Actualités

Mis en avant

Montrer la richesse et la diversité des expressions culturelles et artistiques en lien avec l’univers maritime

Annoncer – et si possible commenter –  les sorties de livres, de bandes dessinées, de films qui enrichissent notre regard sur l’océan, ses défis d’hier et d’aujourd’hui ;

Susciter curiosité et intérêt pour les festivals, les rencontres, les expositions organisées partout en France tout au long de l’année :

… C’est l’ambition de cette rubrique qui souhaite se nourrir et s’éclairer de vos contributions. 

Festival des Mémoires de la Mer : un collectif de choc pour la présentation du programme de l’édition 2024 !

Emmanuel de Fontainieu, le directeur du Centre International de la Mer, avait réuni mardi 7 mai en fin de matinée à la Corderie Royale de Rochefort, un collectif de choc autour de lui et de Benedict Donnelly (en duplex) pour présenter le programme de la 4ème édition du Festival des Mémoires de la Mer dédiée aux Profondeurs :

  • Charlotte Drahé, l’administratrice du Musée de la Marine de Rochefort;
  • Anne-Gaëlle Verdier,  directrice adjointe du Pôle Protection de la Nature à la Ligue pour la Protection des Oiseaux;
  • Julie Bertrand, directrice du Parc Marin de l’estuaire de Gironde et des pertuis charentais;
  • Gilles Maumy, organisateur du Festival culinaire Vivre(s) la Mer ;
de gauche à droite : Emmanuel de Fontainieu, Gilles Maumy, Julie Bertrand,  Anne-Gaëlle Verdier et Charlotte Drahé 

Une présence bien plus que symbolique qui témoigne de l’enracinement du Festival à Rochefort et sur le littoral charentais.

Arnaud Dautricourt, Joelle Bacot-Richard, Ariane Léandri et Pascale Pélisson, de l’équipe du CIM entouraient aussi Emmanuel de Fontainieu.

Tous les intervenants ont souligné la singularité du Festival et la complémentarité de leurs apports, sensibles dans la présentation du programme du Festival.

4ème édition du Festival des Mémoires de la Mer 31 mai/2 juin 2024 Rochefort : Profondeurs !


Téléchargez le dossier de presse

Téléchargez le programme


« Profondeurs »

 4ème édition du Festival des Mémoires de la Mer

31 mai / 2 juin 2024, Rochefort et l’île d’Aix en Charente Maritime.

Pour sa 4ème édition, le Festival des Mémoires de la Mer a choisi d’explorer un monde à part, le monde sous la mer, de la surface aux abysses.

Avec ses héros du quotidien – sous-mariniers, plongeurs professionnels, apnéistes…, avec les aventuriers des plongées profondes et les fondus de l’image sous-marine ;

Avec les professionnels, les militants, les scientifiques, les industriels, les militaires confrontés aux enjeux, aux défis et aux menaces du monde sous-marin d’aujourd’hui ;

Avec les artistes, les écrivains, les cinéastes qui ont, hier comme aujourd’hui, puisé leur inspiration dans l’univers des profondeurs.

Nos choix :

Rochefort bien sûr ! 

Une ville créée pour la mer et qui en fait vivre toute l’année la mémoire et les enjeux avec le Centre International de la Mer de la Corderie Royale, le Musée National de la Marine, le Conservatoire National du Littoral, la Ligue pour la Protection des Oiseaux..

Une ville qui a donné naissance,  en 1863, au premier sous-marin français, le Plongeur, le sous-marin qui a directement inspiré le Nautilus de 20 000 lieues sous les mers.

Une ville qui se met toute entière, pendant 3 jours, au cœur des profondeurs sous-marines :  le festival s’organise dans 9 lieux proches les uns des autres à Rochefort, autorisant des déplacements piétonniers. 

Une ville qui s’ouvre sur son littoral avec un dimanche matin hors les murs vers l’île d’Aix / fort Liédot. 

Une approche singulière :

un Festival « inclassable » ouvert à toutes les approches, privilégiant la confrontation des regards et le mélange des genres, du divertissement à la réflexion, ouvert sur l’avenir en s’appuyant sur l’histoire et la mémoire

Un Festival qui fête sa 4ème édition mais qui s’appuie sur une histoire de plus de 20 ans , celle des prix des Mémoires de la Mer du livre, de la bande dessinée et du film documentaire.

Une démarche collective :

Coproduit par l’association du Festival des Mémoires de la Mer et le CIM-Corderie Royale avec l’aide du Musée national de la Marine, le Festival 2024 des Mémoires bénéficie du partenariat de l’OFB – Parc naturel marin et des collectivités territoriales. 

Il est soutenu par Armor Lux, France Bleu, l’hôtel Mercure, la LPO, la Marine Nationale, la Résidence de l’Arsenal Royal. Il bénéficie aussi de l’amicale complicité du Festival culinaire Vivre[s] la mer.

 Un festival ouvert à tous :

Un festival d’accès libre :

le Festival 2024 des Mémoires est d’accès libre et gratuit (sauf la soirée musicale du 31 mai), dans la limite des places disponibles.

Un festival ouvert à tous les publics : des fans de BD, mangas, jeux vidéo aux passionnés de littérature et d’histoire, et à tous ceux qui veulent en savoir plus sur les enjeux et les défis scientifiques, écologiques, stratégiques des profondeurs sous-marines aujourd’hui et demain.

Au programme du Festival :

L’émerveillement avec une sélection de films sur le monde sous-marin, les richesses de la vie animale et végétale, les trésors engloutis …  

  • 8 films en projection libre (dont 4 pour les scolaires à l’Apollo 8), des rencontres avec des spécialistes de l’image sous-marine et des réalisateurs. Notamment lors de la projection du film lauréat du prix Mémoires de la mer 2024 (2 juin,11h, à la LPO),
  • focus sur des sites sous-marins qui débordent de vie : le canyon sous-marin – le fameux « Gouf »- de Capbreton (31 mai, 15h45, CIM), les pertuis charentais en « Immersions » avec l’équipe du Parc naturel marin (2 juin,10h30, fort Liédot / île d’Aix), 
  • quelques plongées exceptionnelles : à la rencontre des cachalots (31 mai, 20h30 à la Coupe d’Or) ou sur l’épave localisée « la plus profonde du monde » (1er juin, 15h15, CIM),

Des rencontres d’exception avec les aventuriers, les explorateurs et les professionnels du monde sous-marin : 

  • 51 invités cette année ! Dont quelques initiés fameux dans la pratique des profondeurs : Guillaume Néry, recordman du monde en apnée (en visio 1er juin,14h, CIM), Jérémie Morizet, le Français « le plus profond du monde » (en visio 1er juin, 15h45, CIM), Ronan Coiffec, créateur du jeu vidéo Under the wave (2 juin,11h, Pièce à Café),
  • une rencontre-métier : « Plongeurs : un monde à part » pour échanger avec des professionnels représentant la plongée « secours », les travaux portuaires et sous la mer, la plongée scientifique ou militaire, la formation, etc, (1er juin, 10h30, CIM)
  • des dédicaces : avec des auteurs de BD au marché de Rochefort (1er juin, 10h face au musée Hèbre), 11 auteurs en signature qui se relaieront dans le hall du CIM (1er juin, 13h30 – 17h)

La réflexion et le débat sur les enjeux, les défis et les menaces liés à l’occupation humaine du monde sous-marin et des profondeurs avec quatre grandes rencontres-débats : 

  • « Que faire pour une pêche plus durable ? », en partenariat avec le Festival culinaire Vivre[s] la mer (31 mai, 14h30, restaurant Vivre(s),
  • « Epaves sous-marines : l’autre conquête des profondeurs », projection puis débat avec des archéologues et des spécialistes (31 mai, 16h00, La Pièce à Café),
  • « Les abysses, nouvel eldorado ou bombe à retardement ? » : connaissance des grands fonds, géostratégie et défis du futur (1er juin,14h30, hôtel Mercure), 
  • « Occupation des fonds marins, la planète en ébullition ! » : exploitation et développement des activités humaines, en particulier les câbles sous-marins (1er juin,17h, hôtel Mercure),

Des rendez-vous et des échanges sur l’inépuisable ressource des profondeurs marines pour doper l’imagination et la création culturelle : 

  • La conférence d’un spécialiste des populations littorales et maritimes : « L’océan et ses monstres. Une écriture du risque maritime (XVe – XXe siècle », par Alain Cabantous (1er juin, 17h15, CIM),
  • Une soirée-spectacle sur le monde des cachalots, « Le retour de Moby Dick », création librement inspirée d’un livre du plongeur François Sarano, avec images projetées, textes et musique (Payant – Tout public à partir de 9 ans – 31 mai, 20h30, théâtre de la Coupe d’Or)
  • Un grand débat sur les profondeurs en littérature, BD, mangas, cinéma, musique, jeux vidéo : « de Jules Verne à James Cameron… ils ont créé un nouveau monde ! » (1er juin,11h, hôtel Mercure)

Le partage d’expérience avec des créateurs :

  • Deux masterclass :
    • Avec Olivier Poivre d’Arvor autour de son dernier roman (1er juin, 14h, Ancienne Ecole de Médecine Navale),
    • Avec les concepteurs indépendants de jeux vidéo de Parallel Studio (2 juin, 11h, La Pièce à Café),

Deux ateliers

  • « L’imaginaire des profondeurs dans la BD et les mangas » (2 juin, 9h30, CIM),
  • « L’imaginaire des profondeurs au cinéma » (2 juin, 14h15, CIM)

Nouveauté 2024 : une immersion exceptionnelle dans les fonds sous-marins charentais…. 

Le Festival des Mémoires de la Mer, pour la 1ère fois, propose un déplacement vers  l’île d’Aix (au fort Liédot) pour une découverte en avant-première « d’Immersions », scénographie par l’image conçue comme une plongée sans combinaison ni bouteille dans la diversité des fonds marins des pertuis charentais. 

Visite suivie d’un débat avec l’équipe de conception du projet pilotée par le Parc naturel marin Estuaire de la Gironde et mer des Pertuis, partenaire du festival (2 juin, 10h30 au fort Liédot – Ile d’Aix).

Et toujours…

Un programme enrichi pour les scolaires : 

  • 3 projections suivies d’échanges pour les collégiens et lycéens de Rochefort (31 mai, 9h, cinéma Apollo 8), 
  • un concours de lecture à voix haute de textes littéraires, 
  • des ateliers sur le thème des profondeurs organisés en partenariat avec le Musée national de la Marine et l’Alhambra Studios (31 mai, 14h)

La grande soirée de remise des prix 2024 des Mémoires de la Mer :

La soirée sera placée sous le signe de 20 000 lieues sous les mers.

  •   Attribution des prix du livre, de la BD, du film documentaire maritimes.
  • Résultats du concours de lecture à voix haute destiné aux jeunes.

En présence des sonneurs du Bagad de Lann-Bihoué, partenariat de la Marine Nationale. (1er juin, 20h, cinéma Apollo 8)

La sélection des Mémoires de la Mer 2024 : les bandes-dessinées en compétition.

La remise des prix des Mémoires de la Mer 2024 aura lieu le samedi 1er juin prochain à Rochefort en Charente Maritime à l’occasion de la 4ème édition du Festival des Mémoires de la Mer, dédiée aux Profondeurs.

Les Bandes-Dessinées sélectionnées pour l’édition 2024 :

La sélection des Mémoires de la Mer 2024 : les livres en compétition.

La remise des prix des Mémoires de la Mer 2024 aura lieu le samedi 1er juin prochain à Rochefort en Charente Maritime à l’occasion de la 4ème édition du Festival des Mémoires de la Mer, dédiée aux Profondeurs.

Livres sélectionnés pour l’édition 2024 :

La sélection des Mémoires de la Mer 2024 : les films documentaires en compétition.

La remise des prix des Mémoires de la Mer 2024 aura lieu le samedi 1er juin prochain à Rochefort en Charente Maritime à l’occasion de la 4ème édition du Festival des Mémoires de la Mer, dédiée aux Profondeurs.

Les films sélectionnés pour l’édition 2024 :

Du 31 mai au 2 Juin 2024 à Rochefort et sur l’île d’Aix en Charente Maritime : 4ème édition du Festival des Mémoires de la Mer !

A retenir dès maintenant sur vos agendas : du 31 mai au 2 Juin 2024, 4ème édition du Festival des Mémoires de la Mer.

Une édition dédiée aux Profondeurs, ancrée sur Rochefort et aussi, pour la 1 ère fois, sur l’île d’Aix.

Pour sa 4 ème édition, le Festival des Mémoires de la Mer a choisi d’explorer un monde
à part, le monde sous la mer, de la surface jusqu’aux abysses.

Avec ses héros du quotidien – sous-mariniers, scaphandriers professionnels… – avec
les aventuriers des plongées profondes et les fondus de l’image sous-marine ;

Avec les professionnels, les militants, les scientifiques, les industriels, les militaires
confrontés aux enjeux, aux défis et aux menaces du monde sous-marin d’aujourd’hui ;

Avec les artistes, les écrivains, les cinéastes qui ont, hier comme aujourd’hui, puisé
leur inspiration dans l’univers des profondeurs.

Au programme du Festival

L’émerveillement avec une sélection des plus beaux films sur le monde sous-marin
et les richesses de la vie animale et végétale.

La réflexion et le débat sur les enjeux, les défis et les menaces liés à l’occupation
humaine du monde sous-marin et des profondeurs.

La plongée dans l’imaginaire des profondeurs de Jules Verne à James Cameron,
du roman aux jeux vidéo, aux mangas et à la création musicale.

L’agenda

  • Vendredi 31 mai et Samedi 1 er juin dans tout Rochefort, une multitude
    d’évènements : débats, ateliers, conférences, projections, dédicaces, spectacle musical…
  • Dimanche 2 juin sur l’Ile d’Aix : mise en scène en images de la vie sous-
    marine dans les pertuis charentais.

Contact festival : p.pelisson@corderie-royale.com

Salut à Louis Le Pensec !

C’était un temps déraisonnable. La Mer avait un Ministre avec une sacrée
gueule et de vraies convictions forgées par l’expérience et le travail collectif.

C’était un temps déraisonnable : le politique avait retrouvé en France le
chemin de l’océan.

Avec ses avancées : l’avènement de l’Europe bleue grâce à un
accord historique avec les Anglais ; la conclusion d’un Traité mondial sur le
droit de la Mer ; la reconnaissance de la recherche océanographique ; les
prémices de la loi littoral ; la sauvegarde du patrimoine maritime et le
lancement des grands équipements culturels maritimes.

Avec ses ressacs : la restructuration engagée de notre industrie navale et de notre flotte de commerce, et celle retardée de notre économie portuaire.

C’était un temps déraisonnable. La Mer avait, dans l’Etat, une unité et un
visage.

Ce visage là, nous ne l’oublierons pas !

Benedict Donnelly

Echos musicaux de l’ouverture du Musée de la Marine

Le 18 novembre dernier, la Compagnie Baroque de Michel Verschaeve ouvrait en musique le « nouveau » Musée de la Marine en interprétant au milieu du public devant les tableaux de la série des ports de France de Joseph Vernet des morceaux choisis de musique baroque, spécialement sélectionnés par Michel Verschaeve :

En ouverture, un extrait de la Water Music de Haendel jouée en 1717 dans une barque descendant la Tamise ! Une interprétation qui impliquait une transcription spéciale pour passer de 50 musiciens à 3 !

La Matelote de Marin Marais qui fut un des premiers compositeurs à proposer (dans son opéra Alcione) une véritable Tempête mise en musique et en situation ;

La Follia (ou Folie d’Espagne) de Vivaldi ;

La marche des Matelots extraite d’Alcione de Marin Marais.

Le trio de la Compagnie Baroque était composé de Jérôme Treille, Sabine Dupret et Valérie Boutin

« Naviguer sur les sentiers du vent » d’Olivier Le Carrer


Eloge de l’incertitude en milieu marin.

Incertitude

Le mot revient sans cesse, comme une valeur refuge, sous la plume d’Olivier Le Carrer dans son dernier livre « Naviguer sur les sentiers du vent », dès l’introduction titrée « Le goût de l’incertitude » jusqu’à sa conclusion :

« Naviguer à la voile, c’est se mettre dans une position devenue rare à terre : renoncer à vouloir que tout se conforme à ses besoins pour goûter le plaisir de s’adapter soi-même. Faire ses propres choix sans se laisser dicter sa route par un logiciel et accepter en même temps que cela ne marchera peut-être pas comme prévu. Apprivoiser en somme l’art de composer avec l’incertitude, sans doute le meilleur des vaccins contre cette crise de la sensibilité qui anesthésie nos sociétés. »

Une crise qui n’épargne pas le monde de la voile. Olivier Le Carrer le sait mieux que quiconque, lui qui a essayé durant 40 ans plus de 3000 bateaux pour éclairer les lecteurs de la revue Bateaux.

Cette crise de la sensibilité, l’auteur l’a ressentie très tôt : « Un jour, au milieu des années 1990, en arrivant à la voile dans un lagon (polynésien), je me souviens m’être dit pour la première fois que ça devenait n’importe quoi. »

L’auteur est pourtant économe des coups de gueule mais là trop, c‘est trop ! Au milieu d’un paysage sublime, « beau à pleurer », il est le seul de l’équipage à profiter d’un spectacle somptueux.

« L’entrée du lagon était un peu sinueuse mais franche et à vingt mètres de part et d’autre du bateau les vagues brisaient sur le corail, délimitant aussi sûrement les contours du récif que s’il avait été dessiné sur l’eau… Il s’agissait donc d’une manœuvre très facile à mener et, en même temps bouleversante ; d’un instant à l’autre, sitôt à l’abri, la houle s’évanouit comme par enchantement, il y a plus de 2000 mètres de profondeur juste derrière le bateau, à peine quelques centimètres d’eau sur le corail à droite et à gauche. »

Ce moment magique échappera à tous les autres membres de l’équipage, « agglutinés autour de la table à cartes, à l’intérieur de la cabine regardant le petit voyant numérique se déplacer sur l’écran du GPS et commentant la position du voilier : « c’est bon, là on est juste au milieu », ou « ça tourne un peu, il faudrait peut-être appuyer sur tribord. »

Comment répondre au « défi de la modernité » en préservant l’authenticité de la pratique de la voile et son rapport privilégié à la nature et aux éléments s’interroge Olivier Le Carrer. Une question qui concerne tous les navigateurs, des professionnels de la course au large aux navigateurs par plaisir.

Pour les premiers, les possibilités ouvertes par les évolutions technologiques récentes donnent le vertige.

Pour les courses en solitaire par exemple :

« les outils numériques sont maintenant capables d’autoriser des interventions sur le bateau depuis l’extérieur. Par exemple faire assurer la veille par une personne assise bien au chaud dans un bureau pendant que le coureur se repose, réparer à distance une défaillance automatique ou même prendre la main sur le pilote automatique pour modifier le cap sans être à bord… Perspectives vertigineuses qui méritent sans doute une vraie réflexion tant qu’il est encore temps. »

Pour les plaisanciers, qu’ils soient côtiers ou tourdumondistes, les choses sont plus simples. Car l’auteur nous rappelle cette évidence un peu oubliée, chacun peut exercer son libre arbitre « se noyer dans le numérique, vivre avec les nuages ou s’intéresser un peu à l’un et beaucoup aux autres. Il n’y a pas de fatalité au téléguidage numérique. On peut prendre les bons côtés de la modernité sans se déconnecter de la terre et du ciel. »

Le livre d’Olivier Le Carrer n’est pas un réquisitoire contre la technologie. C’est un appel à un autre savoir, celui de l’observation et de la compréhension des vagues et des vents, du soleil et de la lune, des nuages et des étoiles, des oiseaux et des animaux marins. Ce savoir qui était celui des navigateurs polynésiens qui ont tant fasciné l’explorateur britannique James Cook par leur formidable maîtrise de la navigation au cœur du Pacifique, sans instrument et avec des pirogues à balancier bien peu adaptées à la haute mer.

Son éloge de l’incertitude est un éloge de la connaissance au sens où l’entendait Frédéric Nietzsche dans le Gai Savoir : « Rester au sein de toute l’incertitude, de toute la pluralité merveilleuse de l’existence ».

L’auteur ne se berce pourtant pas d’illusions sur l’écho de son appel à retrouver la part du rêve, à se glisser dans la peau des grands voyageurs d’autrefois, à savoir lire comme eux le ciel et la mer : « l’humain augmenté promis par les oracles ressemble plutôt pour l’heure à un individu diminué dont l’efficacité reste dépendante de ses prothèses électroniques. »

Il relève pourtant quelques motifs d’espoir : le retour aux fondamentaux avec de nouvelles courses au large sans assistance électronique ; la fascination d’aventures hors du commun comme celle des frères Berque, ces jumeaux landais qui réussirent, il y a 20 ans, une traversée de l’Atlantique sans l’aide de carte ni d’aucun instrument (pas même une boussole ni une montre) à bord d’un voilier léger à balancier de 6, 50 mètres de long, construit par eux dans leur maison des Landes ; l’impact de pratiques plus minimalistes, permettant un contact plus direct avec les éléments, comme le kayak et surtout le surf.

Olivier Le Carrer, le « voileux » de toujours, est tombé sur le tard dans la marmite du surf !
« Les premières tentatives de rejoindre le large en ramant sont de nature à secouer – dans tous les sens du terme – le néophyte, quand il faut plonger sous la vague… pour éviter d’être balayé par la crête. Voir cette énorme masse passer à toute vitesse au-dessus de soi, sentir cette puissante pulsion sous-marine qui résonne jusqu’au fond sont des choses qui ne s’oublient pas. Et puis on apprend à lire la vague, à profiter de sa douceur en évitant ses penchants violents. Et on finit par se sentir très bien là. On finit aussi par regarder autrement la mer. »

Regarder autrement la mer : c’est un sacré défi auquel nous invite Olivier Le Carrer dans cette ballade sensuelle nourrie par les mémoires et les savoirs des marins d’hier et d’aujourd’hui.

Benedict Donnelly