Coïncidence : au moment où s’achève le tour du monde record, à la voile en solitaire, d’Est en Ouest, contre les vents et courants dominants, du breton Guirec Soudée, le journal Le Monde met à sa « une » le journal de bord redécouvert tout récemment à Saint Malo d’une des toutes premières expéditions commerciales françaises autour du monde, d’Est en Ouest, au début du 18ème siècle, un demi-siècle avant les grandes expéditions scientifiques de la Boudeuse et de l’Etoile.
Une coïncidence qui méritait bien un double commentaire !
D’abord sur Guirec Soudée :
Guirec Soudée : la voile à l’endroit !
« Il fait beaucoup de bien à la voile » : comment ne pas être d’accord avec le commentaire de Thomas Coville, une référence du tour du monde à la voile, à l’arrivée de Guirec Soudée samedi 28 mars dernier à Brest après son tour du monde en solitaire record à la voile contre les vents et les courants dominants.
C’est vrai que ça fait du bien d’écouter Guirec Soudée parler de son tour du monde « à l’envers » :
« Sur des courses comme le Vendée Globe, tu fais le tour du monde et, ensuite, tu entends plein de marins dire qu’ils sont passés à côté de plein d’endroits exceptionnels et qu’ils ne se sont jamais arrêtés. Pendant mon Vendée Globe, je suis passé près des îles Kerguelen et cela fait partie de mes plus beaux souvenirs. Là, j’ai vu l’île de Pâques, les Marquises, l’Australie, l’Afrique… Cela me parle, sinon c’est abstrait de faire un tour du monde, de voir juste ton bateau se déplacer sur une carte graphique où tout est virtuel. Voir de tes propres yeux des endroits magiques, c’est une vraie récompense. »
L’enthousiasme de Guirec Soudée fait écho au commentaire publié sur ce site, il y a déjà près de 4 ans :
Sur le tour du monde malouin : celui du Grand Dauphin en 1711, 50 ans avant Bougainville
Le journal Le Monde vient de mettre à sa « une » le journal de bord redécouvert tout récemment à Saint-Malo d’une des toutes premières expéditions commerciales françaises autour du monde, d’Est en Ouest, au début du 18ème siècle, un demi-siècle avant les grandes expéditions scientifiques de la Boudeuse et de l’Etoile.. Bravo au libraire collectionneur malouin pour sa « découverte » du Journal de Bord du Grand Dauphin, bravo aussi au Musée maritime de Saint-Malo qui s’est porté acquéreur du manuscrit.
Pour en savoir plus :
- Le premier voyage réalisé autour du monde par des Français sous le règne de Louis XIV
- Un manuscrit relance l’enquête sur les premiers tours du monde français
Souhaitons que l’indispensable refonte de l’exposition permanente du Musée National de la Marine de Paris, pour répondre aux objectifs assignés par l’Etat lors de sa récente rénovation, et rappelés fin 2013 lors de l’inauguration du nouveau musée par le Président de la République, permette de faire toute sa place à ce pan oublié de notre histoire maritime.
Pour mémoire, ce que nous écrivions sur ce site à cette occasion :
Comment ne pas souscrire aussi au propos d’Emmanuel Macron sur la nécessité d’un regard historique pour saisir l’enjeu des relations compliquées de la France avec la mer.
« La France, absorbée par son épopée continentale, n’a pas toujours accordé à la mer la place qu’elle méritait… Dans les grandes époques, nous avons retrouvé et ré-épousé notre avenir, notre réalité maritime et océanique.
La France du commerce, de l’édit de Nantes, la France conquérante, la France scientifique, la France des recherches, la France ultramarine, la France géostratégique, aime sa mer, la regarde comme un lieu de conquêtes, de savoirs, de passions. La France qui revient sur l’édit de Nantes, qui se replie sur les guerres civiles européennes, qui regarde ces provinces en oubliant qu’elles n’ont de destinée qu’en voyant le monde, est celle souvent qui perd ce supplément d’âme qui est le sien. »
Cette histoire qui mériterait de trouver toute sa place au Musée de Chaillot, c’est aussi, comme le souligne, de manière un peu trop restrictive d’ailleurs, le Président de la République, celle de son « cortège de héros, d’explorateurs, d’amiraux ou d’industriels ».
Un cortège qui pourrait rassembler aussi ces pêcheurs basques, vendéens, bretons qui pêchaient dès le début du 16ème siècle sur les bancs de Terre-Neuve, tout comme ces héros anonymes de la Royale, de la Marine marchande et de la pêche qui ont, en 1940, résisté sur les mers et tant d’autres encore, célèbres ou anonymes, qui mériteraient d’entrer par la grande porte au Palais de Chaillot ! Un cortège où pourraient également prendre place les écrivains célébrés par Simon Leys dans son anthologie de la littérature maritime française.
Nous avions écrit dans notre rapport de 2015 que l’« ancien » Musée de la Marine – qui ambitionnait pourtant de l’être – n’était pas en réalité un musée d’histoire mais un musée plutôt artistique et technique centré sur ses prestigieuses collections de maquettes et de tableaux. Celles-ci sont aujourd’hui présentées dans un superbe écrin : elles méritaient de l’être. Les autres dimensions que portait le projet à l’origine méritent d’y trouver demain toute leur place.
La publication du journal du Grand Dauphin nous invite aujourd’hui à ajouter aux héros d’hier les navigateurs au commerce malouins du début du 18ème siècle