour la première fois, à Rochefort, le site « historique » des Mémoires, le samedi 26 septembre. Grâce au soutien de la municipalité de Rochefort, cette soirée se déroulera dans un lieu d’exception ; le théâtre de la Coupe d’Or, un théâtre à l’italienne du 18ème siècle.

La soirée accueillera les auteurs et réalisateurs sélectionnés pour les prix des Mémoires 2020 et en dévoilera en direct le palmarès.

Benedict Donnelly

Montée des tensions gréco-turques en Méditerranée Orientale : les racines du conflit

A la veille d’une croisière familiale en Turquie, il y a une trentaine d’années, avec nos trois enfants, préparant les étapes de notre périple, j’avais été interloqué par l’impossibilité d’intégrer dans notre parcours une escale dans l’île grecque de Castellorizo, située pourtant à quelques milles seulement de la côte turque et toute proche de l’île de Kekova et de ses tombeaux étrusques engloutis,point d’orgue de notre croisière.

Notre loueur de voilier à Marmaris nous avait, au demeurant, dûment avertis des risques que nous prenions si nous enfreignions le veto mis par les autorités turques à tout aller-retour vers Kastellorizo. Une interdiction qui résonnait pour nous comme un anachronisme à l’heure de l’ouverture généralisée des frontières et des tentatives de séduction de la Turquie à l’égard de l’Union Européenne.

Et pourtant…. Castellorizo est aujourd’hui au coeur des tensions gréco-turques susceptible de dégénérer en conflit armé en Méditerranée orientale. En cause : une mission d’exploration du navire de recherches sismiques turc Oruç-Reis dans les eaux territoriales grecques au sud  de Castellorizo pour trouver de nouveaux gisement gaziers.

Au delà de l’enjeu gazier et des querelles sur l’application de la convention mondiale sur le droit de la mer adoptée en 1982 à Montego Bay, en Jamaïque, qui dépassent le seul cadre méditerranéen, c’est l’histoire mouvementée des relations gréco-turques en Méditerranée qui refait aujourd’hui surface même si elle ne s’est jamais vraiment apaisée : pour preuve, les tensions régulières depuis près d’un demi-siècle autour des îlots grecs d’Imia (Kardak pour les Turcs) à quelques miles du port truc de Marmaris en mer Egée Orientale.

Les tensions méditerranéennes entre les deux pays ont, en fait, surgi, dès l’indépendance de la Grèce au début du 19ème siècle. Mise en perspective à l’aide d’un article de Vaner Semih, politologue franco-turc, article paru en …. 1987 !

Benedict Donnelly

« L’origine du contentieux est à rechercher dans la question du partage des îles, question posée dès l’indépendance de la Grèce en 1830. L’expansion territoriale continue du jeune État grec au détriment de l’Empire ottoman tout au long du 19e et au début du 20e siècles, jusqu’à la chute de l’Empire à la fin de la première grande guerre, s’accompagne du passage progressif des îles égéennes sous la juridiction grecque. Le Dodécanèse occupé par les Italiens en 1912 n’est cédé à la Grèce qu’après la 2e guerre mondiale.

La réglementation juridique du statut des îles orientales est en principe effectuée par le traité de Lausanne de 1922 qui vaut, d’une certaine façon, comme l’un des actes fondateurs de la République de Turquie. La convention de Lausanne concernant le régime des détroits, annexée au traité du même nom, prévoit une démilitarisation générale, de même que le traité de Paris de 1947.

Dès la seconde moitié des années 30, la diplomatie turque s’active, aidée en cela par une conjoncture internationale particulièrement orageuse. La remilitarisation des détroits à Montreux, en 1936, lui paraît comme un premier succès pouvant déboucher sur d’autres et ses velléités irrédentistes se dirigent vers le Dodécanèse. Mais l’Italie est un adversaire trop redoutable pour être affronté directement. De même, au lendemain de la guerre, la menace soviétique est telle qu’Ankara, soucieuse avant tout d’obtenir la protection occidentale, préfère ne pas soulever d’objection à la cession du Dodécanèse à la Grèce. Ce n’est qu’au cours des quinze dernières années, dans la foulée de l’aggravation de la crise chypriote, sous l’effet que le statut de la mer égéenne revient à l’ordre du jour sous l’effet tant d’une transformation du droit international classique de la mer qu’induisent les nouvelles techniques permettant l’exploitation des ressources du plateau continental et des eaux territoriales, que de la militarisation des îles et les problèmes de l’espace aérien.

Le plateau continental

En ce qui concerne le différend portant sur ce qui doit être la délimitation du plateau continental entre les deux pays, le noyau du problème se trouve lié au rôle à attribuer aux îles. Grosso modo, pour la Grèce, les îles doivent êtres considérées sur un pied d’égalité avec la terre ferme continentale, tandis que, pour la Turquie, elles ne peuvent bénéficier d’un tel statut vu la situation particulière de la mer Egée, autrement dit, de son partage entre ses deux riverains.

Chaque partie argumente différemment dans la mesure où les diverses stipulations et ententes internationales récentes semblent plutôt aller dans le sens des positions grecques. Forte de cette tendance actuelle, la Grèce appuie ses thèses sur des arguments de type général. Or, la Turquie, pour les contrecarrer, ne peut que se prévaloir de l ‘exceptionnalité de la situation et requérir une nouvelle jurisprudence en accord avec les exigences d’équité Les principaux arguments de la Grèce sont les suivants :
a) les iles ont droit, en leur nom propre, à un plateau continental ;
b) le territoire continental et les îles égéennes forment ensemble l’unité politique et territoriale de l’Etat grec et entre les deux composantes, l’existence d’un élément territorial étranger n’est guère admissible ;
c) la délimitation du plateau continental entre les deux pays ne peut se réaliser, par là même, que suivant le principe de l’équi distance entre les côtes turques et les extrémités du territoire grec, c’est-â-dire les îles grecques situées le plus à l’Est de la mer Egée.

A l’autre versant du tableau, les arguments turcs :
a) le critère fondamental pour la délimitation du plateau continental est le principe du prolongement naturel ;
b) les îles, de toute manière, ne peuvent constituer qu’une circonstance spéciale et la mer Egée est une mer semi-fermée qui justifie l’application des règles particulières au lieu de celles prévues d’une manière générale ;
c) le principe à appliquer ici ne peut pas être l’Équidistance, mais l’équité.

Les eaux territoriales

Si la question du plateau continental aboutit à un point mort des tractations en 1979, elle n’en réussit pas moins à raviver une vieille querelle depuis quelque temps en sourdine mais à conséquences beaucoup territoriale. plus immédiates et graves. Il s’agit de l’affaire de la mer territoriale.

Appliquée en mer Egée, l’extension des eaux territoriales à 12 milles, que réclame la Grèce, augmente la part de mer territoriale de cette dernière, de 35 % de la superficie marine totale à près de 64 %.

Cette sorte de thalassocratie grecque en mer Egée, qui existe d’ailleurs de facto, est insupportable aux Turcs.

La thèse grecque peut être ramenée à trois arguments principaux : a) l’extension à 12 milles constitue un droit international général; b) cette règle s’applique également aux îles égéennes ; c) la Grèce a le droit de le déclarer unilatéralement quand bon il lui semble puisqu’il s’agit d’une compétence souveraine de l’Etat côtier. La Turquie ne peut juridiquement s’y opposer qu’en réfutant le principe d’une règle unique internationalement valable en matière d’étendue de la mer territoriale au nom d’une prise en compte nécessaire des cas particuliers comme les mers fermées ou semi -fermées de type égéen.

Afin de souligner la singularité de la configuration géographique en question, Ankara se fait fort de montrer qu’en cas d’extension des eaux territoriales grecques, la Turquie n’aurait plus d’accès à la haute mer. Aussi toute décision d’Athènes dans ce sens, constituerait-elle pour Ankara, un parfait casus belli. »

Vaner Semih. Retour au différend gréco-turc dans les CEMOTI, Cahiers d’Études sur la Méditerranée Orientale et le monde Turco-Iranien CEMOTI, n°4, 1987. Varia. pp. 19-43;

https://doi.org/10.3406/cemot.1987.877

https://www.persee.fr/doc/cemot_0764-9878_1987_num_4_1_877

La Tempête dans la musique baroque française, un texte inédit du musicologue Michel Verschaeve

La Tempête (tout comme le sommeil, la descente des Dieux, les musiques tendres et plaintives, etc…) est un passage incontournable dans au moins une des tragédies mises en musique d’un compositeur baroque (Lully, Campra, Rameau, Destouches…).

Il faut bien savoir que l’apparition de l’Opéra en France va déclencher beaucoup de surprises (pour être aimable) de la part du public et de certains critiques

En effet, au Moyen-Âge, à la Renaissance et jusqu’au pré-baroque, on pouvait écrire de la musique qui n’avait aucun ou très peu de rapport avec la signification du texte, cela peut nous paraître aujourd’hui difficile à comprendre. Bien entendu, il y avait des exceptions comme la Bataille de Marignan de Janequin.

C’est Monteverdi (1567-1643) dans sa seconda pratica qui va faire entendre musicalement le bruit des épées (style concitato) dans son Combat de Tancrède et Clorinde.
Une véritable révolution : la musique de film venait d’être officiellement créée !

Il ne faut donc pas s’étonner du texte virulent de Charles de Saint-Évremond (1616-1703) sur les Opéras (1677) : « L’esprit ne pouvant concevoir un héros qui chante, s’attache à celui qui le fait chanter »

Quoi qu’il en soit la tragédie mise en musique va triompher et va user de tous ses artifices pour éblouir le public que ce soient par la musique, le livret et aussi (et peut-être surtout) la mécanique permettant des changements éblouissants de décors et d’effets (digne des productions hollywoodiennes!) pour satisfaire le Merveilleux, composante essentielle de l’opéra baroque. On ne baissait le rideau qu’à la fin du spectacle, les changements de décors se faisaient à vue.

Seule « ombre » au tableau : la lumière qui reste à la bougie, il faudra attendre l’arrivée tardive du gaz puis de l’électricité pour révolutionner cet élément essentiel au théâtre et à l’opéra.

La première tempête « revendiquée » de l’opéra baroque est celle d’Alcione (1706) de Marin Marais (joué par Gérard Depardieu dans le film : Tous les mains du monde).

En fait c’est une erreur : la première est celle de Thétis et Pelée (1689) de Pascal Colasse (« sbire » de Lully) qui orchestrait les opéras du florentin.

Notons qu’un illustre inconnu très talentueux nommé François Chauvon fait éditer en 1723 ses Charmes de l’Harmonie véritable guide des effets à utiliser dans l’opéra. Il s’agit d’un ensemble de recettes musicales (tempeste, musique bacchique, chant lugubre, musique champestre, musique infernale, musique gaye, etc..).

En ce qui concerne le traitement « pédagogique » de la tempête on peut constater bon nombre de notes répétées exprimant le chaos reliées entre elles par des jaillissements de notes peignant les aquilons furieux, effet assuré !

Elle est aussi souvent liée aux musiques infernales et parfois même à un monstre, c’est le cas dans Dardanus (1739 & 1744) de Rameau qui cultive ce merveilleux d’une manière tout à fait saisissante.

Mais il n’y a pas que dans l’Opéra que nous trouvons des tempêtes.

La Cantate « Françoise » (qui est à l’Opéra ce qu’est le court-métrage au Cinéma) très en vogue dans la première partie du XVIIIème siècle a tous les avantages.

Elle utilise les mêmes sujets, les mêmes artifices de composition mais se révèle être beaucoup moins onéreuse que le Tragédie mise en musique puisque elle nécessite 1, 2 voire maximum 3 chanteuses et chanteurs, accompagnés par un petit effectif instrumental ce qui permettait de les interpréter dans les salons, sa mise en scène étant beaucoup plus accessible.

L’abondance des éditions atteste l’engouement du public pour ces mini-opéras.

Notons qu’une compositrice (c’est exceptionnel pour l’époque) Elisabeth Jacquet de la Guerre composa une très subtile et magnifique cantate Le Déluge (sujet tiré de l’Écriture Sainte) qui cette fois-ci n’évoque pas les Dieux (que l’on prononçait Dieusse pour exprimer le pluriel) mais Dieu (dont le souffle anima les mortels).

Il est celui qui déclenche la tempête pour punir, mais qui ramène aussi à la sérénité (Hatez-vous d’embellir les Cieux, rassurez la terre tremblante).

Mais d’une manière générale on fait appel à la mythologie, les déesses et dieux caractérisant de façon à peine déguisée (surtout dans le prologue des opéras) le monarque et sa cour.

Pour Rameau, la cantate Thétis met en compétition Jupiter et Neptune dans des passages forts tempétueux ayant pour but d’épater afin de conquérir le cœur de Thétis qui dans le troisième et dernier mouvement (toujours moralisateur) privilégie celui d’un simple mortel.

Que l’amour seul vous détermine
Ne consultez que votre cœur

Un dernier pan (encore fort méconnu) de l’histoire de la musique vocale baroque française est le nombre considérable d’Airs Sérieux et à Boire.

Tous les compositeurs (qui parfois voulaient rester dans l’anonymat) en ont composés. Les recueils édités (donc chantés) par Ballard en témoignent. Le champion toute catégorie est indiscutablement Jean-Baptiste de Bousset (1662-1725) né près de Dijon. Il en a composé plus de sept cents ! Tout est prétexte à boire : les amours contrariées, l’ancien a qui l’on demande de consommer sa cave avant que les héritiers n’en profite, plaintes pour tapage nocturne, alors buvons plus tôt, la tempête inondant la cave, on demande à Bacchus de changer l’eau en vin pour y faire naufrage, etc..

Dans la représentation instrumentale et vocale de la Tempête, l’orchestre peut exprimer toute sa puissance de feu et les actrices et acteurs (c’est ainsi que s’appelaient à l’époque les chanteuses et les chanteurs) toute leur voix et leur sensibilité.

Remerciements à Fabrice Conan (historien de l’Art et conférencier) pour le choix du Naufrage de Pierre-Jacques Volaire (1726-1799).

Charcot à l’honneur au Havre !

Du 1er juillet 2020 au 3 janvier 2021, au Muséum d’Histoire Naturelle du Havre

L’AVENTURE CHARCOT – DU HAVRE À L’ANTARCTIQUE – 1903 ET 1908

Cette exposition se concentre sur les expéditions de Jean-Baptiste Charcot en Antarctique, au départ du Havre, à bord du Français entre 1903 et 1905 puis du Pourquoi-Pas ? entre 1908 et 1910. 

Pour faire revivre ces deux expéditions, une cinquantaine de photographies issues de collections différentes, connues ou oubliées, mais aussi des objets de collection, appareils de mesure ou encore des extraits de carnets de voyage sont réunis dans l’exposition.

Louis Charcot sur le pont du « Pourquoi Pas ? », en février 1909.
Louis Gain Courtesy Mimdi

Un exceptionnel gisement d’épaves découvert en Méditerranée, au cœur d’une bataille juridique et diplomatique !

Deux articles récents du quotidien libanais francophone L’Orient-Le Jour,ont mis en lumière une découverte exceptionnelle en archéologie sous-marine et le feuilleton judiciaire et diplomatique qui lui a succédé.

« Une douzaine de galères hellènes, romaines et de l’époque islamique ainsi qu’un bateau ottoman avec sa cargaison datant du XVIIe siècle ont été découverts à 2 200 mètres de profondeur, dans le bassin levantin, entre Chypre et le Liban. Ils avaient sillonné la même route à différentes périodes. Ce lieu de sépultures sous-marines « équivaut archéologiquement à la découverte d’une nouvelle planète. C’est vraiment révolutionnaire, l’une des découvertes les plus incroyables de la Méditerranée », a déclaré à l’Observer le directeur des fouilles, Sean Kingsley, un des principaux archéologues du projet, à la tête du Center for East-West Maritime Exploration et auteur de L’encyclopédie d’archéologie sous-marine, Barbares en Méditerranée : de la Rome antique au début de l’islam.

Les explorations menées par l’équipe britannique Enigma Shipwrecks Project (ESP) étaient terminées depuis fin 2015, mais la découverte n’a été dévoilée qu’à la mi-avril 2020, « le temps que les spécialistes analysent les objets remontés à la surface », explique Kingsley, particulièrement enthousiasmé par l’épave ottomane. Décrit comme un puissant colosse, le navire avait coulé vers 1630 lors d’un voyage entre l’Égypte et Istanbul. De 43 mètres de long et pesant mille tonnes, il appartenait vraisemblablement à un seigneur de la mer et transportait dans sa cale des centaines d’objets d’une diversité étonnante et de provenance différente : Chine, Inde, golfe Arabo-Persique et mer Rouge, ainsi qu’Afrique du Nord, Italie, Espagne, Portugal et Belgique. « Ces biens de consommation, remarquablement cosmopolites pour une expédition prémoderne, illustrent la portée mondiale du commerce au début du XVIIe siècle. Les prémices de la mondialisation économique étaient déjà posées », relève Kingsley.

Parmi ces objets, des pots de peinture et de la céramique italienne, des grains de poivre d’Inde, une porcelaine de Chine comprenant 360 tasses décorées, des plats et bouteilles, fabriqués dans les fours de Jingdezhen (aujourd’hui capitale mondiale de la porcelaine), sous le règne de Chongzhen, seizième et dernier empereur de la dynastie Ming (1627-1644). Ces tasses conçues pour déguster le thé ont été adaptées par les Ottomans pour boire le café » Extraits de l’article de May Makarem dans l’édition d’Orient Le Jour du 28 avril 2020.

En fait, la découverte des épaves est probablement une conséquence fortuite d’une mission menée en 2010 pour rechercher des débris d’un avion éthiopien qui s’était écrasé en mer le 25 janvier 2010 peu après son décollage de l’aéroport de Beyrouth.

Aujourd’hui, l’épave du navire ottoman se trouve au cœur d’une querelle juridique entre le Liban, soutenu par Chypre, et la Grande-Bretagne.

L’équipe britannique Enigma Shipwrecks Project (ESP) avait mené en 2015, à bord de l’Odyssey Explorer battant pavillon des Bahamas, des fouilles sous-marines entre le Liban et Chypre. C’est lors de ces fouilles qu’elle était tombée sur ces trésors cachés dans l’épave. Lorsque l’affaire avait été ébruitée, l’équipage avait déclaré que les recherches s’étaient déroulées au-delà des eaux territoriales de Chypre et du Liban.

Une version contestée par Chypre qui, lors d’une escale du navire de fouilles, a saisi tous les objets remontés de l’épave ! Une saisie contestée en justice qui soulève entre autres la question des droits des États riverains sur le patrimoine culturel subaquatique.

Avec Le Lorrain, la mer redevient la Mer !

Nous poursuivons avec Olivier Cena, de Télérama, l’exploration de l’émergence de la mer dans la peinture comme élément à part entière.

Gros plan sur Claude Gellée dit Le Lorrain.

Claude (1600-1682), comme l’appellent les Britanniques, n’est pas considéré comme un véritable peintre de marines puisque l’architecture des ports et les rivages occupent une grande partie du tableau — la peinture des ports de mer au soleil couchant n’est pas un genre, c’est une obsession.

Sujet principal de l’œuvre chez les Hollandais, les bateaux deviennent chez Claude de simples éléments du décor. Le Français est pourtant l’un des rares artistes au XVIIe siècle à se préoccuper du miroitement de l’eau selon la saison, le moment de la journée, le temps ensoleillé, brumeux ou nuageux. La mer du Lorrain est un miroir mouvant reflétant le ciel. Elle préfigure la mer du XIXe siècle, celle des Anglais William Turner, John Constable et Richard Bonington. A la force symbolique perdue, Le Lorrain substitue une puissance poétique inédite. La mer redevient la Mer.

L’Embarquement de la Reine de Saba, Claude Lorrain, 1648.
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