Vendée Globe : le regard d’Hervé Hamon

Nous publions ici avec l'autorisation de l'auteur et du Télégramme la chronique d'Hervé Hamon parue dans le Télégramme du dimanche 26 janvier 2025

Trois petits phares et puis…

Courant d’ère
Hervé Hamon

Disons-le tout de suite : ce billet ne sera pas du goût de tout le monde.

Car moi, qui ai chanté la mer, j’émets des réserves sur l’épreuve du Vendée Globe. Non sur les femmes et les hommes qui l’animent : ce sont de très grands marins qui jouent leur peau, qui affrontent les pires océans, qui font preuve d’un courage excessif – la première règle de la navigation n’est-elle pas d’éviter de prendre des risques inconsidérés ?

C’est la machine qui m’interroge. À commencer par ces bateaux au prix pharamineux et qui se nomment Pastille Valda, Destop-Cola, Convention Obsèques ou Fédération du Tord-Boyaux. La course au sponsor semble presque plus ardue que le passage des cinquantièmes hurlants. Et le retrait de Poulet Cassegrain ou de Marshmallow Solidaire plus catastrophique qu’un foc n°2 déchiré. Il y a là quelque chose qui cloche, à commencer par la vertigineuse inégalité financière entre les concurrents.

Et puis, est-ce bien la vocation des voiliers que de foncer à 70 km/h sur leurs foils ? Je veux bien qu’à titre expérimental, on déguise les navires en avions. Et qu’on étudie, toujours à titre expérimental, les aéronefs plongeurs. Mais est-ce encore de la saine navigation que cette recherche haletante de la vitesse – quand les vagues le permettent ?

La course du Figaro me paraît autrement excitante, mettant en lice des navires identiques où les skippers rusent avec Éole, particulièrement dans la pétole. Plus vite, encore plus vite… ce n’est pas l’avenir, c’est l’ancienne mode.

Est-ce toujours de la navigation que de s’enfermer dans un cockpit et de n’en sortir qu’à l’occasion d’une réparation ? Est-ce décidément de la navigation que de progresser un casque sur les oreilles afin de supporter les chocs terribles de l’eau contre le carbone ? La mer est suffisamment sauvage pour qu’il ne soit point nécessaire de l’ensauvager encore.

Je me souviens de Christophe Auguin, vainqueur d’un Vendée Globe particulièrement assassin en 1997. Avec une pointe d’amertume, haussant les épaules, il me disait : « J’ai fait le tour du monde et j’ai vu trois phares… »

Et quand je l’interrogeais sur ses rêves, il me répondait : « Me faufiler dans les passes de Chausey, mouiller dans les trous. »

Le monde est trop vaste pour que quiconque puisse prétendre en faire le tour. Pour ma part, je veux aller lentement, j’attends le triomphe des cargos à voile…

Une réflexion sur « Vendée Globe : le regard d’Hervé Hamon »

  1. Je partage, et de loin, votre ressenti. J’ai plus d’admiration pour Violette Dorange que pour le vainqueur du Vent des globes dont j’ai déjà oublié le nom…Violette a été une excellente communicante qui nous a fait vivre avec passion son aventure.

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