Mai 1940 : l’évacuation de Dunkerque

Suite de notre chronique « 1940,  année de ruptures, de tragédies et de résistances pour la Marine française ».

Le cinéma a fait entrer dans la légende l’évacuation des troupes alliées de Dunkerque de la fin mai au début juin 40 , baptisée « Opération Dynamo ».

Dunkerque de Christopher Nolan

Avant Dunkerque de Christopher Nolan, huit films l’avaient déjà évoquée. Vincent Dupire, journaliste à France 3 Hauts de France, les avait recensés et commentés en 2017 au moment de la sortie du film de Nolan, sur le site de France Télévision.

Dans son livre   » Résister sur les mers », Luc-André Lenoir évoque ainsi l’opération Dynamo :

« Bientôt, devant l’avancée fulgurante des Allemands et le succès total du Blietzkrieg, il faut se résoudre à procéder à l’évacuation de Dunkerque et ce sont près de 400 000 soldats alliés qui sont pris en tenaille, dont 125 000 Français. L’opération Dynamo des Britanniques, mis en oeuvre à la hâte après l’examen de différentes options, implique toute la marine sur place, et de nombreux bâtiments français, ainsi que 700 embarcations civiles de toutes sortes. Il faut multiplier les aller-retours entre le port de Dunkerque et ses plages, et Douvres, à une quarantaine de milles marins. Entre le 29 mai et le 4 juin, les voyages se succèdent sous la pression aérienne allemande, et une majorité des soldats est acheminée, à l’exception de 35 000 Français, restés pour contenir l’avancée ennemie à terre. Ils sont faits prisonniers. Sur le millier de bateaux impliqués, plus de deux cents ont sombré. La Marine Française perd trois torpilleurs : la Bourrasque (qui transportait 500 hommes) , le Sirocco, et le Foudroyant. »

 » Résister sur les mers », Luc-André Lenoir

Dans son livre L »épopée silencieuse Service à la mer 1939-1940″ paru en 1942, Georges Blond nous jette au cœur de Dunkerque avec des mots qui valent bien des images :  

« De Zuydcoote à Dunkerque, un long serpent sombre interminable est allongé sur la plage. A la jumelle, on découvre que son dos est fait d’un moutonnement de casques. De ce serpent sont détachés des files perpendiculaires, qui vont jusqu’au bord de la mer jusque dans la mer, ce sont les soldats qui embarquent. Devant Malo, devant Zuydcoote, des navires s’emplissent à mesure que les embarcations détachent les hommes de la plage. Le serpent se prolonge jusqu’au port de Dunkerque, jusqu’aux jetées et jusqu’à l’extrémité des jetées, jusqu’à tomber dans la mer. Pour tous ces hommes, la mer est le salut. » 

L’épopée silencieuse Service à la mer 1939-1940″, Georges Blond

Dans « L’épopée silencieuse »,  Georges Blond rend un hommage vibrant aux équipages des navires de commerce français réquisitionnés pour l’évacuation des troupes britanniques et françaises :

« Les noms de ces navires de commerce, ces gracieux noms pacifiques qu’on croirait créés pour être assemblés en poésies, en comptines pour les enfants : Côte-d’Azur, Côte-d’Argent, Saint-Octave et Saint-Camille, Douaisien et Rouen, Versailles, Versailles, Aîn-el-Turk, Ophélie, Newhaven.. Ces noms sont presque inconnus. Plongés, brûlés rougis à blanc dans le feu de la guerre, ils restent trop obscurs.  Aucune croisière, aucune course sur les anciens océans n’est comparable au métier infernal qui a été celui de ces capitaines, de ces équipages. Ce métier aurait écœuré les Frères de la Côte. Auprès de cette forme de guerre, la guerre des colonels Bramble est un jeu de clubmen. L’amiral Abrial, commandant les forces maritimes du Nord, l’a dit en propres termes, il l’a même écrit : « J’ai vu plusieurs fois moi-même les capitaines de ces navires avant leur appareillage, et j’ai eu l’impression, chaque fois, que je les envoyais à la mort…. »

A partir des rapports de capitaines de ces navires marchands « réquisitionnés », Georges Blond nous restitue jour après jour, heure après heure, la réalité crue de Dunkerque. 

« Nous sommes le 31 mai, il est 9 heures. Le Côte-d’Argent ( « un petit paquebot qui faisait les voyages d’Angleterre, tranquillement amarré à la gare maritime de Calais le 10 mai au matin, lorsque son commandant a reçu l’ordre d’appareiller le plus rapidement possible vers Dunkerque pour y être réquisitionné par la Marine Nationale » ) accoste à la jetée Est. Un officier de la police de la navigation la renvoie : cette place est prise. Appareillage. De 9 h 15 à 10 h 45, la Côte-d’Argent manœuvre sous le bombardement et sous la canonnade à la recherche d’un poste d’accostage. Impossible d’embarquer des troupes à la plage, le personnel  de pont – huit hommes ! – ne pouvait armer qu’une seule embarcation. Le manège de la Côte-d’Argent n’échappe pas aux hommes pressés sur les appontements; à la jumelle, on les voit faire des signes. Ils viennent de voir deux vapeurs coulés en vingt minutes, ils tremblent de voir couler celui-ci, de le voir flamber, inutile, avant qu’il ait pu les arracher à ce sol mortel. La Côte-d’Argent tente d’accoster successivement à l’ancienne jetée Ouest, au quai Félix-Faure. A 10 h 45, accoste à l’appontement du nouveau sas. Les soldats embarquent par les échelles, se laissent glisser sur le ventre, encombrés, alourdis de sacs, de casques; au bas des échelles, les marins les relèvent, les poussent, leur distribuent des brassières de sauvetage, les entassent. Un obus tombe sur l’appontement, fauche un groupe. 11 h 10 : appareillage. Quatorze cents soldats ont embarqué en vingt-cinq minutes.  Presque tous sont muets, beaucoup ferment les yeux et dorment. Enfin dormir…. »

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