Nouvelle édition de Vareuse Blanche d’Herman Melville : le commentaire de l’écrivain Mathias Enard

« En l’an 1843, je pris la mer comme « simple matelot » à bord d’une frégate des États-Unis qui se trouvait mouillée dans un port de l’océan Pacifique. Après être resté plus d’une année sur cette frégate, je fus libéré du service lorsque le navire revint à son port d’attache. Mes expériences et mes observations sont consignées dans le présent ouvrage. New York, mars 1850.» 

Herman Melville

Herman Melville avait rédigé ces quelques phrases en guise de préface à la première édition américaine de Vareuse-Blanche. Il s’agit donc d’un récit vécu, à l’état brut, qui décrit en détail les conditions de servitude inhumaines auxquelles étaient soumis les matelots au XIXe siècle. L’auteur nous fait revivre l’immense voyage qu’il fit, tout au long des côtes du Pacifique et de l’Atlantique, en passant par le redoutable cap Horn.

Vareuse ­Blanche ou Le Monde d’un navire de guerre (White­ Jacket), d’Herman Melville, traduit de l’anglais (Etats-­Unis) par Jacqueline Villaret et révisé par Philippe Jaworski,Gallimard, « L’imaginaire », 564 p., 15 €  

Avec l’autorisation de Mathias Enard, son commentaire paru dans le Monde du 17 avril sur Vareuse Blanche d’Herman Meville dont une nouvelle édition en français vient de paraître chez Gallimard.

« On sait que la langue anglaise per­sonnifie au féminin les navires : le Pequod y est une femme, rafistolée aux os de baleine, mais féminine tout de même.

L’embarcation de Vareuse ­Blanche, d’Her­man Melville, publié en 1850, un an avant Moby­ Dick, est quant à elle un man ­of ­war, un « homme de guerre » – une frégate mili­taire. Celui qu’on surnomme Vareuse­ Blan­che est l’un des cinq cents marins qui com­posent l’équipage de l’Insubmersible, à bord duquel nous embarquons dans le port de Callao, au Pérou, avant dedescendre la côte du Chili, de doubler le cap Horn et de remonter l’Atlantique. Sacré voyage ! Tenez-­vous à carreau, ou vous serez fouetté sur le pont pour l’exemple ! La discipline militaire se maintient par la peur et les châtiments corporels. L’ennemi du marin, c’est l’ennui – parfois on se retrouve encalminé ou on passe plusieurs se­maines au mouillage ; il faut alors tirer parti de la bibliothèque du bord, des livres « rangés dans une grosse barrique sur le poste de couchage ». Lorsqu’on doit en trouver un, il convient de « vider le tonneau par terre à la manière d’un baril de pommes de terre ». Las, les ouvrages que contient la barrique seraient « d’excellentes lectures pour un théolo­gien, mais peu distrayantes pour un gabier de grand mât », nous apprend Melville. La marine comme confinement. »

Mathias Enard

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