Mémoires de la Mer 2025 : Prix du Film, les explications du jury

La soirée de remise des prix des Mémoires de la Mer au Musée National de la Marine, le vendredi 28 mars, a permis aux jurys des Mémoires de commenter le choix des lauréats.

Nous publions ci-dessous les interventions des différents membres des jurys : Alain Cabantous et Laurence Castany pour le prix du film

Mémoires de la Mer 2025 : Prix du Film

Illustration « Les Petits Graviers de Saint Pierre », productions CERCLE BLEU, en coproduction avec FTV et Internep, réalisé par Laurent Giraudineau

https://www.france.tv/france-3/bretagne/la-france-en-vrai-bretagne/6954622-petits-graviers-de-saint-pierre.html

Lors de nos délibérations animées mais fructueuses, se dessine souvent un différend entre les tenants de la forme et ceux qui sont plus sensibles au fond. Avec Petits Graviers, c’est ce dernier, tiré justement du tréfonds de l’amnésie collective, qui a emporté la décision tout en faisant valoir qu’il cadrait bien avec la philosophie et l’objectif des « Mémoires de la mer ».

Ce film retrace un double itinéraire : une quête et une enquête. Quête familiale d’Alexis Goasguen à la recherche de la biographie juvénile de son grand-père. Enquête minutieuse sur un événement puisqu’au-delà de son cas personnel, elle invite le chercheur à se pencher sur une réalité sociale méconnue : les petits graviers.

Autrement dit ces centaines de jeunes garçons, de 10 à 17 ans, venus des campagnes pauvres de l’intérieur de la Bretagne, du pays basque ou de Normandie, qui, chaque année, embarqués sur les morutiers de Bordeaux, Nantes, Saint-Malo ou Fécamp, faisaient route vers Saint-Pierre-et-Miquelon. Sur place, un travail quotidien harassant : laver les morues les jambes dans l’eau, puis les faire sécher continûment sur les graves, avant de les entasser et de transporter leurs lourdes charges ; le tout en subissant des conditions de vie inhumaines des mois durant : mauvaise nourriture et alcool, mauvais logements et discipline de fer.

La recherche historique fut difficile en raison du manque apparent d’archives, hormis quelques listes trouvées dans celles de Brest ou de Saint-Pierre, quelques photos soutenues par le remarquable texte de Charles Le Goffic, observateur lucide mais isolé, ou même la chanson de Boterel, quelques rencontres fructueuses mais, originalité cinématographique, en convoquant les archives paysagères donc la mémoire des lieux : de l’étendue des graves de l’ancienne île aux Chiens (dans l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon) au Mur des disparus de Ploubazlanec qui en porte la trace ténue et un peu énigmatique.

Il ne s’agit donc pas, à travers ce film, de faire pleurer dans les chaumières sur l’exploitation éhontée et à bon compte de cette main d’œuvre enfantine et démunie. Même si le film dégage une véritable et discrète empathie et une réelle humanité.

Il s’agit surtout, avec ce travail, de faire émerger ce pan réaliste et noir de la pêche de la morue, de comprendre les ressorts de cette occultation historique, y compris le silence coupable des Affaires maritimes pourtant si sensibles aux questions sociales durant la IIIe République, afin de le restituer à la fois à l’Histoire et, peut-être Saint-Pierre excepté, de l’intégrer enfin au présent patrimonial des régions françaises concernées, si longtemps complices mutiques.

C’est à cette diversité documentaire et à son bel objectif que le jury a été sensible.

Alain Cabantous
le 28/03/2025

Mémoires de la Mer 2025 : Prix spécial du jury

We the surfers, d’Arthur Bourbon

Le jury a décerné cette année une mention spéciale, qui est attribuée à We the surfers, d’Arthur Bourbon, un film remarquable, très différent des documentaires habituels sur le surf.

C’est l’histoire d’un petit village du Libéria, un des pays les plus pauvres du monde, où le surf a été introduit par la générosité et l’engagement de quelques uns. Et tout a changé dans la vie de ce village :

  • la vie des enfants soldats d’abord, qui y ont trouvé une façon de se reconstruire,
  • la vie économique ensuite grâce à l’activité touristique créée par la mise en place d’un surf club qui emploie les habitants et accueille les surfeurs,
  • les relations entre les habitants, et notamment entre les jeunes adultes et les enfants, entre jeu, apprentissage et transmission,
  • le regard sur la place des filles et des femmes qui se sont mises à pratiquer le surf.

Enfin, la pratique du surf, sur de vraies planches envoyées de tous les coins du monde, ou de simples bouts de bois, a transformé le regard des habitantes sur « leur » océan, désormais à la fois lieu de liberté, de plaisir et de beauté, un espace à préserver.

We the surfers est un très beau film : par ses images, son histoire, mais surtout car c’est un film d’espoir.

Laurence Castany
Directrice du développement culturel et des publics
Musée national de la Marine

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *