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Mis en avant

Montrer la richesse et la diversité des expressions culturelles et artistiques en lien avec l’univers maritime ;

Annoncer – et si possible commenter –  les sorties de livres, de bandes dessinées, de films qui enrichissent notre regard sur l’océan, ses défis d’hier et d’aujourd’hui ;

Susciter curiosité et intérêt pour les festivals, les rencontres, les expositions organisées partout en France tout au long de l’année :

… C’est l’ambition de cette rubrique qui souhaite se nourrir et s’éclairer de vos contributions. 

Hommage à Yvon Le Corre, peintre et écrivain, lauréat des Mémoires de la Mer 2012

Il ne dissimulait pas son plaisir, ce soir de mars 2012, sur la scène de la Maison des Travaux Publics, tout à côté des Champs Elysées, de recevoir des mains d’Erik Orsenna le prix du livre des Mémoires de la Mer 2012. Ni son plaisir…ni son étonnement de recevoir ce prix pour son « L’ivre de Mer » qu’il qualifiait lui-même de livre… « foutraque ».

Yvon Le Corre est décédé, à la fin du mois d’août chez lui à Tréguier, où ce grand marin artiste-voyageur avait jeté l’ancre, il y a plusieurs décennies.

Il avait inauguré, quelques semaines plus tôt, à Tréguier, une des deux expositions qui lui étaient consacrées durant cet été 2020.

https://actu.fr/bretagne/treguier_22362/treguier-le-peintre-yvon-le-corre-est-decede_35714337.html

Titouan Lamazou, invité d’honneur de la première édition du Festival des Mémoires de la Mer en mai 2019 à Fécamp, qui avait été son élève, lui a rendu hommage en publiant une photo prise à bord d’Iris, le bateau d’Yvon, en 1972 en Mer du Nord.

En complément de la vidéo de la soirée des Mémoires de la Mer 2012, le texte de mon message à Yvon Le Corre lors de la remise de son prix :

« Je veux d’abord vous remercier d’avoir accepté notre prix et de vous être personnellement déplacé pour le recevoir.

Car j’ai cru comprendre que vous n’aimiez pas beaucoup les honneurs et que vous en aviez refusé plusieurs et des plus éminents. Vous avez accepté notre prix et nous en sommes très fiers. Le hasard de la répartition des livres au sein du jury m’avait attribué votre livre. Je dois vous dire que je l’ai ouvert avec une certaine méfiance, voire une certaine appréhension.

Méfiance à l’égard d’un livre écrit, comme on dit, à compte d’auteur, par un auteur renommé certes mais surtout connu comme peintre, comme dessinateur, comme navigateur solitaire et comme un grand monsieur du Carnet de Voyages.

Méfiance donc mais aussi appréhension face à ce livre à l’allure bizarre, avec ce titre en forme de jeu de mots, avec ces 60 pages découpées en 13 chapitres, rebaptisés livres comme dans la Bible…

J’appréhendais aussi, je peux vous l’avouer, que votre livre ne soit qu’un cri de colère, celui d’un marin solitaire, nostalgique d’un monde de la mer plus authentique et plus fraternel.

Et bien, j’avais tout faux !

S’il y a bien des coups de gueule – ô combien mérités – dans votre livre, c’est surtout un formidable cri d’amour pour la mer, pour sa beauté, pour cet art sans triche qu’est la navigation à la voile.

Un cri d’amour envers et contre tout, malgré tout ce que la mer vous a fait et vous a pris, comme vous le racontez avec vos mots et vos dessins, dans ce très beau livre 2 intitulé tout simplement «Naufrage».

Et, cerise sur le gâteau, votre livre est aussi un vrai bijou d’impression, un bijou que vous avez fabriqué seul au plomb, au cuivre, à l’eau-forte sur une presse vieille de 150 ans. Un livre que vous avez tiré vous-même sur des feuilles de vélin : du vélin de Lama de 250 gammes pour être précis !

Merci de ce cri d’amour pour le livre et pour la mer que je ne peux que vous inviter tous à lire au plus vite ! Merci et bravo !

Benedict Donnelly

Le commentaire d’Alain Cabantous sur le prix BD des Mémoires de la Mer 2020 « Algues vertes. L’histoire interdite » d’Ines Leraud et Pierre Van Hove chez Delcourt

« C’est un véritable ouvrage militant qui nous est offert avec cette Histoire interdite. Très bien informé, avec pièces à l’appui ( toute la fin de l’ouvrage est consacrée aux documents d’archives) et une démonstration efficace qui emporte l’adhésion du lecteur.

Plus qu’une B.D., c’est un dossier à charge, illustré, que les auteur-e-s ont voulu proposer au sujet d’une pollution non seulement morbide mais mortifère due à la prolifération des algues vertes sur la côte nord de la Bretagne, et tout spécialement dans la partie occidentale des Côtes d’Armor. Les premiers phénomènes inquiétants furent connus dès 1989 même si c’est surtout avec l’accident du cavalier et la mort de son cheval à Saint-Michel en Grève en juillet 2009 que le grand public commença à être sensibilisé à ce problème grave.

Le livre, organisé autour de faits précis, de rappels scientifiques indispensables et vulgarisés met très bien en valeur le rôle essentiel des lanceurs d’alerte (médecins, associations de défense de l’environnement) et la responsabilité écrasante des pouvoirs publics à tous les niveaux en raison d’un aveuglement assumé (préfecture, services sanitaires, procureurs, ministres), celle du monde paysan et de ses syndicats d’éleveurs porcins au sein de la F.D.S.E.A. des Côtes d’Armor ; celle des lobbies bretons soutenus par un Jean-Yves Le Drian qui n’en sort pas grandi (sans jeu de mots puisque le président de la Région Bretagne est toujours représenté par un personnage minuscule et une sorte de marionnette!)

De la négation du problème au nom de l’activité agricole et touristique à sa lente prise en compte, le livre est construit comme une enquête policière : une enquête passionnante, préoccupante face aux dénégations et aux mensonges d’État, qui doit se lire avec lenteur alors que l’on est parfois pressé de connaître la suite.

Le graphisme, ici et là a minima mais volontairement réaliste à travers la silhouette croquée des acteurs, avec ses couleurs appuyées autour des bleu-vert, est bien au service d’un texte parfois un peu envahissant en dépit de la respiration proposée par quelques pleines pages très bien venues à travers le parti-pris de leur composition, de leurs coloris et de leurs sujets. Et même si, par souci didactique, quelques retours en arrière rompent un peu le fil du récit, il faut prendre connaissance urgemment de cette B.D. très originale, engagée, essentielle face à une situation qui ne s’est pas toujours véritablement améliorée.

Alain Cabantous

Les algues vertes : 30 ans déjà !

Comme le rappelle Alain Cabantous, 30 années se sont écoulées depuis l’émergence préoccupante des algues vertes sur le littoral breton.

Le prix BD 2020 des Mémoires de la Mer a un premier mérite : celui de nous rafraîchir la mémoire ! Et, ce faisant, de chercher à comprendre les raisons d’une impuissance persistante, enracinée depuis l’origine dans le déni.

Les faits regroupés et mis bout à bout par Inès Léraud parlent d’eux-mêmes et constituent un implacable réquisitoire contre l’inaction malgré tous les signaux d’alerte, sans qu’il soit forcément besoin d’en appeler à l’efficacité du « lobby breton ».

Au demeurant, si les marées vertes se sont enracinées en Bretagne, elles s’étendent aujourd’hui bien au-delà du seul littoral breton .

La BD Algues Vertes est donc un achat de première nécessité en Bretagne et ailleurs !

Puisse t’elle devenir le livre de chevet des responsables publics et infirmer le propos de l’économiste américain John Kenneth Galbraith, selon lequel « en politique, rien n’est plus admirable que d’avoir la mémoire courte. »

Benedict Donnelly

« Règlement de comptes autour du monde » !

Le commentaire d’Olivier Le Carrer sur le dernier livre de Romain Bertrand  » Qui a fait le tour de quoi »

Olivier Le Carrer commente librement ici le dernier livre de Romain Bertrand, lauréat en 2013 du prix des Mémoires de la Mer pour « L’histoire à parts égales »

Publié en début d’année aux Éditions Verdier, le nouveau livre de Romain Bertrand – lauréat des Mémoires de la Mer 2013 avec l’excellent ouvrage L’histoire à parts égales – nous propose un programme stimulant : Qui a fait le tour de quoi ? L’affaire Magellan. L’affiche est belle mais le contenu risque de laisser le passionné sur sa faim. Car si l’auteur fustige au passage les publications qui « ont éclos par dizaines » à l’occasion du cinquième centenaire de l’expédition Magellan sans pour la plupart ajouter à la connaissance du sujet, le compliment pourrait, hélas, lui être retourné : hormis un ton résolument polémique, son ouvrage n’apporte pas grand chose qui ne soit déjà connu.

L’argument du livre tient pour l’essentiel dans la bonne vieille recette du « on vous a menti, voici la vérité sur Magellan ». La démonstration ne manque pas de brio mais semble déconnectée du réel, les idées reçues qu’elle entend dénoncer n’ayant plus guère de consistance. Quel amateur d’histoire ignore encore que le profil de Magellan tenait davantage de l’affairiste impulsif que de l’explorateur au grand coeur ou du navigateur de génie et que le tour du monde ne faisait pas partie de ses objectifs ? De nombreuses publications ont avant celle-ci exploré de façon pertinente les tenants et aboutissants du projet de Magellan. Pour ne citer que l’une des plus populaires, Le Voyage de Magellan – publié par les éditions Chandeigne il y a déjà plus de dix ans ! – offre en deux tomes une synthèse très complète du sujet, ne laissant rien dans l’ombre des ambiguités du personnage.

Hormis cette ruse de tabloïd, le lecteur pourra trouver lassante la hargne avec laquelle Romain Bertrand cogne sans nuance sur les équipages espagnols et portugais, les faisant passer à longueur de pages pour des abrutis ne comprenant rien à l’organisation du monde, incapables de s’intéresser à la nature et aux populations rencontrées. Histoire à parts égales ou règlement de comptes ?

Regrets encore que cette instruction à charge abuse des raccourcis : quand par exemple l’auteur convoque l’Histoire naturelle et morale des Indes, publiée en 1590 par José de Acosta, pour évoquer les doutes sur le bilan de l’expédition (« Le détroit que Magellan trouva dans la mer du Sud, certains pensaient qu’il n’existait pas, ou bien qu’il s’était refermé. »), dommage qu’il n’ait pas jugé bon de faire figurer la suite de la citation qui donne une tout autre couleur au propos, le jésuite n’utilisant cette entrée en matière que pour réaffirmer la réalité du détroit et son intérêt.

Les amateurs de navigation se désoleront pour leur part que l’auteur soit parfois fâché avec la géographie et les réalités maritimes. Non, les navigateurs de l’époque ne se demandent pas « s’il faut trois mois ou trois ans » pour traverser la mer du Sud. S’ils ne peuvent encore déterminer avec précision leur longitude en mer, ils disposent de suffisamment de coordonnées connues en Asie pour avoir une bonne approximation de la distance à parcourir.

Non, l’expédition ne passe pas « près de trois mois à explorer, en vain, l’embouchure et les alentours du Rio de la Plata en quête du chenal menant de l’Atlantique au Pacifique ». Dans la réalité, la flotte croise là moins d’un mois avant de continuer à descendre vers le sud. Tout « abrutis » qu’ils soient, les marins avaient vite compris que cette eau de plus en plus douce ne pouvait correspondre à un passage entre deux océans…

À ces écueils s’ajoute un curieux décrochage de la chronologie entre les épisodes 2 et 3, qui a l’inconvénient de sortir complètement la fameuse mutinerie de la baie de San Julian de son contexte, à savoir le long hivernage de la flotte.

Reste à mettre au crédit de l’auteur un regard toujours instructif sur l’Asie du Sud-Est – l’un de ses sujets de prédilection – avec de passionnantes peintures des sociétés locales.

.A suivre avec la publication du prochain numéro de la revue « L’Histoire »

La marine chinoise dépasse pour la première fois la marine des Etats-Unis !

Le commentaire d’Alain Frachon, éditorialiste au Monde, auteur avec  Alain Vernet de « La Chine contre l’Amérique » chez Grasset.

« On ne fera pas le reproche au Pentagone de sous estimer l’adversaire. Après tout, le budget de la maison en dépend. Dans l’appréciation des forces concurrentes, les Etats-Unis ont en général plutôt tendance à la surestimation. C’est de bonne guerre, dira-t-on. Mais même en tenant compte de ce tropisme au grossissement de la menace, le rapport que le ministère de la défense américain a soumis en septembre au Congrès contient cet élément-clé : pour la première fois, la marine de guerre chinoise dépasse celle des Etats-Unis. Présentation comptable : 350 bâtiments côté chinois, contre 293 côté américain. La flotte de combat de l’Empire du Milieu est la première du monde.

C’est une date, un marqueur de l’époque. Comme 1910 l’avait été lorsque la flotte de l’empereur Guillaume II d’Allemagne, un militariste impulsif, avait surclassé celle de la Grande Bretagne, laquelle était alors la première puissance mondiale. S’interrogeant sur le mystère du déclenchement de la Grande Guerre (1914-1918), nombre d’historiens voient aujourd’hui dans l’avènement de la prépondérance maritime de l’Allemagne l’une des causes structurelles du conflit qui allait suivre. La puissance établie – Londres – ne pouvait longtemps coexister en paix avec la puissance montante – Berlin. 

Alors « Rule China » comme on disait « Rule Britannia » du temps où la Royal Navy dominait les mers ? Pas si vite, disent les experts en affaires maritimes. La force d’une marine de guerre ne se juge pas à la seule aune du nombre de ses navires. Comptent aussi la qualité, le tonnage, l’expérience, celle du feu, notamment ; l’entrainement ; les capacités portuaires, l’accompagnement logistique ; la protection aérienne – bref, tout ce qui permet la projection d’une force d’un point à l’autre du globe et assure son éventuelle aptitude au combat. Autant de critères qui autorisent à nuancer le propos du Pentagone : l’US Navy n’est pas forcément surclassée.

Faisons les comptes. La Chine peut tabler sur 130 gros bâtiments de surface, dit le rapport. Elle alignera bientôt trois porte-avions (11 unités pour les Etats-Unis), nombre de vaisseaux d’assaut amphibie (qui inquiètent particulièrement Taïwan), 65 à 70 sous marins. La Chine s’appuie sur une capacité en matière de chantiers navals qui est sans doute la première au monde. Elle dispose aussi d’une industrie d’armements de grande classe à laquelle sa marine doit d’être équipée en missiles dernier cri. L’ambition affichée de Pékin est de s’assurer une domination sans pareille dans le Pacifique occidental – elle revendique en ces eaux une souveraineté territoriale absolue, mais que lui contestent la plupart de ses voisins.

La Chine accroît d’année en année le nombre de facilités portuaires sur lesquelles elle peut compter, dans le Pacifique bien sûr, mais aussi dans l’océan indien et en méditerranée. Cette toile de points d’appui est en progression constante, mais elle est loin de rivaliser avec la densité et l’universalité du réseau des alliances militaires des Etats-Unis.

Pékin a la première marine du monde, assurément, pas forcément – ou pas encore – la plus puissante. Mais la Chine a le sens du temps long. Sur terre et en mer. »

Alain Frachon

Le palmarès des Mémoires de la Mer 2020

– Prix du livre : « Errances » d’Olivier Remaud au Éditions Paulsen

Lire ci-dessous le commentaire d’Alan Cabantous lors de la soirée de remise des prix samedi 26 septembre au Théâtre de la Coupe d’Or à Rochefort

– Prix de la BD  : « Algues vertes; l’histoire interdite » d’Inès Léraud et Pierre VanHove aux Editions Delcourt

Commentaire à venir

– Prix du film : Poisson d’or, poisson africain » de Thomas Grand et Moussa Diop , produit par Zideoprod

Commentaire à venir.

Le regard d’Alain Canbatous sur « Errances » d’Olivier Remaud, prix des Mémoires de la Mer 2020

Voici un ouvrage concis consacré aux deux grandes expéditions du marin danois Vitus Bering ((1681-1741) vers l’extrême Sibérie afin de découvrir et de rechercher un passage voire une continuité avec le continent américain.

Il ne s’agit pas vraiment d’une biographie classique puisque les années danoises, celles de son enfance puis la période où il suit son demi-frère au sud de l’Inde comme sa carrière d’inspecteur des douanes sont assez vite expédiées. C’est d’abord et surtout autour de son engagement au service des tsars de la sainte Russie, et Pierre le Grand en tout premier lieu, que le livre s’attache. Les minutieuses préparations (aux descriptions très précises des épissures aux manœuvres d’appareillage lors du départ d’Okhotsk), les interminables étapes de négociations politiques qui précèdent la concrétisation des projets, les non moins longs cheminements à travers la Sibérie avant de pouvoir atteindre la mer d’Okhotsk et de partir enfin vers l’est et les îles Kourile font de la ténacité un ressort efficace pour le récit. Ces chapitres étant parfois entrecoupés de digressions souvent heureuses sur l’état d’esprit de Bering, sur ses ressentiments à l’endroit de l’Amirauté de Saint-Pétersbourg, sur ses ambitions ou ses déconvenues.

Ce qui frappe encore, notamment au regard de nos habitudes contemporaines et parce qu’Olivier Renaud sait très bien en jouer, c’est la lenteur à travers la longue durée des expéditions rapportée  à l’aune d’une vie du XVIIIe siècle. Cinq ans pour la première interrompue en 1731 après avoir tenté la descente des fleuves (dont la Kalima) ; huit pour la seconde où Bering, qui perd un navire dans les brouillards, réussit enfin exploré la côte américaine avant d’achever sa vie, terrassé par le scorbut, sur un îlot des Kourile. Les trente dernières pages sur les tempêtes, la lutte contre les maladies, les privations, le débarquement en catastrophe sont d’ailleurs de tout beauté.

Le livre propose aussi un ensemble de réflexions sur les antagonismes, plus culturels que politiques, qui rythment les relations sociales de Bering. La routine de l’administration contre la soif de l’aventure ; les connaissances de salon contre l’expérience de terrain avec, en corollaire, les prétentions des savants contre le réalisme parfois brutal des navigateurs ; la supposée supériorité russe contre la « barbarie » de ces peuples du Kamchatka que Bering contribua à défendre et à protéger. 

Pour ce faire, le travail est bien servi par des chapitres courts et incisifs souvent, par des descriptions très bien menées. On pense en particulier aux paysages naturels dépeints (la perception de l’aurore boréale par exemple), et plus encore à ces scènes poignantes et sanguinaires du massacre massif d’animaux : les canards et par deux fois les renards. Bien servi encore par un sens aigu de la formule au sein de phrases brèves, elles aussi, qui paraissent contrebalancer cet apparent étirement des actions. Ainsi la  saisie en pied de Bering : « un bon mètre quatre-vingt de ténacité » ou « Il aimait commander car il aimait obéir » ; s’agissant du scorbut mortifère « pas un n’échappait au surgissement incongru de son squelette » ; et pour décrire la tempête : « La guerre passait dans les nuages ». 
Une bien belle invitation au voyage sans trop savoir quand même à quel livre nous avons affaire : un livre d’histoire qui emprunte quelques raccourcis et  contient quelques manques chronologiques que nous devrions retrouver… juste s’il en était besoin? Une biographie rien moins qu’originale ? Un ouvrage de topographie littéraire où les  étendues répulsives et sans bornes de la taïga le disputent aux conditions hostiles de l’hiver et aux agressions de la mer ? Un essai sociologique ancré dans le réel du froid, de l’inconnu, du sacrifice, des petites chicanes et des grandes jalousies, questionnant des échecs devenus salvateurs ? Un peu tout cela à la fois et ce sont ces ambiguïtés soutenues qui rendent cette lecture aussi heureuse que troublante.

Saint Tropez, Le Croisic, Propriano… : les rendez-vous de la rentrée sur le littoral !

A Saint Tropez, ce week-end des 12 et 13 septembre, troisième édition de la Journée des Océans, un ensemble d’événements, de rencontres, de projections autour de la protection des océans.

A côté d’une opération de grande envergure de ramassage des déchets sur l’ensemble du Golfe de Saint Tropez, première édition d’un nouveau festival de films sur la mer.

Les films projetés :

  • « The Blue Quest »
  • « Diable de mer »
  • « La collecte des mégots de cigarette à Marseille »
  • « Au nom du requin »
  • « Plastic Odyssey »
  • « Watt the fish »
  • « Diable de mer
  • « How to change the world »

A Propriano en Corse du Sud, du 12 au 14 septembre, deuxième édition du Festival LittOral – Trois jours de rencontres et d’échanges autour de la littérature et de la mer.

« Rencontres d’écrivains homériques, expositions de talismarins, films hypnotiques, performance oraculaire, théâtre de poisson parlant, lectures flottantes, atelier de dégustations divines et autres tressages magnétiques !

La seconde édition du Festival LittOral toujours aussi hydrophile sera consacrée aux mystères de la mer.

Ces Arcani di Mari seront encrés dans les matières écrites mais imbiberont aussi les écrans, les voix, les toiles, les photos de nos littéralistes… « 

Présentation du Festival par ses initiateurs

https://www.festivalittoral.com/programmation

https://www.corsevent.com/categories/fetes/evenement/68805-festival-littoral-propriano

Au Croisic, les 3 et 4 octobre prochains, 24 ème édition du salon du livre Plumes d’Equinoxe, dédié depuis l’origine aux thèmes maritimes.

Après « les écrivains et la mer » en 2015, « La plaisance » en 2016 ; « Jules Verne et la mer » en 2017, « Mer fragile, mer nourricière » en 2018; « la mer et l’Histoire » en 2019, en 2020, le thème retenu est : « La mer, refuge et aventure » et le président de cette édition sera Patrick Poivre d’Arvor.

L’Hermione et … Saint Exupéry …

Au coeur de l’été, Benoît Garcia, membre du Conseil Economique, Social et Environnemental m’a envoyé deux citations extraites de Citadelles, un livre posthume d’Antoine de Saint Exupéry, publié en 1948, en forme de clin d’oeil à l’aventure de l’Hermione.

Avec son autorisation, je les reproduis ici en souvenir de la première sortie de l’Hermione, il y a six ans presque jour pour jour.

© Crédit photo : XAVIER LÉOTY Sud-Ouest le 7 septembre 2014

« Celui-là tissera des toiles, l’autre dans la forêt par l’éclair de sa hache couchera l’arbre. L’autre, encore, forgera des clous, et il en sera quelque part qui observeront les étoiles afin d’apprendre à gouverner. Et tous cependant ne seront qu’un. Créer le navire ce n’est point tisser les toiles, forger les clous, lire les astres, mais bien donner le goût de la mer qui est un… »

 » Il est bon que je vous contraigne de bâtir, d’un voilier qui ira sur la mer, la coque, les ponts et la mâture, puis que dans un beau jour, comme un jour de mariage, je vous le fasse habiller de voiles et offrir à la mer. Alors le bruit de vos marteaux sera cantique, votre sueur et vos ahans seront ferveur. Et votre lancée du navire sera geste miraculeux car vous aurez fleuri les eaux. »

Antoine de St Exupéry

Benedict Donnelly

Piraterie : le choc des BD !

Hasard des programmations : durant ce mois de septembre, deux festivals de BD ont choisi de mettre à l’honneur deux regards très différents sinon oppposés sur la piraterie.

A Rochefort, le festival Roch’fort en Bulles qui s’est déroulé les 5 et 6 septembre dernier a accueilli Frank Bonnet, l’auteur, avec le scénariste Marc Bourgne, des Pirates de Barataria, une série démarrée il y a déjà dix ans, qui en est à son 12ème tome !

L’histoire suit les aventures des pirates français Jean et Pierre Laffite.
Jean Lafitte, né dans les années 1770-1780 dans le Sud-Ouest de la France ou peut-être à Saint-Domingue, et mort vraisemblablement entre 1823 et 18271, est un flibustier français qui écumait le golfe du Mexique au début du xixe siècle.

Il crée son propre « royaume de Barataria » dans les marais et les bayous près de La Nouvelle-Orléans afin de contrôler l’embouchure du Mississippi après l’achat de la Louisiane en 1803, avec sous ses ordres plus de mille hommes. Son soutien au général américain Andrew Jackson fait basculer la bataille de La Nouvelle-Orléans, en 1815. Il prend part au trafic des esclaves, alors interdit. Son frère Pierre et lui fondent ensuite Galveston, premier port cotonnier du Texas, où ils espionnent au service de l’Espagne contre les révolutionnaires mexicains entre novembre 1815 et juin 1816, selon les archives espagnoles à Séville2. De nombreux sites en Louisiane et au Texas portent son nom.

Wikipedia
Les pirates de Barataria

Commentaire à venir sur le site des Mémoires…

Pour mémoire, le récit par Georges Blond des aventures de Jean Laffite, paru en 1985 chez Albin Michel, un récit qui s’appuie sur le Journal de Jean Laffite découvert en 1948, un journal dont l’origine est controversée.

Moi, Laffite

Autre regard sur la piraterie dans le cadre du Festival BD à Bastia

BD à Bastia, organisé depuis 1994 en avril par l’association culturelle corse Una Volta, a décalé cette année sa manifestation en septembre et novembre. Elle accueille dimanche 20 septembre les deux auteurs d’une BD qui prend le contre-pied des récits traditionnels sur la piraterie :

Portrait d’un buveur de Ruppert et Mulot, associés à l’artiste flamand Olivier Schrauwen

« Vous connaissez des pirates leur version hollywoodienne ou les épopées maritimes de Stevenson ? Oubliez ces images. Voici le vrai mythe du pirate : menteur, voleur, lâche, vulgaire. Guy est un de ces spécimens, véritable gibier de potence comme il en exista réellement. Il nous raconte son histoire en bagarres et bitures, sans aucun état d’âme. Guy est un pirate, et de la pire (la vraie !) espèce : sans état d’âme, sans morale, sans couilles. Un obscur membre d’équipage, menteur comme il respire, ivrogne, voleur, paresseux. Loin des mythes littéraires ou des images de cinéma, Guy est un authentique gibier de potence, un horrible spécimen dont ne parlent pas les livres d’Histoire et qui s’approche pourtant davantage de la figure véridique du pirate que ses ersatz habituellement répandus dans la culture. Et Guy nous raconte son histoire, sa terrible et fastidieuse poésie entre bagarres, batailles et bitures, à courir les jupons, à rouler sous les tables et à trancher des cous.
Ruppert et Mulot, têtes de proue de la bande dessinée indépendante contemporaine, s’associent à leur pendant flamand Olivier Schrauwen pour tirer à boulets rouges sur les codes du genre. Ce récit psychédélique, haut en couleur et en dérision, réunit les plus grandes qualités plastiques et narratives de ces trois flibustiers du strip. »

Présentation du livre sur le site des Editions Dupuis

Samedi 27 septembre au soir : soirée des Mémoires de la Mer 2020 au Théâtre de la Coupe d’Or à Rochefort

A l’initiative du Centre International de la Mer, de l’Association Hermione-La Fayette, avec le soutien du Musée National de la Marine, les prix des Mémoires de la Mer récompensent chaque année depuis 15 ans des auteurs de livres, de bandes dessinées et de films (documentaires ou de fiction) , qui racontent « les mondes” de la mer.

Dotés de 500 € chacun, ces prix veulent encourager les historiens, romanciers, dessinateurs, réalisateurs à raconter et enrichir la connaissance de l’aventure humaine de la mer.Ils sont décernés par des jurys réunissant des écrivains, des réalisateurs, des journalistes et des acteurs du monde culturel maritime, à des livres, BD et films documentaires édités ou diffusés durant l’année précédente.

En 2019, pour la première fois depuis la création des Mémoires de la Mer, la soirée de remise des prix s’est intégrée dans un programme de deux jours de débats, de projections, de lectures, de rencontres entre le grand public et des auteurs et des réalisateurs qui ont enrichi notre regard sur la mer, ses défis d’hier et d’aujourd’hui, et mis en valeur le patrimoine culturel et artistique associé à l’univers maritime. C’est à Fécamp, autrefois premier port morutier français que s’est déroulée la première édition du Festival des Mémoires de la Mer.

Le contexte sanitaire n’a pas permis d’organiser en 2020 la deuxième édition du Festival. Du coup, les partenaires des Mémoires ont choisi de donner un relief particulier à la soirée de remise des prix qui se tiendra pour la première fois, à Rochefort, le site « historique » des Mémoires, le samedi 26 septembre. Grâce au soutien de la municipalité de Rochefort, cette soirée se déroulera dans un lieu d’exception ; le théâtre de la Coupe d’Or, un théâtre à l’italienne du 18ème siècle.

La soirée accueillera les auteurs et réalisateurs sélectionnés pour les prix des Mémoires 2020 et en dévoilera en direct le palmarès.

Benedict Donnelly