La mer dans la peinture ( 2ème épisode )

Pour Olivier Cena, jusqu’à la fin du 15ème siècle, la mer en tant que telle n’existait pas dans la peinture. Elle émerge en tant que paysage à part entière au début du 16 ème siècle.

Télérama août 2015

« Un jour, Joachim Patinir (1480-1524) inventa le Paysage. Ce faisant, il inventa aussi la Mer.

Au début du XVIe siècle, le grand peintre flamand en fit l’un des éléments essentiels de la composition de ses tableaux. Dans un paysage majestueux conçu comme un décor accueillant la scène biblique, un fleuve médian marque la séparation entre les malédictions (guerres, catastrophes, etc.) et le Salut. A l’extrémité de l’estuaire du fleuve, la mer et le ciel dessinent une ligne d’horizon. Et de l’au-delà de cet horizon, d’un soleil invisible provient la lumière blanchissant le ciel (La Traversée du Styx, v. 1524). La mer de Patinir sépare le ciel de la terre, le divin du profane.  

Joachim Patinir / Flemish School, Oil on panel, 64 cm x 103 cm, P01616. © akg-images / Album / Joseph Martin

En peinture, à la conception du monde répond une composition très précise du tableau. Jusqu’à la fin du Moyen Age, la mer est un signe : une petite surface bleue ou verte animée de lignes évoquant une onde sans écume. Avec Patinir, elle devient un élément symbolique, représentée en plongée comme si le regard de l’artiste se trouvait en hauteur. Cette vue aérienne fictive correspond à la nouvelle cartographie de la Renaissance qui développe l’aperçu « à vol d’oiseau » des territoires. »

A suivre…  

« Du Quai au quai » : le regard d’Alain Cabantous sur la place de la mer dans l’univers du Commissaire Maigret et de Georges Simenon

Georges Simenon ne fut pas seulement l’écrivain des canaux flamands ou wallons, pas seulement celui des fleuves ou des villes (Paris par exemple), voire l’auteur qui choisit tant de régions du monde pour y tisser sa trame. Le Liégeois fut aussi extrêmement sensible à l’ambiance des villes portuaires.

Ce sont des territoires qu’il hanta pendant trois décennies (de la fin des années vingt avec les premières vacances à l’île d’Aix en 1927 à la fin des années cinquante au moins lors de l’installation à Cagnes sur mer) parce qu’ils représentaient pour lui non seulement des lieux de passage mais plus encore des lieux de rupture où bon nombre de ses personnages alors à un tournant de leur vie, étaient face à un choix. Les cités portuaires françaises, sans être les seules- on pense à Hambourg ou Arkhangelsk par exemple- furent le cadre de nombre de ses œuvres. Pour s’en tenir à l’hexagone, reviennent souvent Les Sables d’Olonne, Dieppe, Concarneau, Rochefort, dont il dira qu’elle « n’est pas grand-chose depuis la suppression de l’arsenal ; c’est presque une ville morte » (Le flair du petit docteur , 1943) et surtout La Rochelle, cadre de trente-quatre de ses romans et nouvelles. Ce tropisme atlantique n’évinça pas le Levant pour autant avec le choix évocateur de Cagnes, Nice, Antibes, Hyères ou Porquerolles.

Partout Simenon, en se mêlant à la population locale, observait les lieux et les gens, fixait le paysage ou plus encore l’atmosphère en quelques lignes. Cette atmosphère qui créait des connivences entre les actions, les personnages, l’ambiance, les sensations et qui transformait les clichés qui collent à bon nombre de ports (pluie, quais humides, brouillards, bistrots, monde interlope) en une sorte de présence active. Ainsi dans Le testament Donadieu (1937) : « Chacun savait que les eaux du bassin, gonflées par une marée d’équinoxe, affleuraient les quais et que les bateaux semblaient naître à même le pavé. Au-delà de la tour de la Grosse Horloge, la marée montait, les bateaux se soulevaient insensiblement et les mâts arrivaient à dépasser le toit des maisons des quais». Il fit ainsi de cet élément d’arrière-plan en apparence, un acteur à part entière capable d’influencer le déroulement de l’intrigue.

Sans avoir la prétention ni la compétence pour proposer un travail sur le rapport de Simenon avec les villes portuaires, je poursuivrai cependant cette courte réflexion en me concentrant sur une petite dizaine d’enquêtes du commissaire Maigret qui se déroulent dans un port ou en bord de mer. Très vite, l’on se rend compte que l’océan est loin de tenir une place privilégiée. Dans Un crime en Hollande (1931), il ne participe que de loin au décor à travers une rapide allusion à l’embouchure de l’Ems : « Autour de la ville, une digue qui l’encerclait avec des passages pouvant être fermés par forte mer à l’aide de lourdes portes semblables aux portes d’écluse. Au-delà, l’embouchure de l’Ems. La mer du Nord, des cargos en déchargement sous les grues d’un quai, des canaux et une infinité de bateaux à voile, grands comme des péniches, lourds comme elles mais taillés pour franchir les houles marines. » Pareillement dans Piet le Letton (1930), Fécamp n’apparait qu’en filigrane saisie par les exhalaisons et les sons: « Fécamp, une odeur compacte de morue et de hareng. Des monceaux de barils. Des mâts derrière les locomotives, des sirènes au loin ». Et Concarneau dans Le chien jaune (1931) guère davantage hormis les lignes de l’incipit qui fixent rapidement les traits désolés du tableau où le vent le dispute à la nuit : « « Vendredi 7 novembre. Concarneau est désert. L’horloge lumineuse de la vieille ville qu’on aperçoit au-dessus des remparts marque onze heures moins cinq.. C’est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s’entrechoquer les barques dans le port. Le vent s’engouffre dans les rues où l’on voit parfois des bouts de papier filer à toute allure au ras du sol. Quai de l’Aiguillon, il n’y a pas de lumière. Tout le monde dort. » Et pourtant, la plus grande partie de l’intrigue se déroulera dans un café-hôtel sis face à l’entrée de la ville close tout près du quai. Dans Maigret à l’école (1938), rien non plus sur la mer ou ses paysages, hormis une allusion à la mytiliculture alors que l’enquête se passe à Saint-André sur mer (Charente-Maritime). Le constat est le même ou presque avec mon ami Maigret (1949) dans le cadre de l’île de Porquerolles où « le terrain était plat, désert, la route bordée de tamaris avec un palmier par-ci, par-là puis des salins blancs sur la droite. Le dépaysement était aussi total que si l’on s’était trouvé transporté en Afrique avec un ciel bleu porcelaine, une atmosphère parfaitement immobile. »

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Départ de l’Hermione : le 18 avril de Yann Cariou

Yann Cariou, l’emblématique commandant de l’Hermione, revient, cinq ans tout juste après le départ de l’Hermione pour sa traversée de l’Atlantique, sur cette journée pas comme les autres 

Ce départ du 18 avril restera toujours gravé dans ma mémoire par la richesse des événements et l’intense émotion qui a régné de l’aube à la tombée de la nuit.

Au petit matin L’Hermione est à l’ancre au mouillage de l’île d’Aix. Les premières lueurs de l’aube font resplendir sa coque fraîchement repeinte, sa mâture élancée et son gréement ordonné et impeccable. Un tableau d’Ozanne. Elle semble concentrée, calme et déterminée, s’évitant doucement sur un plan d’eau particulièrement reposé comme si même la nature s’était recueillie pour ce jour unique et tant attendu du départ vers « les Amériques ». 17 années de labeur, de recherches et de volonté pour réaliser le rêve d’un petit groupe de passionnés.

C’est bientôt l’heure de partir et tout le monde retient son souffle, savoure l’instant présent, le temps semble suspendre son cours. L’équipage s’éveille et les premiers montent silencieusement sur le pont, regards furtifs, gestes mesurés ; chacun respecte l’émotion palpable des autres, regards rêveurs vers l’ile d’Oléron et la sortie du Pertuis, vers l’Ouest, l’inconnu..

Le programme de la journée est pourtant chargé et ce moment de calme et de plénitude va rapidement se briser avec l’arrivée des premiers journalistes qui prennent la frégate à l’abordage. Installation du matériel de direct, caméras vidéos, câbles qui encombrent anarchiquement sur le pont rangé impeccablement par les gabiers et gabières, cacophonie bruyante et invasive des essais de son, puis les responsables de la sécurité du président de la République qui investissent le navire avec leurs chiens excités et inquisiteurs.

L’instant de grâce est terminé, place à l’action.La frégate Latouche-Tréville de la marine nationale est venue mouiller non loin de L’Hermione. Grise et massive elle nous impressionne un peu mais manifeste l’intérêt de l’Etat Français et souligne l’aspect officiel de l’événement. Une cérémonie en l’honneur du commandant de Latouche se déroule à son bord, en présence du préfet maritime. Cérémonial soigné et impeccable, recueillement et émotion partagés par plus de 250 marins. En toile de fond, L’Hermione qui attire les regards de tous tandis que les discours s’égrennent et que s’envolent in fine les notes d’Amazing Grace au son du biniou..

Visite et échanges cordiaux avec le président François Hollande à bord de L’Hermione, accompagné de Ségolène Royal et des membres fondateurs de L’Association dont Bénédict Donelly et Eric Orsenna. Pour le président c’est une surprise de découvrir cette réalisation technique d’un autre temps et de rencontrer cet équipage nombreux et enthousiaste dont les yeux brillent et manifestent l’impatience du départ.

15h20, L’Hermione appareille pour effectuer une parade sur la Charente saluée par le Belem, la Nao Victoria et autres voiliers du patrimoine maritime. La remontée du fleuve est impressionnante car les berges sont envahies par une foule enthousiaste qui manifeste sa joie de toutes les façons possibles. des dizaines de voiliers, vedettes et navires à passagers nous escortent et nous acclament. La frégate salue tout ce monde, Les villes de Fourras, Soubise, les forts historiques et tire plus de 150 coups de canon !

A 20h15 après cet hommage nautique, la frégate retrouve son mouillage pour attendre le tir de feux d’artifice organisé par les collectivités locales. L’impatience règne désormais à bord et chacun ronge son frein après avoir versé quelques larmes d’émotion devant cette ferveur collective et pour certains lors d’un dernier échange avec les proches venus en nombre assister au départ

La nuit tombe, le vent d’orage se lève doucement et les premières gouttes de pluie tombent en s’accrochant aux mâts, aux voiles et à tout ce gréement consciencieusement imprégné de goudron.

22h00, les premières fusées sillonnent le ciel noir et déclenchent le poste de manœuvre général. Excitation, joie et calme de tout l’équipage réuni au complet sur le pont de gaillard. L’émotion domine, rendant les paroles rares et limitées aux actions nécessaires à la manoeuvre d’appareillage. Bientôt des silhouettes s’activent sur le pont obscur, chacun exécutant ses taches dans une ambiance étrange tandis que les feux d’artifice crépitent en jetant des éclats d’une lumière crue sur les cirés et le pont trempé.

22h42, l’ancre est « haute et claire ». L’Hermione appareille aux derniers tirs et s’enfonce rapidement dans les ténèbres humides. Instant surréaliste qui plonge chacun dans ses réflexions, ses interrogations et le sentiment de vivre un moment exceptionnel, que l’on n’oubliera jamais.Rapidement, cependant, les nécessités de la navigation s’imposent et les réflexes professionnels reprennent le dessus. Les flon-flon de la fête disparaissent brutalement et la frégate sillonne le Pertuis en route vers l’inconnu et une formidable aventure collective. A la sortie du Pertuis, dernier regard sur le phare des Baleines. Devant l’étrave : l’Océan Atlantique et l’Amérique !

Yann Cariou

Quand la Mer n’existait pas !

La représentation du paysage dans l’art émerge vraiment au cours de la Renaissance, même si des paysages purement marins sont encore à cette époque encore rares.

Dans un article paru en 2015 dans Télérama, Olivier Cena évoque cette émergence du paysage marin dans la peinture. Nous en publierons tour à tour, avec l’accord de son auteur, plusieurs extraits pour répondre à la curiosité suscitée par l’évocation récente sur ce site du rapport à la mer de deux peintres contemporains : Edward Hopper et Olivier Debré. 

Premier épisode : Quand la Mer n’existait pas !

« Au mieux, elle disparaissait derrière la représentation d’un dieu barbu armé d’un trident — Poséidon pour les Grecs et Neptune pour les Romains. Au pire, elle n’était qu’un support discret et décoratif des navires, nefs, galères, felouques, dahabieh et toutes sortes de pirogues monoxyles représentés sur les enluminures du Moyen Age et certains murs et poteries antiques. Plutôt que la Mer, l’artiste peignait de l’eau — ainsi cette étendue vert glauque sur laquelle navigue le voilier italien sauvé du naufrage par saint Nicolas de Bari, peint par Gentile da Fabriano en 1425  » 

Olivier Cena – Télérama

Hermione : Mémoires d’un départ

Il y a 5 ans, autant dire un siècle, l’Hermione allait traverser l’Atlantique. Au terme d’un chantier de 17 ans, précédé de 3 ans de réflexions d’études, de préparation et d’aménagement du site de construction, la réplique à l’identique de la frégate qui avait emmené en 1780 La Fayette en Amérique, était prête à faire route plein ouest.

Mercredi 15 avril en début d’après-midi, l’Hermione quittait les quais de La Rochelle pour aller se positionner au mouillage de l’Île d’Aix et se préparer au départ fixé au samedi 18 avril. L’émotion était déjà au rendez-vous…

https://www.sudouest.fr/2015/04/15/la-rochelle-suivez-le-depart-de-l-hermione-1892805-1504.php

3 ans plus tôt, nous avions fêté la première sortie en Charente de l’Hermione, un navire encore en chantier à Rochefort, une coque sans mâture ni gréement. Et nous avions clairement fixé notre ambition : « 2015, Amérique nous voilà » !

A suivre….

Réédition de Mermere d’Hugo Verlommme chez Actu SF

Gilles Le Baud, grand régatier – double vainqueur de la Course en solitaire du Figaro quand elle s’appelait l’Aurore – créateur du chantier naval Kelt, a renoué avec la course au large en tant que doyen de l’édition 2013 de la Solitaire.

Un retour aux sources qu’il a raconté dans son livre « Je ne danse que sur les vagues : de la Course de l' »Aurore » à la Solitaire du « Figaro », paru en novembre 2016 aux Editions Glénat.

Il a choisi de saluer sur le site du Festival des Mémoires de la Mer la réédition au début de cette année 2020,  aux Editions Actusf, de « Mermere« , le livre culte d’Hugo Verlomme paru en 1978.

J’avais lu Mermere à sa première publication sur les conseils insistants de Jacques Rougerie, l’architecte des maisons sous la mer, et j’avais été envoûté par le destin de ce peuple mutant des Noés.

Ce récit de mer-fiction prémonitoire, au vocabulaire original et à l’écriture créative, avait disparu de ma bibliothèque (prêt amis, enfants ?) mais continuait à m’habiter lors de rencontres intimes au large avec dauphins, baleines et autres cétacés. Aussi quand j’ai appris sa réédition aux éditions ActuSF,  je m’y suis engouffré avec le même plaisir angoissé qu’il y a 40 ans.

Les mystérieuses menaces  planants  sur ces hommes de la mer et  ce monde mi-marin  sont encore plus d’actualité aujourd’hui, procurant une envie impérieuse de s’impliquer dans la préservation des océans et de tous ceux qui y habitent.

Gilles Le Baud

En complément au commentaire de Gilles Le Baud, quelques lignes extraites d’un article paru en Juillet 2019 dans  Surfer’s Journal

Hugo Verlomme fait partie de ces rares auteurs français à avoir consacré son œuvre à l’océan. Du journal de bord teinté de fiction avec Détour en 1976, à Cowabunga Surf Saga la même année, en passant par l’épopée sous-marine de Mermere et le roman d’anticipation apocalyptique L’Eau est là, Verlomme brasse les genres comme les vagues, bodysurfeur convaincu, toujours à l’eau à 67 ans, «un maillot suffit !».

Écolo avant l’heure, il est cofondateur de Réseau-Cétacés dès 1989, et continue son action pédagogique auprès des plus jeunes en milieu scolaire. Depuis Capbreton, où il vit à trois cents mètres des plages, il met la tête sous l’eau de qui veut bien l’écouter lors des Journées du Gouf, un événement de culture scientifique ayant lieu tous les deux ans, célébrant le canyon sous-marin landais. Il se prend à rêver d’un «grand» institut océanographique, face au Gouf et aux beachbreaks qui l’ont vu grandir.

Lui qui se veut aujourd’hui «davantage lanceur d’espoir que lanceur d’alerte» pose un regard plutôt mitigé sur l’implication du surfeur dans la défense de l’environnement, qui n’entame en rien un regard sur l’avenir teinté de volontarisme.

Juillet 2019 – Surfer’s Journal

Il faut qu’on se réapproprie l’océan, non pas pour en miner les fonds et aller retirer le dernier poisson. Mon impression est que les humains n’ont jamais eu autant besoin de l’océan, et que l’océan n’a jamais eu autant besoin des humains. Des bons humains, évidemment.

Hugo Verlomme

Après « quand la mer monte »… « Si la mer monte »

Un salut amical aux initiateurs du festival « Si la mer monte »organisé chaque année depuis 10 ans à la Pentecôte à l’Ile Tudy dans le Finistère qui avait fêté l’an dernier sa dixième édition.

Un festival organisé par l’association Effet Mer,  résolument ancré sur les problématiques de la montée des océans et du dérèglement climatique , mais qui se veut non anxiogène avec’un riche volet musical et artistique..

Le Festival n’aura pas lieu cette année en raison de la pandémie mais ses organisateurs nous donnent d’ores et déjà rendez-vous en 2021 avec comme chaque année, une région (de France ou d’ailleurs) invité d’honneur : ce sera le Pays Basque.

Lire le dossier de presse : http://www.silamermonte.com/wp-content/uploads/2019/02/SLMM_2019-Dossier-de-presse_img.pdf

In Waves : le regard d’Olivier Le Carrer

In Waves – Aj Dungo

Difficile de plaire à tout le monde… Salué par la critique unanime, apprécié du grand public, lauréat du prix BD Fnac France Inter, ce roman graphique a reçu un accueil plus mitigé chez les passionnés de surf. Le malentendu s’explique aisément car In waves est avant toute chose l’hommage d’un jeune dessinateur américain à son amie Kristen, morte d’un cancer à 26 ans. Il raconte avec beaucoup de tact et de sensibilité la rencontre amoureuse, la maladie, la rémission, la mort… 

Le surf ? Il a bien sûr une forte présence visuelle dans l’album. D’abord parce qu’il s’agit d’une des passions de Kristen, ensuite parce que l’auteur entreprend de raconter en parallèle les tenants et aboutissants de ce sport. C’est peut-être là que le bât blesse… Aj Dungo confesse hors micro que cette partie historique était une demande de l’éditeur et cela se voit car il est manifestement moins à l’aise dans cet univers que dans son très beau récit personnel. Les références aux origines du surf et à ses pionniers sont parfois approximatives et le résumé des parcours de Duke Kahanamoku et Tom Blake – deux figures mythiques du surf hawaïen – semble plaqué un peu artificiellement sur l’émouvante histoire de Aj et Kristen qui se déroule entièrement en Californie et se suffisait parfaitement à elle même.

Reste une impression étrange en refermant cet ouvrage au texte minimaliste : celle d’avoir avalé un volume de 370 pages en à peine une demi-heure en ne cessant de tourner les pages… Plus d’un kilo de papier utilisé pour si peu de lecture ? La tablette serait sans doute une option plus confortable et raisonnable pour ce genre d’album petit format. Et ce d’autant plus que l’illustration en bichromie, très « numérique », semble pile poil taillée pour l’écran.

(Casterman 2019 – 23 €)

Chronique d’une chanson : Quand la mer monte

La chanson a toujours été à l’honneur des Mémoires de la Mer : invitée d’honneur de nos soirées de remise des prix depuis 15 ans et, un temps, au coeur même de nos prix.

Nous inaugurons aujourd’hui  avec Michel Verschaeve une nouvelle rubrique : la chronique d’une chanson. Et quelle chanson ! Quand la mer monte » une chanson de Raoul de Godewarsvelde et de Jean-Claude Darnal, interprétée dans la vidéo jointe par Jean-Claude Darnal lui-même.

Une chanson qui est aussi le thème musical du film du même nom de Yolande Moreau et Gilles Porte. Qui mieux que Michel pouvait évoquer l’imaginaire de cette chanson. Un imaginaire qui est aussi le sien, celui de Dunkerque et de la côte flamande, lui qui est né à Malo les Bains au milieu des années 50, a fait ses études musicales à l’harmonie municipale à la trompette (concert kiosque à musique, Sainte-Cécile, bal de Carnaval, lancements de bateaux :tanker, méthanier …), formé à 14 ans l’orchestre des « Petits Minets » (trompette, chant et guitare) et animé bals, banquets et mariages dans toute la région… Avant de « monter »  à Paris pour y faire carrière et quelle carrière :  premier prix de chant et d’art lyrique au Conservatoire National de Pais, interprète d’opéras et de comédies musicales, metteur en scène de pièces de théâtre et d’opéras….

La Voix de la Mer

Raoul de Godewarsvelde fut et reste indiscutablement une figure emblématique de
l’esprit festif des gens des Hauts-de-France.

Sa voix unique, rocailleuse et profonde, touche le cœur et l’âme sans détour (il faudra
attendre Garou pour retrouver avec talent ce type de voix).

Avec sa casquette de vieux loup de mer, il a beaucoup chanté l’infini et lorsque paraît
en 1968 Quand la mer monte une brèche est très sérieusement ouverte dans le hit-
parade où règnent les succès planétaires des Beatles, Moody blues, Dutronc, Bee Gees, etc.

C’est une sortie au large avec son ami Jean-Claude Darnal qui décida de la création de
cette mythique chanson avec le refrain célèbre :

Quand la mer monte
j’ai honte, j’ai honte
Quand ell’descend
Je l’attends

A marée basse
Elle est partie hélas
A marée haute
Avec un autre.

Son rapport avec la mer et le monde des pêcheurs est évident, il est viscéral car il
représente la culture du bistrot. Ce lieu de convivialité, le rendez-vous des pêcheurs, là où le vrai chanteur populaire puise son inspiration, là où l’on refait la mer !

Cap Gris-Nez (où il habitait), Cap Blanc-Nez, poissons, sel, marée, rident (argot marin), flot, filet… nourrissent avec embrun ce texte qui dans les couplets est pratiquement déclamé plutôt que chanté, renforçant ainsi l’aspect diseur de l’interprète qui cherche à mettre avec force le mot en valeur, faisant ainsi surfer le texte sur la vague de l’émotion.

Michel Verschaeve

Hommage à Olivier Debré

A l’occasion du centenaire de sa naissance en avril 1920, redécouverte de deux peintures de mer d’Olivier Debré :

Le bleu de la Mer Rouge

Toile peinte en Jordanie, en 1981, à l’occasion de la venue de l’artiste pour l’exposition organisée à Amman, au Musée national jordanien des beaux-arts

Le bleu de la Mer Rouge (Olivier Debré)

 La mer horizon ( tableau de 1966)

La mer horizon (Olivier Debré)