« Chaque génération… se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le fera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse »
Alors que se profile chez nous un détricotage méthodique des instruments de protection de la mer et du littoral, le message adressé par Albert Camus, lors de la remise de son Nobel il y a près de 70 ans, est un antidote à l’inaction.
Car, aujourd’hui, les temps sont sombres sur nos rivages.
Sur les algues vertes, après le déni, l’obscurantisme !
Le déni, nous l’avions souligné en remettant en 2020 le prix BD des Mémoires de la Mer à Ines Leraud pour « Algues Vertes, L’histoire interdite »
« Le prix BD 2020 des Mémoires de la Mer a un premier mérite : celui de nous rafraîchir la mémoire ! Et, ce faisant, de chercher à comprendre les raisons d’une impuissance persistante, enracinée depuis l’origine dans le déni. »
Ce déni aura duré 30 ans jusqu’à l’arrêt de la Cour Administrative d’appel de Nantes du 24 juin 2025 qui reconnaît officiellement que la prolifération des algues vertes est dûe essentiellement « aux excédents de nitrates issus des exploitations agricoles intensives » et dénonce publiquement « les carences de l’État dans la mise en œuvre de la réglementation européenne et nationale destinée à protéger les eaux de toute pollution d’origine agricole ».
Le soulagement aura été de courte durée : 15 jours tout juste ! Le 8 juillet, l’Assemblée Nationale adoptait la loi dite Duplomb qui va faciliter la création et l’extension des porcheries industrielles y compris en bord de mer ou à proximité des cours d’eau.
Ce n’est plus du déni, c’est soit du cynisme, soit de l’obscurantisme !
La pétition citoyenne contre la loi Duplomb, votée sans un débat digne de ce nom à l’Assemblée Nationale, est donc particulièrement bienvenue.
👉 https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-3014
Quant à la protection du littoral…
…Qui aurait imaginé qu’il faudrait un jour se mobiliser pour empêcher la disparition du Conservatoire du Littoral ?
Et bien oui, nous en sommes là ! Insidieuse, sous couvert de réforme de l’Etat, la menace n’en est pas moins bien réelle et ce à court terme dans le cadre de la prochaine loi de finances, au moment même où le Conservatoire du Littoral fête ses 50 ans !!!
Le seul regret qu’on pourrait avoir s’agissant du Conservatoire du Littoral, comme d’ailleurs de la loi Littoral, c’est qu’ils sont intervenus un peu trop tardivement pour limiter la bétonnisation et la privatisation de nos côtes, sur la Côte d’Azur entre autres.
Grâce à son action, dans l’Hexagone comme en outre-mer, près de 20% des côtes des mers, océans et grands lacs sont aujourd’hui protégées de façon inaliénable.
Qui peut aujourd’hui raisonnablement penser que les menaces auxquelles répondait la création du Conservatoire – artificialisation, appropriation… – ont aujourd’hui disparu ?
Qui peut nier que les risques liés au changement climatique, que l’érosion du littoral, qui concerne aujourd’hui près de 50 % de nos côtes, imposent le renforcement d’une structure qui a démontré sa capacité à faire travailler ensemble tous les acteurs publics et privés ?
Alors oui, là encore, les pétitions sont aujourd’hui les bienvenues !

Benedict Donnelly